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Prix du pétrole: une stratégie géopolitique de destruction économique?

25/12/2014 07:34 EST | Actualisé 24/02/2015 05:12 EST

Les prix du pétrole se sont enfoncés ces derniers mois et ont atteint des niveaux jamais observés depuis mi-2009. Les barils de référence, Brent de Londres et Light Sweet Crude (WTI) de New York ont perdu près de 50% depuis le début de l'année 2014.

Face à cette baisse continue des prix du pétrole, l'Arabie saoudite, chef de file de l'OPEP, en fait une guerre sans merci et campe sur ses positions. En effet, l'OPEP a décidé de ne pas intervenir sur les marchés du pétrole. Elle a même conservé son objectif de production inchangé à 30 millions de barils par jour (mbj). L'Arabie saoudite a même baissé unilatéralement le prix officiel de son brut exporté vers l'Asie et les États-Unis.

Cette guerre des prix menée par l'Arabie saoudite vise à contrer le pétrole de schiste américain et les sables bitumineux du Canada. En effet, avec un prix en baisse, la production d'huile de schiste est moins avantageuse, car très cher à extraire et la Russie, l'Iran et le Venezuela seront affaiblis économiquement. Le royaume saoudien veut affaiblir les producteurs concurrents de pétrole de schiste et veut démontrer qu'elle est incontournable sur le plan géopolitique dans le Moyen-Orient. Et pour lui, le seul moyen d'y arriver est son pétrole avec le risque de perdre des milliards de dollars de revenus pétroliers en moins. L'Arabie saoudite peut se le permettre avec ses réserves de change de plus de 700 milliards de dollars.

La Russie, grand producteur de pétrole, a des craintes pour son économie. En effet, le rouble qui est soutenu par l'exportation de son pétrole a fortement chuté face au dollar américain et à l'euro. L'économie russe s'effondre à petit feu et les autres pays comme l'Iran ou le Venezuela voient se pointer un étranglement économique. La Russie avait établi un budget équilibré 2015-2017 sur un baril à 100 dollars. La chute du pétrole lui ferait perdre 100 à 115 milliards de dollars par année. Pour le Venezuela, la perte pourrait s'élever à environ 40 milliards de dollars par an dans la situation actuelle et le pays pourrait se retrouver en défaut de paiement.

L'incertitude sur les prix provoque beaucoup d'incertitudes sur les marchés et dans les pays exportateurs de pétrole. Cette guerre du pétrole touche principalement les pays dont les relations avec l'Arabie saoudite et les États-Unis se sont détériorées. La Russie, le Venezuela, l'Iran, pour ne citer que ceux-là, avec un baril à moins de 60 dollars, vont s'étrangler et leurs produits intérieurs bruts peuvent chuter.

L'Arabie saoudite rejette avec force les allégations d'un «complot» visant à forcer les prix vers le bas à des fins géopolitiques et de destruction économique avec la complicité des États-Unis. «La politique pétrolière du royaume s'appuie sur une stricte base économique», s'est défendu avec véhémence Ali al-Nouaïmi le ministre saoudien du Pétrole.

La contraction de la production manufacturière en Chine ne fera qu'accentuer la baisse des prix du pétrole. La Chine étant le deuxième plus gros consommateur de pétrole au monde après les États-Unis, et si son activité manufacturière continue de baisser, elle aurait besoin de moins de pétrole. De plus, l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) a semé un certain scepticisme en revoyant à la baisse les perspectives de demande énergétique pour 2015.

Cette guerre du pétrole pourrait renforcer les tensions géopolitiques dans le monde. Il faut noter que la production de pétrole mondiale a été d'environ 86,8 millions de barils par jour en 2013 (source BP): Canada 3,9 millions de barils, États-Unis 10 millions, Venezuela 2,6 millions, Russie 10,7 millions, Arabie saoudite 11,5 millions et le Moyen-Orient (hors Arabie saoudite) 16,8 millions et autres pays producteurs 31,3 millions.

Les pays non membres de l'OPEP ont commencé à baisser leur production pour contenir la chute des prix du pétrole sauf l'OPEP qui s'entête dans sa stratégie. Le pétrole fait une timide remontée sur les marchés boursiers en Europe, en Asie et aux États-Unis, mais reste faible et des inquiétudes sur la surabondance demeurent.

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