Gabriel Rossi

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L'éducation en grève

Publication: 28/02/2012 09:20

Il est plus difficile que jamais de se faire une opinion. Même si on vit à l'ère de l'information, les médias font un excellent travail pour maintenir confusion, peur et apathie dans la masse. Deux mille ans d'évolution et on nous traite encore comme des Romains. Ils nous veulent tous gavés, divertis et sans opinion, comme ça le pouvoir reste au pouvoir sans jamais avoir à se justifier.

Dans cette confusion, nous appelons maintenant «éducation» tout ce qui est du domaine de la «formation». La différence? Éduquer, c'est pousser à la réflexion, former l'esprit, faire des citoyens capables de critiques sociales. Une société qui n'éduque pas ses élèves, mais qui les forme pour le marché du travail, c'est une société en déclin intellectuel. C'est une société qui se moque de ses citoyens en nommant un sénateur analphabète, qui demande aux pauvres de payer plus pour ses services tout en continuant de réduire les impôts pour les compagnies multimillionnaires.

L'université est devenue un endroit où l'on va chercher un permis de travail, un peu comme lorsqu'on va chercher un permis de port d'arme au gouvernement. Il y a beaucoup plus de cours à suivre à l'université, bien entendu, mais le résultat est sensiblement le même: on reçoit un beau papier avec notre nom dessus. On a ensuite le droit de posséder une arme ou de pratique un métier quelconque.

Dans cette course aux papiers, l'université s'est transformée en institution élitiste où les plus arrogants assistent à leurs cours en cravate et se moquent de ceux qui étudient dans des domaines sans débouchés (philosophie, histoire, mathématique, etc.). Autrement dit, ceux qui étudient pour le plaisir d'apprendre et qui prennent le temps de marcher dans les rues pour revendiquer leurs droits de citoyens.

Les convictions des étudiants vont beaucoup plus loin que la simple hausse des frais de scolarité. Jeudi dernier, nous marchions pour la réappropriation de notre dignité de citoyens. Nous marchions pour tous les employés d'usine qui perdent leur emploi parce que les compagnies déménagent dans des pays moins développés. Nous marchions pour tous ceux qui travaillent en relation d'aide ou en éducation (les enseignants, les infirmières, les éducatrices, etc.) et qui reçoivent un salaire à peine au-dessus du seuil de la pauvreté. Nous marchions pour tous ceux qui ont besoin de cette aide et qui n'y ont pas accès.

Bien sûr, le coût de la vie augmente et quelqu'un doit payer pour les services. Mais nous payons déjà! Constatez vous-même de l'état de nos services. Que ce soit au niveau de l'éducation, de la construction de routes ou de la santé, l'argent de nos taxes est redistribué de façon complètement aberrante. Êtes-vous allé dans un hôpital récemment? Ou dans une école primaire? Sinon, avez-vous roulé sur nos magnifiques routes construites par des subventions aux mafieux?

Croyez-vous vraiment que le problème est causé par le manque d'argent investi par les étudiants? Saviez-vous que l'université est gratuite dans plus de 12 pays? C'est pourtant simple : plus les frais de scolarités augmentent, plus l'université se privatisera et moins de gens auront accès à l'éducation. Nous n'avons qu'à nous tourner vers les États-Unis, là où l'éducation est si chère que les universités ne sont occupées que par l'élite financière. Voici une des raisons pourquoi les riches restent riches: ils se protègent entre eux.

Plutôt que de pointer les étudiants du doigt, joignez-vous au mouvement et venez manifester contre un gouvernement qui tient notre argent en otage. Vous verrez, nous sommes pacifiques, même si les forces policières ont le mandat de nous provoquer plutôt que de nous appuyer et de nous protéger. Mais quand on marche pour le peuple, on marche aussi pour ceux qui nous tapent dessus.

L'éducation, la vraie, est un droit, pas un privilège. Un peuple éduqué ne sera jamais soumis. Il est temps de sortir ce système frauduleux de nos écoles et de commencer à sensibiliser les jeunes aux problèmes économiques, culturels et environnementaux avant que ces problèmes deviennent irréversibles. La réforme ne se situe pas au niveau des technologies d'enseignements, comme ils essaient de nous faire croire, mais au niveau du contenu de cet enseignement.

Rendez-vous le 1er mars au parc des Braves à Québec.

Merci de votre lecture,

Gabriel Rossi