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Qui peut nier l'existence de discrimination systémique au Québec?

Ayons l'honnêteté et le courage de dire qu'il y a des compatriotes québécois qui sont victimes de discrimination systémique sur le marché du travail privé et gouvernemental ainsi que dans d'autres sphères de la société.

19/10/2017 09:00 EDT
Marc Bruxelle via Getty Images
Comment lutter contre le racisme et la discrimination?

Le Québec a-t-il un problème de « racisation systémique»? C'est la question qui suscite des débats et des polémiques dans la société québécoise. L'expression racisme systémique est-elle mal comprise? En effet, on peut penser qu'il y a une confusion entre systémique et systématique. Pourtant, la nuance est très importante. Le racisme systémique ne veut pas dire que le Québec est raciste ou que les québécois sont racistes. Comme québécois, je peux comprendre les sentiments de colère et d'incompréhension de mes compatriotes. Je suis d'autant plus en colère quand notre ministre de l'immigration a qualifié la consultation sur le «racisme systémique» de «projet de société».

Le Barreau du Québec donne la définition suivante du racisme systémique :

« Nous entendons par racisme systémique la production sociale d'une inégalité fondée sur la race dans les décisions dont les gens font l'objet et les traitements qui leur sont dispensés. L'inégalité raciale est le résultat de l'organisation de la vie économique, culturelle et politique d'une société ». Je pense que cette définition est incomplète et vague.

Je préfère la définition suivante de l'Ontario : « Le racisme systémique se manifeste lorsqu'une institution, ou un ensemble d'institutions agissant conjointement, crée ou maintient une iniquité raciale. Cette attitude n'est pas toujours intentionnelle et ne signifie pas nécessairement que le personnel au sein d'un organisme concerné est raciste. » (Source : Direction générale de l'action contre le racisme, Ontario).

Il y a un système qui rend difficile l'accès à des emplois correspondant à leurs compétences à une certaine catégorie de québécois que l'on qualifie hypocritement et politiquement correct de minorités visibles.

Qui peut nier l'existence de discrimination systémique au Québec? Pour ma part, je préfère dire « discrimination systémique » que de « racisme systémique ». En effet, il y a un système qui rend difficile l'accès à des emplois correspondant à leurs compétences à une certaine catégorie de québécois que l'on qualifie hypocritement et politiquement correct de minorités visibles. L'entrée dans la fonction publique est une discrimination légale qui a pour effet d'entraver plus durement l'intégration professionnelle des immigrants et des minorités visibles et d'apporter une certaine légitimation au « privilège d'être blanc ».

Comment lutter contre le racisme et la discrimination? Faut-il parler du «privilège blanc» pour y arriver enfin? «En tant que personne blanche, j'ai réalisé que j'avais appris le racisme comme quelque chose qui désavantage d'autres personnes, mais on ne m'a jamais enseigné le corollaire de cette situation: le privilège blanc, qui me donne un avantage.» (Peggy McIntosh)

Qu'est-ce que le « privilège blanc? »

On définit comme « privilège blanc» le fait de ne pas subir de discrimination et de racisme et d'en tirer profit par défaut ou non. Il n'est pas discrétionnaire car on ne choisit pas d'exercer ce privilège mais on en tire profit par défaut par le fait d'être blanc. Mais, on a le choix d'en tirer profit en toute connaissance ou de lutter contre ce privilège. Il est lié à l'incapacité collective d'une société, par confort ou par calcul, à procurer du travail, un logement, une représentation politique, une représentation dans les médias et les conditions matérielles d'accès à un service à des individus en raison de leur couleur de peau, de leur culture, de leur race ou de leur origine ethnique.

Comprendre le «privilège blanc » confère une nouvelle responsabilité, que vais-je faire pour le diminuer ou l'abolir? En effet, les personnes de ma race sont largement représentées au sein du pouvoir politique et dans toutes les sphères de la société, il n'est pas utile d'éduquer mes enfants sur le racisme systémique afin de les protéger, je peux être premier de la classe ou gagner un prix sans être présenté comme un exemple d'intégration, il est très peu probable que je sois pris pour un voleur sur la seule base de ma race, si j'ai du mal à obtenir un poste élevé - je peux être sûr que ma race n'est pas le problème, si ma candidature est écartée lors d'une recherche de logement ou de travail, je ne me demande pas si c'est en relation avec ma race - mon nom - mon accent, les questions relatives à la race ne me concernent pas car on parle de diversité - de minorités visibles - jamais de « question blanche », des personnes de ma race ne seront jamais accusées de se constituer en ghetto si elles sont regroupées où habitent au même endroit, il est fort peu probable que l'on me demande d'où je viens dans l'une des premières conversations que j'ai avec une personne, je ne serai pas obligé de travailler de manière irréprochable afin d'éviter de subir des comportements négatifs liés aux préjugés sur ma race, j'ai très peu de chance de subir un contrôle d'identité par la police sans raison apparente, je me sentirai bienvenu dans la plupart des situations liées à la vie publique, institutionnelle et sociale et rien ne m'oblige à avoir conscience de la couleur de ma peau et des privilèges que m'octroie ma race.

Comment diminuer ou abolir le privilège blanc, comment mettre tous les québécois sans exception, qu'ils soient de souche, de n'importe quelle génération ainsi que les nouveaux arrivants sur le même piédestal?

Comment diminuer ou abolir le privilège blanc, comment mettre tous les québécois sans exception, qu'ils soient de souche, de n'importe quelle génération ainsi que les nouveaux arrivants sur le même piédestal? On nous parle de la « commission sur la discrimination systémique et le racisme », manœuvre politique ou illusion?

Pour ma part, je sais qu'il y a quelque de bon chez nous les québécois et comme dans toutes les nations du monde, notre société québécoise n'est pas parfaite. Notre société québécoise n'est pas une société raciste. Comme dans les toutes les nations du monde, il y a des compatriotes québécois qui sont racistes. Il n'est pas question de faire le procès des québécoises et des québécois. Par contre, ayons l'honnêteté et le courage de dire qu'il y a des compatriotes québécois qui sont victimes de discrimination systémique sur le marché du travail privé et gouvernemental ainsi que dans d'autres sphères de la société. Pourquoi? À cause de leur couleur de peau, de leur origine, de leur accent, de leur religion et de leur race. Ayons l'honnêteté et le courage de dire qu'il y a des compatriotes québécois qui sontprivilégiés (involontairement ou volontairement) sur le marché du travail privé et gouvernemental. Pourquoi? À cause de leur couleur de peau, leur race, leur accent et de leur origine.

Nous devons trouver les réponses en famille (nation québécoise), nous devons les trouver dans le respect des ressentiments et des opinions de tous les québécoises et québécois. Nous devons bâtir ensemble notre Québec à coup de rêves, d'audaces et de décisions propulsées par un désir profond de poser des actions et des gestes éthiques.

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