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Un discours teinté par la publicité

30/05/2015 08:44 EDT | Actualisé 30/05/2016 05:12 EDT

Plusieurs personnes ne se rendent pas compte que la publicité les influence. Certaines achètent compulsivement, d'autres vivent tellement sous l'influence de la publicité que leur conversation journalière est un ramassis de slogans publicitaires.

Voici donc une discussion entre des gens de cette confrérie qui ne s'exprime, sans le réaliser, que par slogans entendus ailleurs.

Le conducteur automobile à casquette tournée vers l'arrière arrive au volant de son bolide propulsé par le volume du système de son et le pétrole. Il freine brusquement devant un marché public pour s'adresser à une jeune fille dont le charme déborde.

Aye ma belle! Veux-tu faire un tour dans mon nouveau char tout équipé? Je l'ai eu « au prix du fabricant ». Non, merci. Je préfère prendre l'air, « la vie est Bell ».

Passe une dame environ début quarantaine qui a certainement beaucoup économisé « là où le prix fait loi ». Elle s'immisce dans la conversation : vous feriez mieux de « changer d'ère bancaire ».

Le jeune conducteur klaxonne « pout, pout, pout » et ajoute « que désirez-vous », madame mal amanchée? Elle répond sans attendre : jeune homme, « on est toujours bien habillé avec des belles lunettes ». Il s'empresse de dire : « je note ».

S'adressant à la jeune poudrée, la dame mentionne au sujet de sa tenue très légère : « le salaire de ton péché, c'est l'enfer ». Cette dernière rétorque malgré son chandail tout plein qui déborde, « regardez-moi dans les yeux ».

Le jeune homme suggère : montre-lui « ton côté givré ».

Un commerçant à l'accent européen qui n'était que spectateur de la scène jusque là s'approche et dit : ne faites pas de cas de ce qu'il dit, madame, « les Québécois parlent cru ». Le jeune conducteur balance un bras devant lui et dit d'un air moqueur : « Oui, Papa! »

Le commerçant invite le jeune à quitter les lieux en précisant : « ne partez pas sans elle » en lui indiquant la jeune fille au décolleté affriolant. Celle-ci continue son chemin et se retourne pour leur dire : « rêvez comme vous n'avez jamais rêvé ».

Un commerçant voisin sort de sa boucherie et leur crie en souriant : quoi que vous en pensiez, « les plus belles fesses sont chez nous ». Le jeune conducteur démarre en trombe en pensant : « on vient de quitter un autre client satisfait ».

La dame économe se tourne vers le commerçant et affirme qu'il est désolant que ce type de conducteur ne croise que « la police qui pardonne ». Le commerçant rétorque, ne vous en faites pas madame, il y a toujours une justice ici bas, « l'accident arrive toujours avant le towing ».

Elle le suit alors dans son commerce de breuvages et s'informe de ce qu'il peut lui offrir. Fièrement, il lui montre « ici, c'est Pepsi », là « l'incola », celui-ci « donne des ailes » et elle glousse « J'M », tous des « fiers commanditaires des Jeux olympiques ».

Elle ajoute « Y'a rien qui Labatt ».

Lorsqu'elle précise qu'elle souhaiterait aussi des biscuits « riches, ronds et cochons », il la dirige chez son voisin qui proclame clairement son état : « profession, épicier » en lui disant, « vous trouverez de tout, même un ami » et elle répond admirativement « j'adore ».

Elle se présente à cet autre commerce où on souhaite « bienvenue aux fans », pas aux ventilateurs à réparer, aux échevelés excités, en proclamant « vous êtes plus riche que vous le pensez », espérant ainsi les inciter à consommer plus au point où « çà change pas le monde, mais... »

Elle y découvre aussi ce produit miracle qui lui permettra de « laver plus blanc que blanc », même à l'eau froide, ce qui ferait d'elle un « maître ès Celsius », un argument qui ne lui fait ni chaud ni froid.

Lorsque l'on entend : vas-y Gilles! Il ne faut pas se demander pourquoi lui et pas moi, parce que le déplacement pourrait ne pas être agréable puisque l'on parlait de Vagisil. D'où l'importance de bien porter attention à la publicité et aux slogans avant de les intégrer à son langage de tous les jours.

« Chez nous, c'est ski-doo » -te de notre mode de fonctionnement qui peut être problématique. Par exemple, lorsque je lis sur les gilets des fonctionnaires municipaux : « le gouverneMent », je dois comprendre aussi que le saint dit qu'assez, c'est assez.

En tant que Québécois, ma parlure est ce qu'elle est parce que « je me souviens ».

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