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Les objectifs non avoués des potentielles frappes américaines

31/08/2013 11:13 EDT | Actualisé 06/01/2016 11:07 EST

Alors que la plupart des médias occidentaux font référence à la guerre de 1999 au Kosovo pour signaler la dernière occasion où les États-Unis auraient agi sans l'aval du Conseil de Sécurité de l'ONU pour protéger une population civile, on omet de parler de l'action unilatérale la plus couteuse de l'histoire de l'humanité. Celle qui coûta 1 trillion de dollars, qui envoya plus de deux millions de réfugiés en Syrie, qui selon les statistiques aurait tué plus d'un million d'individus sans parler de l'usage d'uranium appauvri qui crée des déformations et des maladies dégénératives chez les nouveau-nés jusqu'à ce jour. Il s'agit de la guerre d'Irak en 2003.

Attaquer les centres de commandements militaires, les systèmes de communications et les entrepôts d'armes ne peut pas être qualifié de punitif en soi et exclure le changement de régime de ses buts. On parle d'une attaque relativement éphémère comparativement à ce qu'on a pu voir dans le passé en Irak, en Afghanistan ou en Libye, soit deux ou trois jours de frappes. L'opération pourrait potentiellement lancer jusqu'à presque 400 missiles Tomahawk en territoire syrien.

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Les rebelles perdent du terrain depuis presque un an et ils s'entretuent entre islamistes modérés et extrémistes. Une frappe d'une telle envergure n'aura pour effet que de renverser la vapeur en leur faveur ou du moins assurer un prolongement du conflit en nivelant vers le bas la puissance de l'armée syrienne après avoir refusé d'augmenter celle des rebelles en leur envoyant des armes plus sophistiquées que celles qu'ils envoient déjà. Ainsi, lors de la prochaine réunion à Genève II, si elle a lieu un jour, on en sera exactement là où on en était à Genève I, mais 60 000 morts plus tard.

Le changement de régime est le but poursuivi depuis le mois de mars 2011 et c'est toujours le cas, mais compte tenu du nombre important d'extrémistes et le danger qu'ils posent pour la région et les intérêts des États-Unis, les moyens pour y arriver doivent nécessairement être différents. Réduire la puissance de l'armée syrienne signifiera sans nul doute une moins bonne protection de certaines villes ou régions qui sont sous son contrôle actuellement. En misant sur une confrontation dans l'impasse, mais avec des capacités amoindries pour le gouvernement, plutôt qu'accrues pour les rebelles, les États-Unis espèrent faire fléchir le régime dans l'acceptation de ces diktats, en laissant place non pas à une démocratie à la canadienne, mais à une démocratie à la libanaise où chaque faction et parti politique seraient sous l'influence des États avoisinants et des grandes puissances.

Une fois le dernier État arabe séculier tombé, le prochain objectif est un peu plus à portée de main. L'Iran est en point de mire depuis des décennies; la Syrie n'est que la seconde barrière à franchir après avoir failli à se débarrasser de la première en 2006 lors de la guerre de 33 jours contre le Hezbollah.

Pour l'instant on assume et on ne cherche qu'à démontrer la culpabilité du régime. S'il advenait que ce soit en fait les rebelles qui ont utilisé les armes chimiques, les États-Unis et la «communauté internationale», c'est-à-dire la France, vont-ils mener des frappes contre les bailleurs de fonds régionaux de ces groupes extrémistes; l'Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie?

L'enjeu de la crise syrienne est plus grand que la question des armes chimiques et les ramifications, immensément plus importantes qu'un simple combat d'un peuple contre un dictateur. Presque cent ans après la Première Guerre mondiale, les conséquences de la colonisation et le découpage du territoire à travers les accords de Sykes-Picot, la région est en pleine reconfiguration. Une reconfiguration qui mise sur l'Islam obscurantiste de l'Arabie Saoudite contre l'Islam moderne de l'Iran. Une reconfiguration qui cherche à enterrer au niveau régional toute revendication du peuple palestinien, basée sur un rapport de force favorable. Une reconfiguration qui cherche à modifier sur l'échelle internationale des contrats déjà existants sur le passage et la livraison de gaz. Une reconfiguration qui de manière paradoxale est censée se produire dans un monde multipolaire avec l'émergence des pays du BRICS alors qu'on est à la veille d'assister à une action unilatérale des États-Unis.

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Les armes artisanales des rebelles en Syrie

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