Georges Chakour

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Intervenir en Syrie ou non?

Publication: 12/07/2012 10:12

Alors que les États-Unis voient leur influence diminuer peu à peu face à l'émergence des pays du BRICS, la Russie paie un prix diplomatique lourd au support qu'elle accorde au gouvernement en insistant sur le respect du droit international et à l'instauration d'un dialogue national syrien via le plan Annan.

L'escalade qui dure depuis plusieurs mois effleure toujours plus proche un point de non-retour fatal pour toute la région et peut-être bien pour le monde entier. Sur fond de printemps arabe, le soulèvement en Syrie a pris une dimension dont les ramifications surpassent largement le cadre national d'une simple révolution.
Sur le plan régional, nous savons dorénavant que la Turquie, l'Arabie Saoudite, le Qatar, Israël et l'Alliance du 14 Mars libanais notamment s'ingèrent quasi quotidiennement dans la crise par un support logistique, matériel et médiatique à l'opposition.

Le New York Times a rapporté que la CIA s'affère maintenant distinguer les bons insurgés des mauvais pour savoir à qui donner des armes. Ce sont non seulement les points de vue qui se situent aux antipodes entre l'occident et les pays du BRICS, mais les actions entreprises aussi.

Alors que plus de la moitié de la planète appelle au dialogue et à la cessation de toute violence, on retrouve de l'autre côté, aux États-Unis et en Europe, des appels de certains à l'armement et au renversement d'un régime, qui constitue en réalité le phagocyte d'un élément clef de la souveraineté arabe, rien de moins, car ceux qui revendiquent et poussent à cette catastrophe n'ont que leurs intérêts géostratégiques à cœur. Ironique lorsque l'Arabie Saoudite, le Qatar et le Koweït, trois royaumes, se trouvent en chef de file pour le financement et l'armement de l'armée syrienne libre, censé amener la démocratie.

La destruction par la Syrie d'un avion de chasse turc volant en basse altitude dans son territoire procure une panoplie de réponses, mais amène malheureusement encore plus de questions non résolues. Une guerre contre la Syrie sera couteuse pour l'OTAN, tant sur le plan militaire qu'humain. Des invasions comme en Afghanistan, en Irak et en Libye ne peuvent pas avoir lieu à cause des capacités défensives de la Syrie dans son espace aérien. À cela, s'ajoutent les alliances avec l'Iran, la Russie et le Hezbollah.

C'est précisément là que l'interprétation de la crise devient primordiale. Une intervention en Syrie de l'Occident sous des prétextes humanitaires est dangereuse, car les alliés de ce dernier y voient plus une politique de changement de régime qu'autre chose et donc une menace à leurs propres intérêts.
Il est important que la cristallisation des règles et des normes du monde multipolaire soit basée sur le dialogue et le droit international et non sur la puissance. Alors que le premier peut permettre de diminuer la violence de manière considérable et trouver des solutions plus pacifiques, le second risque d'augmenter les conflits régionaux sanglants avec le danger constant d'une escalade démesurée qui peut déboucher sur des affrontements entre puissances régionales. La guerre Iran-Irak avait duré presque 10 ans et fait plus d'un million de morts.

À l'heure actuelle, le ministère de la défense canadien a admis que les troupes s'entraînent pour une éventuelle intervention. Aux États-Unis, les politiciens qui salivent à l'idée d'une telle fumisterie sont les Joe Lieberman et les John McCain de ce monde. Les néoconservateurs. La même famille idéologique à laquelle appartiennent Dick Cheney, Donald Rumsfeld et George W. Bush. Les mêmes qui nous ont menti sur les soi-disant armes de destructions massives de l'Irak et des liens entre Ben Laden et Saddam Hussein.
Toujours aux États-Unis, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski préfèrent ne pas opter pour une intervention. Selon Kissinger, une guerre en Syrie, peu importe les motifs derrière, aurait pour effet de déstabiliser l'ordre mondial. La dernière fois que l'ordre mondial fut chamboulé, c'était lors de la Seconde Guerre mondiale, et la fois avant : lors de la Première Guerre mondiale. Réfléchir à deux reprises avant de s'engager dans une escalade qui serait catastrophique est de mise.

Par ailleurs, cela permet d'une part de voir le vaste contraste sur lequel l'opinion politique états-unienne se situe et d'autre part de réaliser que les élections présidentielles en novembre auront fort probablement un impact substantiel sur la manière de gérer la crise en Syrie et sur le dossier nucléaire iranien.

Pour l'instant toutes les options, même militaires, demeurent étudiées dans chaque camp, rien n'est laissé au hasard. Les nouvelles des derniers mois nous laissent croire que certains États sont déjà passés de la parole aux actes, mais le problème c'est que ces mêmes États offrent un double discours qui ne concorde en rien à la réalité sur le terrain et qui complique en surcroît toute solution équitable ayant le dialogue comme fil conducteur. L'assoupissement des tensions doit passer par des négociations sans quoi l'escalade militaire peut continuer dans son élancé avec ses conséquences.

 
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