LES BLOGUES

À fond la caisse, en train

25/01/2015 09:10 EST | Actualisé 27/03/2015 05:12 EDT

AVERTISSEMENT : Toute ressemblance avec la réalité est voulue, mais n'est que le résultat de votre imagination fertile et de vos perceptions.

Sonnerie du téléphone.

Michael speaking.

Bonjour Michael, c'est Phil.

Bonjour Phil. Que puis-je faire pour vous?

Je voudrais que vous libériez 5 milliards pour financer des infrastructures de transport.

À quoi faites-vous référence?

On veut réaliser un train léger et rapide sur le futur pont Champlain et aussi un train reliant l'ouest de Montréal et l'aéroport de Dorval avec le centre-ville.

Ah, des trains pour relier la Rive-Sud et l'aéroport Trudeau avec le centre-ville de Montréal. La Caisse finance effectivement des projets semblables en Colombie-Britannique et en Angleterre.

Je vous interromps. Ici, je ne parle pas seulement de financement, Michael, je parle de vous faire construire et gérer les infrastructures en question.

Phil, nous ne sommes pas des constructeurs, nous sommes des financiers.

Voici ce que je veux que la Caisse fasse pour nous: vous allez utiliser les avoirs accumulés par les Québécois pour construire des infrastructures de transport et vous allez gérer les trains. Vous expliquerez que votre filiale immobilière est familière avec la construction et l'entretien, ce qui justifiera votre implication dans la construction d'infrastructures de transports.

Phil, quels avantages en retirera la Caisse?

À partir du moment où la Caisse opère les trains, le peuple comprendra qu'elle doit facturer les services. Vous génèrerez donc des revenus.

Oui, mais va-t-il être possible d'en retirer des profits? C'est notre mission de faire fructifier l'argent mis à notre disposition. Je crains que les gens ne soient pas dupes et réalisent que nous ne pourrons pas faire des profits avec les lignes de transports et les infrastructures. Pourquoi ne pas laisser l'Agence métropolitaine de transport et le ministère de Transports du Québec s'occuper des infrastructures?

Parce que la commission Charbonneau s'apprête à présenter un rapport dévastateur qui limitera les relations possibles du gouvernement du Québec et de ses agences avec les grandes firmes d'ingénieurs et les grands constructeurs québécois. La Caisse, elle, en étant indépendante du gouvernement, conservera la possibilité de les faire travailler sur les deux projets dont je vous parle.

Mais à partir du moment où vous nous demandez de réaliser ces deux projets...

Je ne vous le demande pas, je vous informe que nous voulons que ces projets soient réalisés avec votre participation.

Est-ce que la Caisse garde encore ses distances du gouvernement dans un tel contexte?

En apparence, oui. Nos conseillers en communication suggèrent même que vous montriez de l'enthousiasme envers ces deux projets et que vous rappeliez aux gens des médias que vous parlez depuis 2012 de votre intérêt pour de tels projets.

Mais je ne me souviens pas avoir montré publiquement d'intérêt pour de tels projets.

Les gens du public ne vont pas s'en souvenir eux non plus. Ce n'est donc pas un problème.

C'est très risqué ce que vous voulez faire. Pourquoi devrais-je accepter de me prêter à un tel manège?

Parce que nous en profiterons pour confirmer le renouvellement de votre mandat à la présidence de la Caisse. De plus, entre nous, nous pourrons veiller à la bonification de votre fonds de retraite.

Ouais, mais je ne croirais pas approprié que le gouvernement nomme des hauts fonctionnaires pour siéger au conseil d'administration de la Caisse. Elle doit garder son indépendance apparente face au gouvernement.

Je suis parfaitement d'accord avec vous, Michael, la Caisse doit garder, en apparence, une distance avec le gouvernement. C'est pourquoi nous ne nommerons pas de hauts fonctionnaires sur votre conseil d'administration, mais pour vous guider vers les bonnes décisions et le bon choix de projets, nous vous recommanderons de bons amis de notre parti qui connaissent bien les intérêts du Québec.

Phil, les administrateurs de la Caisse se doivent d'avoir une formation et une expérience pertinente pour contribuer à notre prise de décisions dans un milieu financier complexe et international.

Oui, oui, Michael. Ne vous en faites pas, notre parti est comme le bon Dieu, il est partout. Nous trouverons, parmi nos supporteurs, les gens qui pourront jouer ce rôle et vous indiquer nos amis qui devront être impliqués dans les projets que nous vous confierons. D'ailleurs, la Caisse investit déjà dans certaines de ces compagnies.

Mais Phil, le pont Champlain va être construit par le gouvernement fédéral et lui appartiendra. Va-t-il accepter ce projet de train léger et rapide sur son pont?

Oui, ne vous en faites pas. Les conservateurs ont été tellement fermes, pour ne pas dire entêtés, dans leur refus de payer pour ce train, qu'ils se réjouiront de la solution avancée par notre gouvernement. En ne forçant pas le retour du train de la Confédération au Québec, nous leur enlevons une épine du pied et nous éliminons un sujet de discorde.

Qu'arriverait-il si le gouvernement fédéral négligeait l'entretien de ce nouveau pont au risque de nuire à notre service ferroviaire?

Dans une telle éventualité, la Caisse achètera le pont et maintiendra le péage en vigueur. Le peuple n'accepterait pas que la province prenne possession du pont et perçoive des frais de péage, mais la Caisse sera justifiée de le faire pour générer des revenus et faire fructifier le bas de laine des Québécois.

Oh, c'est encore plus important que je ne le croyais comme implication pour la Caisse, Phil. Y aura-t-il ensuite d'autres projets d'infrastructures?

Oui, quand les trains seront sur les rails, il faudra répondre à la demande de Régis pour faciliter l'accès de la clientèle en créant un tunnel où circulera un TGV passant sous le fleuve Saint-Laurent pour relier l'autoroute 20 de Lévis à son nouvel amphithéâtre.

Vous n'avez pas peur que cela devienne un train d'enfer, Phil?

Non, non, notre parti à Ottawa a créé un mirage avec l'aéroport de Mirabel et il est devenu désert. Cela a été une réussite totale. Quand nos adversaires reprendront temporairement le pouvoir après mon règne et le vôtre, Michael, ils devront alors éviter le déraillement des projets, et ce sera à eux de régler les problèmes.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les cinq PDG de sociétés d'État les mieux payés

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter