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21 juin: pour un jour férié qui rend hommage aux Autochtones

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Il est étonnant que le 21 juin, la Journée nationale des Autochtones, ne soit toujours pas un jour férié.

Il en va de même pour le 8 mars, Journée internationale des Femmes. C'est un jour férié un peu partout dans le monde, mais pas ici. Comme si le combat pour l'émancipation des femmes ne méritait pas d'être souligné.

Nous n'avons pourtant pas trop de jours fériés. Nous en avons seulement huit et nous faisons même piètre figure à ce titre. La France, le Japon, l'Inde, la Russie, la Chine et même les États-Unis nous dépassent à cet effet.

Pourquoi devrait-on faire du 21 juin un jour férié en l'honneur des Autochtones? Pour la même raison qu'il y a le Martin Luther King Day aux États-Unis. Pour souligner le combat des Autochtones pour la pleine reconnaissance de leur souveraineté et de leurs droits civiques. Pour rappeler à notre mémoire collective le génocide dont ils ont été victimes. Pour réconcilier notre État avec les Premières Nations.

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Je ne vous cacherai pas que je suis moi-même Métis. Ma grand-mère paternelle, Adrienne Létourneau, était une Anishnabeg liée à la réserve de Saint-Régis qui s'appelle maintenant Akwesasne. C'est une réserve attribuée aux Mohawks mais quelques Anishnabegs en font aussi partie.

Mon statut de Métis signifie aussi que j'ai une ascendance européenne. Une ascendance que je ne renie pas, d'autant plus que ce que vous lisez en ce moment est écrit en français standard.

Par contre, je suis conscient que les Québécois sont des colonisateurs qui se plaignent d'avoir été colonisés. Et qui jouent encore sur les deux tableaux.

Nous devrions avoir cette sensibilité supplémentaire pour nous permettre de promouvoir la pleine reconnaissance de droits et de l'histoire des Autochtones. Louis Riel n'était-il pas un Métis francophone? Notre sort ne fut-il pas parfois le même que celui de nos frères et soeurs autochtones?

Malheureusement, beaucoup de Québécois sont encore sourds et aveugles face aux revendications des Autochtones. La situation a tendance à changer avec les plus jeunes d'entre nous qui n'avons pas grandi dans la peur et le mépris des «Sauvages». Les brumes du colonialisme européen s'estompent autant ici qu'en Algérie ou bien au Congo. Les vérités qui apparaissent ne sont pas toujours belles à voir. Et on comprend que ce qui est arrivé aux Autochtones du continent ressemble étrangement à ce qui est arrivé aux Palestiniens et aux Congolais. On les a dépouillés de leur territoire de façon brutale pour y installer des colonies. On a même prétendu que c'était pour les civiliser qu'on les dépossédait. Ici comme ailleurs, on a dit qu'il n'y avait rien avant que le colonisateur ne vienne détruire leurs villages.

On a même prétendu que c'était pour les civiliser qu'on les dépossédait. Ici comme ailleurs, on a dit qu'il n'y avait rien avant que le colonisateur ne vienne détruire leurs villages.

Sitting Bull était avant tout un chef religieux. Les Sioux se sont reconnus en lui parce que le désespoir était tel que Kitché Manitou semblait le dernier recours pour arrêter les déportations et les massacres.

Sitting Bull et les siens ont passé pour des terroristes, des voyous qui ne laissaient pas passer la civilisation, la chasse sportive des bisons et le christianisme. N'est-ce pas ce qui se produit encore et encore dans le monde actuel? Des peuples déportés, spoliés, humiliés, réduits à vivre dans des réserves surpeuplées où les conditions de vie sont exécrables? Se poser la question c'est y répondre. La réconciliation avec les Autochtones est le premier pas à faire pour aussi se réconcilier avec l'ensemble de l'humanité.

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En plus de faire de la Journée nationale des Autochtones un jour férié, nous pourrions aussi songer à changer notre toponymie pour nous redonner à tous une occasion de retrouver la mémoire perdue de ce génocide culturel dont on commence à peine à parler.

D'abord, l'Amérique ne devrait plus s'appeler l'Amérique. Vous croyez que j'exagère? Leopoldville, au Congo, s'appelle maintenant Kinsasha. Léopold II, cet infâme personnage de l'histoire du colonialisme belge, ne méritait aucun hommage. Pourquoi l'Amérique devrait-elle rendre hommage à Amerigo Vespucci? Devrait-on effacer plusieurs millénaires d'histoire humaine pour saluer la mémoire d'un obscur marin qui rêvait d'or facile à voler? Ce continent s'appelait et s'appelle encore l'Île de la Tortue pour les Autochtones. Il serait bien d'y revenir pour nous laver un peu la mémoire des exactions des conquistadors.

C'est d'autant plus ironique que jamais les Autochtones n'utilisaient de noms d'êtres humains pour désigner des lieux. Il ne leur serait jamais venu à l'idée de souiller la Terre sacrée avec le nom d'un être humain. Il n'y avait pas de lac Bouchard, de rivière Saint-Maurice ou de fleuve Saint-Laurent pour eux. Mais le lac de la ouananiche, la rivière de l'enfilée d'aiguilles (Tapiskwan Sipi), le fleuve aux grandes eaux (Magtogoek)... Leur conception de la toponymie était essentiellement poétique, au contraire de la toponymie européenne qui sanctifie les conquérants, les maîtres de guerre, les rois, les seigneurs et autres personnages qui se croyaient au-dessus de tout un chacun, dont l'inspecteur général de la maréchaussée... L'humilité autochtone face à la nature nous est malheureusement étrangère. Pourtant, le monde change et nous constatons tous les jours que nous avons souillé la Terre et qu'il faudra bien y remédier pour sauver la seule planète habitable que nous connaissions à ce jour.

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D'aucuns diront que j'exagère. J'y suis habitué. Tant et si bien que je suis devenu imperméable à cette tradition toujours tenace de minimiser les revendications des Autochtones qui ne sont pourtant pas toutes d'ordre financier. Ils aimeraient entendre des excuses. Entendre que le monde a changé en mieux et qu'on n'étouffera plus leur histoire sous celle de Christophe Colomb, Amerigo Vespucci, Jacques Cartier ou Samuel de Champlain.

Une partie de moi-même est intimement liée à l'histoire de mes frères et soeurs autochtones. C'est bien plus qu'une raison génétique. C'est par humanité que je m'y sens relié. Tout comme je me sens relié à tous ceux et celles qui subissent et combattent l'injustice sociale partout sur la planète.

Les Autochtones ont été victimes de grandes injustices.

Ce serait justement leur rendre justice que de faire du 21 juin, qui est aussi la Journée internationale des Aborigènes, un jour férié pour tous les citoyens de l'Île de la Tortue, de l'Alaska jusqu'à la Terre de Feu.

Cela vaut bien une danse du soleil, n'est-ce pas?

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