Gabriel Rossi

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Jeune, en santé et atteint du cancer

Publication: 12/02/2012 04:00

Une partie de nous souhaiterait être éternelle, une partie de moi l'était. En médecine, l'ensemble de cellules immortelles qui se divisent sans arrêt s'appelle un cancer. Heureusement, le mien était localisé et rapidement opéré, mais il a quand même laissé des traces.

Durant ma rémission, je me suis demandé si l'infestation massive de cette maladie ne serait pas le reflet de l'incapacité de l'humain à accepter la mort.

Pas seulement notre mort personnelle, mais aussi celle de notre espèce, ou plutôt, le sentiment qu'elle sera imminente si nous continuons sur le même chemin. Nous avons épuisé les forêts, les poissons, le pétrole. Tout ça, au profit de béton, de papier et de plastique. Nous souffrons parce que nous allons mourir et que nous savons que nous ne pouvons rien y changer. Cette souffrance est partout dans notre culture. Laissez-moi partager avec vous mon expérience avec le cancer, et peut-être, apporter un peu de soleil en ce froid matin de février.

Alors que j'anticipais mon opération, j'ai su garder une forme physique impeccable et une attitude positive. Le doute ne m'a jamais effleuré l'esprit. Dès que l'on se met en mode de survie, le reste devient instinctif, on ne pense pas à baisser les bras. Mais une fois l'opération terminée, je me suis trouvé face à l'obstacle le plus difficile, un obstacle que je n'avais pas prévu. Je crois au karma, on récolte ce que l'on sème; je crois à la science et à son interprétation de la Nature... J'avais donc besoin de raisons. Pourquoi moi? Pourquoi maintenant?

Le sentiment qui m'habitait ressemblait étrangement à un deuil, comme si quelqu'un venait de mourir. Ce quelqu'un c'était moi. Après l'opération, j'étais constamment confronté à l'inévitabilité de ma mort. Elle était immanquable, impossible d'y échapper, on me l'avait poussée jusqu'au fond de la gorge.

Accepter la mort n'a rien de facile, notre culture est incapable de reconnaître cette importante étape de la vie. Plutôt que d'aborder le sujet comme nous le faisons avec la naissance, nous refusons d'en parler, nous tournons la tête avec l'audace de la refuser, comme si cela n'existait pas. Nos idoles restent jeunes, sinon on les refait de silicone. On embaume nos morts pour qu'ils aient l'air le plus vivant possible, de belles poupées de plastique. Dans le processus d'embaumement, il y a un manque de respect bouleversant envers les cadavres, mais ça les rend moins effrayants, moins réels.

Nous vivons pour demain, comme si demain sera toujours là, comme si aujourd'hui n'était pas assez bien. Entre les distractions, nous rêvons au paradis, même si tous les maîtres spirituels de l'histoire se sont tués pour nous faire comprendre que nous vivons déjà au paradis, ici et maintenant. Il faut beaucoup de pratique et très peu d'amour propre pour réussir à se mentir soi-même, telle est l'inconscience humaine.

Une maladie est toujours causée par un stress. La plupart de ces stimuli proviennent de notre environnement ou des éléments qui le composent : fumer la cigarette cause le cancer du poumon, certaines bactéries donnent la diarrhée, la pollution par le bruit augmente l'anxiété, etc. Par contre, certains stress viennent de l'intérieur, de notre émotivité.

J'ai donc décidé de ne pas tenir compte de mon environnement. Ma première question fut: « dans ma vie, qu'est-ce qui me stresse au point de provoquer un cancer? » Suivi par des jours et des jours d'introspection: les peines que j'ai causées, les erreurs que j'ai faites, les peurs que j'entretenais encore. Ce n'était pas facile, croyez-moi, mais ce travail devait se faire. Sans être méchants, nous faisons tous des erreurs, moi le premier.

Alors maintenant, que pourrais-je dire de mon expérience avec le cancer? Très enrichissant, j'en ressorts grandi, meilleur, plus fort. Peu importe si toute cette introspection était en lien avec ma maladie, j'ai réussi à me débarrasser d'un poids incroyable. Apprendre à se connaître est une arme puissante contre l'inconscient humain.

Pourquoi attendre une situation aussi critique pour prendre le temps de régler nos problèmes? S'il y a des stress non nécessaires dans votre vie, il faut s'en débarrasser, car ils ne s'en iront pas d'eux-mêmes. Ils vont rester silencieux jusqu'au jour où ces stress trouveront un meilleur endroit pour grossir, un nouveau cancer. Puis, le cancer n'arrêtera pas de grossir: opération et thérapie. Notre système de santé ne vaut rien en matière de prévention ou de remède durable, il y a trop d'argent en jeu avec les traitements. Mais le système n'a pas été conçu pour nous rendre service, c'est plutôt nous qui servons le système. Voilà pourquoi nous devons reprendre possession de notre vie, arrêter de croire tout ce que l'on entend, accepter la mort et nous aimer au-delà des limites de notre capacité. Si l'ingéniosité de nos inventions a réussi à nous placer au niveau des animaux supérieurs, c'est notre capacité d'aimer qui fait de nous des humains. L'enfant humain est le seul mammifère qui nait sans les facultés innées pour survivre. À un point dans notre vie, nous avons tous eux besoin de l'amour et de la compassion de notre mère, ou d'un proche, car nous étions incapables de survivre par nous-mêmes.

Il est temps d'arrêter de détruire notre paradis comme si nous étions tous immortels, comme si demain n'était pas aujourd'hui, et de recommencer à s'aimer.

Merci pour votre temps,

Gabriel Rossi