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Le contrôle des médias et les conflits d'intérêts

05/12/2014 08:42 EST | Actualisé 04/02/2015 05:12 EST

Depuis que Pierre Karl Péladeau a fait son entrée dans l'arène politique québécoise, on entend parler que de conflits d'intérêts potentiels pour un magnat de la presse. Mais est-ce nouveau? Le contrôle des médias entre quelques mains n'est pas récent au Québec et même sous surveillance, il faut être aveugle pour ne pas voir que chaque média a une ligne éditoriale bien définie. Ceci n'est pas unique au Québec. C'est aussi vrai dans d'autres pays.

Pour un instant, projetons-nous en 2018 alors que le chef PKP a conduit le Parti Québécois au pouvoir. Malgré l'utilisation de toutes ses plates-formes imprimées et électroniques de Gesca et de son vaisseau phare, La Presse, pour décrier l'élection du parti séparatiste, PKP s'est retrouvé premier ministre.

La Presse et Gesca demeurent quand même en situation privilégiée pour continuer à décrier les faits et gestes de leur adversaire politique et médiatique sur une base journalière. Rien de nouveau puisque la famille Desmarais a dicté une ligne éditoriale fédéraliste depuis des décennies aux médias qu'elle contrôle sous l'égide de Gesca.

Le premier ministre Péladeau est encore plus observé maintenant. Il est surveillé constamment non seulement par l'opposition à l'Assemblée nationale, mais aussi sous la grosse loupe des médias. Est-ce qu'il est en position de magouiller pour s'avantager personnellement ou avantager son empire médiatique? Pas vraiment, puisque tous les jours, ses gestes et décisions sont analysés et mis en lumière au su et au vu de la population qui peut manifester son opposition au besoin. La grogne constante de la population lui rendrait le pouvoir invivable si tel était le cas.

Un conflit d'intérêts devient un outil utile pour profiter de la situation lorsqu'il y a un certain anonymat ou un certain flou qui fait que l'usage d'intermédiaires anonymes permet de rechercher et d'obtenir des avantages. Le pouvoir prive PKP de cet avantage, mais ses adversaires médiatiques continuent eux à profiter des avantages dont ils ont toujours profité, au pouvoir ou dans l'opposition grâce à leurs défenseurs en poste. Après tout, la famille Desmarais fait depuis des lunes de la politique active, en coulisses, en influençant les décisions. Entendons-nous bien, cela n'est pas nécessairement fait au détriment de la population, mais certainement pas au désavantage des intérêts de la famille et de son empire.

Toujours en 2018, la réélection du Parti conservateur à Ottawa en 2015 a entraîné la poursuite des coupes massives au budget de Radio-Canada. La disparition de l'émission Enquêtes a été graduelle. Depuis 2014, les effets pernicieux des réductions budgétaires limitaient ses moyens. L'effet des coupes budgétaires avait ensuite été ressenti par les émissions où la réflexion et les discussions portaient sur les événements qui façonnaient notre société et le monde en général. L'absence d'information et d'analyse a rendu de plus en plus compliqué le développement d'une opinion pour le peuple.

La ligne de parti visant au contrôle total de l'information a fait de Radio-Canada une télévision d'État au lieu d'une télévision publique. Stephen Harper a même marqué le coup en dictant au Conseil d'administration de Radio-Canada un changement de nom. Radio-Canada est devenue la Télévision Royale du Canada. Céline Galipeau, Patrice Roy et les autres ont été remplacés par de jeunes lecteurs et lectrices de nouvelles sans émotion aux yeux bleus, à la coiffure classique, vêtus de noir ou de bleu marine. Ceux-ci nous lisent les nouvelles autorisées par le parti au pouvoir comme on le voyait auparavant à la télévision chinoise et sud-coréenne.

Il est clair que le contrôle des médias est outil de pouvoir, mais est-ce vraiment un outil pour s'enrichir incognito? J'en doute, d'autres médias veillent et veilleront toujours au grain.

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