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Et si les îles Turques-et-Caïques devenaient un territoire du Québec?

02/03/2014 10:25 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

Madame Marois,

Le Québec n'a qu'un choix pour contrer le projet hyper centralisateur de Stephen Harper d'une seule Commission unique des valeurs mobilières et surtout pour contrer cette évasion fiscale inédite révélée dans le nouveau livre d'Alain Deneault, Paradis fiscaux: la filière canadienne. Professeur à l'Université de Montréal, il fait référence à cette entente de 1837 qui permet d'injecter actuellement 60 milliards de dollars canadiens dans les paradis offshore névralgiques des Antilles, comme la Barbade. Le Québec - bientôt en élection générale - n'a donc d'autres choix que de se tourner vers... les îles Turks-et-Caicos (aussi appelées îles Turques-et-Caïques), fiduciaires aussi du blanchiment transitant par la Barbade.

Une telle approche confondrait totalement tous les analystes, la classe politique et les médias d'ici et d'ailleurs - incluant plusieurs ex-premiers ministres qui ne cessent depuis votre prise du pouvoir il y a 18 mois de questionner le vide de votre gouvernance souverainiste ou ont jugé de la «faiblesse» de vos idées et de votre équipe économique ministérielle. Sinon, pourquoi ne pas prévoir un vote futur à l'Assemblée nationale, ou tenir un référendum d'initiative populaire et un minimum de débats publics relativement à un partenariat entre Québec et le paradis fiscal que sont les îles Turks-et-Caicos?

Ne serait-ce pas maintenant «à nous de choisir», comme le rappelait si bien le slogan de campagne de votre parti en 2012? Ne seriez-vous pas aussi séduite à l'idée de tâter l'opinion des Québécois sur une telle association, entente économique ou union politique avec cette colonie britannique et archipel de 30 ilots de coraux en plein cœur des Caraïbes?

Perdre les Rocheuses pour gagner des iles paradisiaques

«Une idée totalement saugrenue», me direz-vous, pour nous milliers de Québécois en mal permanent de soleil? Aucunement. Perdre nos Rocheuses et gagner des iles «paradisiaques», le choix est simple non? Je suis même persuadé que nos concitoyens et amis du West Island avec qui vous vous êtes engagés à respecter tous les droits voteraient OUI à 97 % pour une telle proposition!

Cela fait même près de 100 ans que ce peuple antillais a un œil sur le Haut et le Bas-Canada. Philippe Couillard - le chef du Parti libéral qui connait bien les Antilles pour avoir entretenu des amitiés professionnelles avec le Dr. Arthur Porter dans cet autre paradis fiscal que sont les Bermudes - se ferait sûrement un réel bonheur d'appuyer une telle idée centenaire.

En 1917 par exemple, le premier ministre canadien Robert Borden évoquait un possible rapprochement entre le Canada et ces îles; deux nations alors membres du Commonwealth. Plus récemment, soit en 1974 à la demande des insulaires turques, un député canadien a même déposé à la Chambre des communes un amendement en ce sens. En 2004, les trois partis politiques représentés au Parlement de la Nouvelle-Écosse ont voté à l'unanimité une invitation aux habitants de ce territoire britannique à joindre la province de l'Atlantique!

Ne seriez-vous pas vous aussi tentée, Madame la première ministre, de déposer à l'Assemblée nationale un futur projet de loi de gouvernance ou de souveraineté-association avec ces îles, afin de mieux contrer l'évasion dans ce paradis fiscal? L'idée est des plus contemporaines et d'actualité dans ce contexte international d'évasions fiscales où de plus en plus d'États et de nations, petits et grands, cherchent à former et conclure diverses alliances et partenariats, y compris ceux exigeant une nécessaire justice sociale?

En 1986, les Turques-et-Caïques votaient à 90 % en faveur d'une annexion au Canada.

Il y a 28 ans, 90 % des 36 605 habitants des Iles Turques-et-Caïques ont voté en faveur d'une annexion au Canada. Ces nouveaux contribuables ne sont-ils pas trois fois plus nombreux que la population totale de nos Îles-de-la-Madeleine; un territoire que vous, Mme Marois, et l'ex-premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, voyez gorgé de réserves pétrolières et gazières alors que l'époque est aux énergies vertes et à l'électrification des transports? Ces îles Turques-et-Caïques ne sont-elles pas plus populeuses que cette «13e province» qu'est devenu, le 1er avril 1999, le Nunavut canadien? La superficie de ces Iîles antillaises n'est-elle pas équivalente à celle de toute l'île de Montréal? Sa capitale Cockburn Town n'est-elle pas, à vol d'avion, plus près de l'aéroport international Jean-Lesage à Québec qu'Ottawa ne l'est de Vancouver ou même de Cap-aux-Meules?

Bien sûr, une telle idée exigerait d'offrir plus de places en garderies, même à 7 $, dans la capitale touristique qu'est Providenciales, mais aussi plus d'assurance maladie et plus d'assurance automobile, surtout que l'on circule à gauche sur les routes de ces îles britanniques! Mais ô combien notre balance commerciale avec cette partie des Antilles serait moins déficitaire, justement par ce tourisme réputé lors de toute relâche scolaire ou grâce à cette pêche à la langouste.

Que dire en plus de tous ces fabuleux services financiers off shore, refuges et abris fiscaux pour banques multimilliardaires et entreprises qui naviguent chaque année dans des millions de profit et qui sont mal imposés, comme le rappelle régulièrement le richissime Warren Buffet, conseiller du président Obama. Vous imaginez cette mine d'or pour le Québec uniquement, d'une infinitésimale taxe «Tobin» de 0,05 % à 0,2 % seulement sur les transactions boursières et devises qui transitent par ce paradis fiscal; une taxe préconisée depuis 40 ans le professeur américain James Tobin, prix Nobel d'économie.

Une souveraineté-association couplée d'une taxe sur la spéculation et la richesse.

Une souveraineté-association ou partenariat avec une île qui transige en plus en dollars US - en quasi-parité avec le dollar canadien - ne serait-ce pas une façon toute «Made in Québec» pour contrer cette odieuse spéculation? D'ailleurs, 11 pays du G20 appliquent déjà différentes taxes sur les transactions financières, toutes unilatérales. Le Royaume-Uni a une «Stamp Duty», une taxe qui s'applique aux actions de nationalité britannique. Celle-ci rapporte chaque année entre 4 et 6 milliards d'euros. La Corée du Sud taxe les transactions sur les actions, l'Inde sur les produits dérivés, tandis que le Brésil inclut les obligations.

Ne serait-ce pas aussi un réel «Plan nord-sud pour tous» afin de contrer cette seule et unique commission des valeurs mobilières «All Canadian», si chère à ce gouvernement Harper, diminué politiquement avec cinq députés seulement au Québec et élu par moins de 40 % des Canadiens? Un gouvernement fédéral qui a de surcroît préféré - à l'encontre des intérêts du Québec (et des impôts des contribuables) - subventionner le développement hydroélectrique et le futur transport interprovincial qui proviendront des chutes Churchill au Labrador.

En fait, je ne peux que vous inviter humblement et en toute sincérité, à oser montrer à la face du monde que le Québec est ouvert à de nouveaux modèles de fonctionnement socioéconomique, environnemental et politique, en conformité et en cohérence des quatre piliers de votre précédent Plan d'action gouvernemental axé sur l'intégrité, l'identité, la prospérité et la solidarité (internationale).

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