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Les fantômes du réseau de la santé ne sont coupables de rien

13/03/2014 12:15 EDT | Actualisé 12/05/2014 05:12 EDT

Je vous répète, madame Toxique que nous ne pouvons pas garder votre mère dans la section semi-protégée. Nous avons besoin de votre accord pour la transférer dans la section protégée parce qu'elle fait de l'errance. Elle serait mieux encadrée dans la section pour les gens non autonomes.

Je refuse. Vous n'avez pas le droit de poser un diagnostic et vous allez garder ma mère là où elle est. C'est ma mère et je suis la seule en mesure de juger de ce qui est bon pour elle.

Bonjour, je voudrais porter une plainte contre la résidence où est logée ma mère. D'accord, je vous transfère à la personne responsable des plaintes ici à notre Agence régionale de la santé et des services sociaux. Voici, le directeur de la résidence veut m'obliger à déménager ma mère avec les gens non autonomes et je considère que c'est de l'abus de pouvoir. De plus, il a avisé ses employés de refuser d'aider ma mère lorsque je leur demande. Ah oui, ils font cela. Ne vous en faites pas, nous allons envoyer un inspecteur pour documenter votre plainte.

Bienvenue, monsieur l'inspecteur, est-ce que je peux savoir ce que vous recherchez exactement? Nous avons eu une plainte concernant une résidente et je me dois de vérifier vos modes de fonctionnement et je dois avoir votre collaboration et celle de vos employés pour répondre à mes questions. C'est d'accord, vous pouvez compter sur nous. Permettez-moi d'abord de vous guider pour vous faire découvrir notre résidence et vos services.

Quelques heures plus tard, avant de quitter la résidence, l'inspecteur passe au bureau pour saluer le directeur et lui dit: «Je n'ai rien trouvé, qui justifierait cette plainte. J'ai pris des notes sur des améliorations qui pourraient être souhaitables. On vous reviendra s'il y a lieu. Merci pour votre collaboration et bonne journée.» L'Agence transmet ensuite la plainte à la Régie du bâtiment, qui envoie elle aussi un enquêteur sur place, et en cherchant des problèmes, il en trouve, comme si la Régie s'était donnée comme mission de créer de l'emploi pour répondre aux attentes des Rambos de ce monde.

Le propriétaire de la résidence reçoit alors un avis l'obligeant à effectuer des travaux importants totalisant quelques dizaines de milliers de dollars en plus d'exiger la présence en plus des employés en poste, de personnel spécialisé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour contrôler les entrées et pour veiller sur les résidents même pendant leur sommeil.

Comme les coûts sont exagérés, le propriétaire accepte de faire les travaux d'aménagement pour s'assurer de garder son permis d'opération, mais annonce sur le champ la fermeture de la section protégée de sa résidence. Par conséquent, 10 personnes non autonomes devront être relocalisées et les personnes inscrites sur la liste d'attente devront aussi chercher ailleurs. On leur laisse le chemin en partage.

La décision d'exiger du personnel en permanence 7 jours sur 7 en plus des préposées déjà en place pour veiller sur les résidents, même pendant qu'ils dorment, ne semble pas justifiée, et elle a pour conséquence de mener à la fermeture d'une section protégée dont les familles des résidents se disaient unanimement satisfaites. On se doit maintenant de les relocaliser dans le réseau de la santé où la liste d'attente est déjà longue.

En appliquant à l'aveuglette les règles pour se protéger les fesses au cas où, sans tenir compte de la taille de la résidence et du contexte, on met une pression indue sur le réseau de la santé qui n'en a pourtant pas besoin. Cette pression pourrait aussi éventuellement amener les propriétaires à fermer leurs établissements ou à chercher une autre vocation pour leurs résidences. Le secteur public ne pourrait cependant pas loger et prendre soin de tous les gens ainsi laissés pour contre.

Les preneurs de décisions restent trop souvent dans l'anonymat dans de telles situations et nuisent à leur propre réseau. Ces fantômes demeurent innocents, ils ne sont coupables de rien.

La situation décrite ci-haut n'est pas hypothétique, elle est réelle et elle se déroule actuellement en Montérégie et possiblement aussi ailleurs parce que l'on attribue trop de pouvoirs discrétionnaires à des gens qui oublient d'utiliser leur gros bon sens. Ma mère fait partie d'un groupe de résidents qui doivent maintenant être relocalisés à un endroit où nous ne pouvons que souhaiter qu'elle soit aussi bien qu'en ce lieu où elle a été heureuse et bien traitée au cours des dernières années.

Ah oui, l'élément déclencheur de cette situation, madame Toxique qui n'était pas mandataire homologuée, a sorti sa mère de la résidence en question sans avoir payé ses trois derniers mois d'hébergement et on a appris depuis qu'elle avait fait le même coup à deux autres résidences au préalable.

Et les fantômes continuent à prendre des décisions inappropriées qui ont un impact sur nous comme contribuables ou parents de résidents pénalisés par les décisions arbitraires et sans appel.

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