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Les relations Québec-Cuba: un excellent départ

29/09/2016 08:16 EDT | Actualisé 29/09/2016 08:16 EDT

Cuba n'est pas la France. Pourtant le premier ministre Couillard y a été récemment reçu avec les honneurs et le niveau protocolaire d'une visite officielle à l'Élysée. C'était pourtant la première mission officielle d'un premier ministre québécois à Cuba.

On aurait pu difficilement imaginer, suivant les pratiques diplomatiques, que le premier ministre d'une province aurait été invité à participer à une cérémonie en hommage au héros national cubain, Jose Marti. Les rencontres avec le Vice-Président du conseil des ministres, le ministre du Commerce extérieur et de l'Investissement étranger de même que le ministre des Relations extérieures démontrent non seulement l'intérêt, mais aussi la symbolique que le gouvernement cubain a voulu donner à l'évènement.

On a beaucoup souligné la rencontre bilatérale entre Philippe Couillard et Raoul Castro. Le président cubain a pris sa décision au dernier moment. Ce n'est pas l'effet du hasard. Pourquoi le premier ministre québécois a-t-il eu une réception digne d'un chef d'État?

L'attrait des valeurs sociales québécoises

Suivant la culture cubaine et latino-américaine, l'histoire revêt une importance considérable au sein de leur société. Les leaders vieillissants de la révolution cubaine ne sont pas sans savoir que l'histoire du Québec témoigne d'une longue lutte pour conserver notre langue et notre culture et développer un modèle économique solidement ancré dans des valeurs sociales.

Il allait de soi que le mouvement coopératif et l'économie sociale suscitent un intérêt en convergence avec les orientations du gouvernement cubain. La mission québécoise en a fait à juste titre une carte de visite.

Malgré les restrictions, on connait tous des Québécois qui ont réussi à tisser des liens personnels avec des Cubains. C'est un facteur qui a aidé à créer un climat de confiance.

Un climat de confiance

Mon expérience de la vie diplomatique m'a démontré l'importance des relations et liens directs entre les populations. Je reviens de Trinidad et Tobago où j'occupais le poste de Haut-commissaire du Canada. La majorité des trinidadiens que j'ai rencontrés connaissaient le Canada soit qu'ils y avaient étudié, qu'ils y avaient des liens familiaux ou avaient visité notre pays. Il en a résulté un renforcement important des relations diplomatiques. Or, un million de Canadiens dont 50% de Québécois visitent Cuba chaque année.

Malgré les restrictions, on connait tous des Québécois qui ont réussi à tisser des liens personnels avec des Cubains. C'est un facteur qui a aidé à créer un climat de confiance. Voilà pourquoi, l'accent mis par la ministre des Relations internationales en matière culturelle et éducative prend toute son importance.

Une délégation commerciale impressionnante

La délégation commerciale qui a accompagné le premier ministre était composée de 44 entreprises provenant de 12 régions du Québec. Il y avait de quoi impressionner les autorités cubaines. J'ai occupé le poste de Délégué général du Québec durant 8 ans et je n'ai jamais eu la chance d'organiser une mission de cette envergure. Le gouvernement cubain a compris que c'est le Québec tout entier qui appuie le développement des relations avec Cuba.

La ministre des Relations internationales a définitivement fait ses devoirs, car les secteurs couverts par les entreprises et institutions faisant partie de la mission constituent des priorités incontournables pour le développement économique de Cuba.

À titre d'exemple, les énergies fossiles représentent actuellement 96% de l'approvisionnement en énergie du pays. C'est un problème gigantesque. Actuellement seulement 4% de la totalité de l'électricité produite provient d'énergie renouvelable. Le gouvernement s'est d'ailleurs donné un objectif d'atteindre 25% en énergie renouvelable en 2030.

Avant l'arrivée de Castro, Cuba devait importer plus de 50% de sa consommation domestique de produits alimentaires. Malgré la remise de 3,7 millions d'acres de terres cultivables à de petits fermiers, le pays a besoin d'une augmentation massive de sa production agricole. Il manque dramatiquement d'équipement et se doit d'inventer le financement agricole.

Le pays doit aussi se préparer à l'arrivée massive de nouveaux touristes au moment où l'embargo sera levé. Il n'est pas prêt. La construction d'infrastructures appropriées s'avère incontournable. La mission québécoise comptait des entreprises et institutions dans chacun de ces secteurs d'activités.

Raoul Castro a probablement voulu passer un message à Justin Trudeau. C'est un appel du pied au gouvernement fédéral pour qu'il organise une mission officielle sans délai.

Les raisons politiques ayant guidé la décision de Castro

Il ne faut cependant pas négliger les raisons politiques derrière l'importance accordée à la visite du premier ministre. Les réformes apportées par le gouvernement Castro résultant de l'ouverture de relations diplomatiques avec les États-Unis restent frileuses et insuffisantes. Selon l'organisme Freedom House, Cuba demeure un des pays les moins libres de la planète. L'ONG internationale Human Rights Watch dénonce toujours les violations des droits humains.

Les Québécois devraient avoir de l'empathie envers la situation difficile que vit toujours le peuple cubain. Par ailleurs, ce n'est pas au gouvernement du Québec de soulever la sensible question des droits humains avec les autorités cubaines. La politique extérieure est une juridiction exclusive du gouvernement fédéral. C'est son devoir de le soulever au moment opportun.

On a tous noté que le premier ministre Couillard a fait une visite officielle avant le premier ministre Trudeau. N'est-ce pas surprenant compte tenu de l'amitié entre son père et Fidel Castro et aussi du fait que le Canada a toujours maintenu ses relations diplomatiques nonobstant l'embargo américain. Raoul Castro a probablement voulu passer un message à Justin Trudeau. C'est un appel du pied au gouvernement fédéral pour qu'il organise une mission officielle sans délai.

La mission du premier ministre Couillard est un franc succès, mais le défi est grand. À Cuba, il n'existe pas d'entreprises privées avec lesquelles faire affaire. Il existe des entreprises d'État groupées dans des conglomérats dirigés par les militaires. Il faudra apprendre à faire affaire autrement et faire preuve de patience. Les risques sont importants.

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