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Mon bacon a un arrière-goût d’humain!

L'humanisation de ces animaux, par leur ADN ou leur cerveau, pose un défi éthique, qu'il est impossible d'ignorer.

08/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 08/09/2017 09:00 EDT
zeljkosantrac via Getty Images
Le dicton : « tout est bon dans le cochon » n'aura jamais été aussi vrai !

Depuis quelques années, les animaux habitant les laboratoires de hautes technologies connaissent une révolution silencieuse. Ils deviennent de plus en plus humains, mais pas uniquement... Non, vous ne rêvez pas, la mythologie devient réalité : les « chimères » ces hybrides humains-animaux, sont bien parmi nous !

L'humain s'est souvent amusé à produire des hybrides, en croisant des espèces animales différentes : mule ( jument et âne), zébrane (zébre et âne), mouchèvre (mouton et chèvre) en sont quelques exemples, mais la liste est vraiment longue et ce n'est pas fini. En ce moment, ce sont surtout les félins qui en font les frais. Il y a une vraie mode qui consiste à faire des mélanges de super prédateurs. Avec la création artificielle de plusieurs post-animaux comme celle du « Tigron », mélange entre un tigre et un lion. Ou bien le « Jagellon », mélange entre un jaguar et une lionne. Ce sont des animaux plus grands, plus gros et plus méchants que leurs parents d'origines. Si comme moi vous ne comprenez pas vraiment l'intérêt, pensez à Jurassic World.

Techniquement, nous pouvons aussi créer des hybrides humain-animal. Rien de vraiment nouveau, car dans les années 20 un biologiste russe, Ilia Ivanovitch Ivanov, avait déjà essayé de créer des hybrides homme-singe. Le projet a bizarrement été arrêté par l'URSS.

Récemment, vous avez sûrement entendu parler des hybrides humains-cochons, avancée scientifique des plus spectaculaire pour lutter contre la pénurie d'organes dans le domaine de la transplantation. Des post-cochons qui donnent des organes pour sauver des vies humaines. La médecine pourra de cette manière produire des organes sur mesure pour des malades humains. Le dicton : « tout est bon dans le cochon » n'aura jamais été aussi vrai !

Comme les cellules sont compatibles entre elles, les cellules de caille vont naturellement s'intégrer à celles du poulet.

Plus spécifiquement, à propos des chimères dans les années 60, les scientifiques apprennent avec un microscalpel à remplacer un fragment d'embryon de poulet (le foie) par un fragment équivalent d'embryon de caille (le foie, à nouveau) au même stade de développement cellulaire. Comme les cellules sont compatibles entre elles, les cellules de caille vont naturellement s'intégrer à celles du poulet.

C'est sur le même modèle d'échange et de transfert de matériau du vivant que fonctionnent toutes les technologies de la génétique jusqu'à nos jours. C'est ainsi que dès les années 70, vont être réalisées les premières « chimères génétiquement modifiées » de caille-poule. C'est le début du chimérisme.

Mais la découverte et l'exploitation récentes des cellules souches permettent d'aller encore plus loin dans cette voie. Les cellules souches embryonnaires offrent une possibilité nouvelle de chimérisme, puisqu'elles peuvent mélanger des cellules embryonnaires issues d'espèces différentes. C'est un nouveau champ scientifique à explorer. Ainsi sont apparues des souris dont le cerveau est constitué à majorité de cellules neurales humaine : des cerveaux chimériques possédant deux ADN. Encore plus troublant, certains chercheurs affirment que ces post-souris sont plus intelligentes que leurs collègues...

Les transformations à l'échelle moléculaire de protéines ou de gènes en font techniquement des chimères, sans que cela entraîne de conséquences éthiques remarquables.

Les transformations à l'échelle moléculaire de protéines ou de gènes en font techniquement des chimères, sans que cela entraîne de conséquences éthiques remarquables. Il en va tout autrement quand la technique des cellules souches embryonnaires est utilisée. Car quelques choses de nouveau apparaît alors, en termes d'individu, voire d'espèce. La loi canadienne C-6 de 2004 sur la procréation assistée interdit tout simplement la fabrication de chimères ou d'hybrides avec de l'humain au Canada, mais celle-ci est une réalité dans plusieurs de ses pays voisins États-Unis et Chine.

L'humanisation de ces animaux, par leur ADN ou leur cerveau, pose un défi éthique, qu'il est impossible d'ignorer. Un lointain parallèle peut-être fait avec l'avortement et la question du stade de développement cellulaire à partir duquel un fœtus doit être considéré comme une personne humaine : à partir de combien de cellules humaines introduites dans le post-animal, celui-ci devient-il a son tour humain ?