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Liberté et prospérité: un rêve encore inaccessible pour les Cubains

11/09/2016 10:34 EDT | Actualisé 11/09/2016 10:34 EDT

Le premier vol entre les États-Unis et Cuba depuis 50 ans a atterri à l'aéroport de La Havane dans un enthousiasme débordant. Il sera bientôt suivi de milliers de voyageurs américains. Ils représentent l'espoir pour les Cubains, mais connaîtront-ils bientôt la liberté et la prospérité?

Un vent de réformes souffle depuis le rétablissement des relations entre les deux pays. Le président Obama a été à la limite de son pouvoir exécutif pour assouplir les restrictions de l'embargo. Il a retiré Cuba de la liste des États supportant le terrorisme. Il a réduit les contraintes aux voyages des Américains, restauré un service postal direct, autorisé les citoyens cubains à ouvrir des comptes bancaires pour faciliter le transfert d'argent de leurs familles américaines. Il a approuvé le premier service de traversier et autorisé des lignes de croisières à partir des États-Unis.

La communauté internationale a demandé presque unanimement la fin de l'embargo. Trois mois après le rétablissement des relations diplomatiques, l'Assemblée générale des Nations Unies a voté en faveur de la levée de l'embargo à une majorité écrasante de 191 pays sur 193. L'embargo américain a été un échec total. Il n'a jamais réussi à transformer la dictature en démocratie.

En réponse à l'ouverture américaine, le gouvernement Castro a initié certaines réformes par ailleurs nettement insuffisantes. La liberté et la prospérité demeurent encore un rêve inaccessible pour les Cubains.

Une liberté à conquérir

Dans leur rapport de 2016, Freedom House classifie Cuba comme étant l'un des pays les moins libres de la planète. Quelques jours avant l'arrivée du Secrétaire d'État Kerry pour l'ouverture de l'ambassade américaine, 50 personnes ont été arrêtées et détenues pour avoir manifesté publiquement contre la répression politique.

Human Right Watch rapporte que les arrestations arbitraires ont augmenté dramatiquement ces dernières années. Les défenseurs des droits humains et les journalistes indépendants sont régulièrement battus, font l'objet d'humiliation publique ou se retrouvent soudainement sans emploi.

«Pour les internautes cubains, partager l'information malgré la censure est devenu un art et un exercice de cyber débrouillardise.»

On fait grand état de l'accès accru à internet et des 80 nouveaux postes wi-fi dans les endroits publics. Or il en coute $2/heure pour la connexion internet alors que le salaire moyen est de $20 par mois. L'internet est aussi toujours censuré. Pour les internautes cubains, partager l'information malgré la censure est devenu un art et un exercice de cyber débrouillardise.

Obama a semé l'espoir dans le cœur du Cubain, mais celui-ci doit toujours vivre au quotidien avec l'anxiété de déplaire au régime pour avoir exercé un soupçon de liberté.

Le pouvoir des armes et de l'argent

Si vous voyez un jour une Maserati ou une Mercedes filer à toute allure sur le Malecon, ne vous étonnez pas. Dites-vous qu'il s'agit d'un haut gradé militaire ou d'un membre de sa famille.

Les forces armées détiennent un monopole sur presque tous les secteurs de l'économie. Un seul de leurs conglomérats, Gaesa, contrôle un réseau de compagnies dominant les ports, les attractions touristiques, les restaurants, les hôtels, l'immobilier et les transports. Leur gestion est opaque et leurs profits ne sont pas divulgués. La nomenklatura militaire qui les dirige est évidemment bardée de privilèges.

L'armée reçoit donc la part du lion de l'investissement étranger, car les entreprises étrangères sont les partenaires obligés des entreprises d'État. Quant aux citoyens ordinaires, ils n'en retirent aucun bénéfice, car ils sont tous employés par une agence gouvernementale qui les engage, paie leur salaire en pesos et à un taux de change moindre en plus de charger un frais additionnel à l'entreprise.

«Pour ceux qui rêvent d'un printemps cubain à la mort des Castro, ils risquent d'être déçus.»

Ces conglomérats seront d'ailleurs les premiers bénéficiaires de l'accroissement des investissements étrangers. Le pouvoir militaire n'acceptera pas facilement de démanteler ces monopoles d'État au profit de l'entreprise privée et de l'indépendance économique des citoyens cubains.

Pour ceux qui rêvent d'un printemps cubain à la mort des Castro, ils risquent d'être déçus. Cuba dispose d'un des meilleurs appareils militaro-sécuritaires de l'hémisphère. Aucun effondrement n'est à prévoir. La dynastie Castro sera perpétuée. L'ascension d'Alejandro Castro, fils de Raoul et actuel chef des services secrets et de l'armée, nous prouve le contraire.

Timides réformes, grands espoirs

Il y a trois ans, Fidel déclara avec fracas « que le modèle cubain ne fonctionnait plus ». Les réformes de son frère Raoul sont réelles, mais trop timides. Jusqu'à maintenant, elles représentent une soupape qui offre un exutoire et empêche l'asphyxie économique du régime.

Le secteur privé emploi presque 500 000 personnes, mais seules les microentreprises sont autorisées, petits restaurants, kiosques de rues et location de chambres chez l'habitant. L'agriculture étant en lambeaux, le pays devait importer 50% de sa nourriture. Maintenant l'État autorise les citoyens à utiliser des parcelles de terrains inoccupés pour produire et vendre des produits alimentaires au privé et à l'État. Une nouvelle loi a éliminé les visas de sortie facilitant les voyages des Cubains, mais l'État conserve le pouvoir discrétionnaire de refuser un passeport pour des raisons dites de sécurité.

La fin du communisme

Le gradualisme des réformes n'entrainera pas la fin du communisme. Elles devront être structurelles et aboutir à une rupture. Seule la fin de l'embargo américain pourra engendrer une dynamique et les pressions internes et externes nécessaires pour apporter au peuple cubain, la liberté et la prospérité auxquelles il aspire.

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