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Un aperçu de l'album «Lust for life» de Lana del Rey

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Les albums de Lana del Rey auraient pu être de (très bons) romans. Ils construisent constamment des histoires qui entourent le personnage fictif d'Elizabeth Grant. Born to die est un récit initiatique, prolongé avec le Paradise edition où le personnage découvre un monde tropical à la fois luxuriant, mais aussi inspiré par les films de David Lynch. Ultraviolence raconte une fable beaucoup plus sombre de bikers et de trafic de narcotique.

Qu'est-ce que l'aperçu de Lust for life (date de sortie non dévoilée) nous apprend sur l'esthétique de son album à venir?

Que, premièrement, Lana del Rey est plus convaincue que jamais d'être envisagée comme une artiste. Dans une entrevue avec le Guardian, elle annonçait en 2014 son désir d'être considéré comme une «serious songwriter». Le vidéo s'ouvre sur des scènes qui rappellent à l'auditoire les anciens vidéos de la chanteuse, où elle accumulait plusieurs scénettes qu'elle rapiéçait en un film nostalgique et éthéré. Ce médium, qui permet de goûter à l'univers de Lana del Rey, est encore ici à l'œuvre. La première phrase du vidéo présente le personnage comme un véritable artiste, une posture qui devient incontestable («You know, in this town, an artist really needs a lot of space when they are trying to create something special [Vous savez, dans cette ville, un artiste a vraiment besoin de beaucoup d'espace lorsqu'il tente de créer quelque chose d'unique]»).

Toutefois avec sa nouvelle posture d'artiste plus fortement revendiquée que jamais, la route connote maintenant le trajet de sa vie.

L'artiste réside désormais dans le «H d'Hollywood», l'un des lieux les plus iconiques des États-Unis. Il lui aura fallu un long voyage au travers de sa vie, ses amours et sa carrière pour en arriver à ce point. Lana del Rey a chanté à propos de la route toute sa carrière et nous pouvons imaginer que les «tunnels lignés avec des lumières jaunes» (Yayo) ne seront pas oubliés dans cet album. Toutefois avec sa nouvelle posture d'artiste plus fortement revendiquée que jamais, la route connote maintenant le trajet de sa vie.

Mais comparativement à ses anciens vidéos (comme pour Video games), la qualité visuelle des scènes a changé. Un filtre altère fortement les couleurs des fleurs et des fraises, une modification qui implique une légère distanciation de l'esthétique de l'authenticité et de la vérité qui guidait ses anciens vidéoclips (et qui permet d'expliquer, d'une certaine manière, le trouble ressenti par les médias devant le personnage fictif d'Elizabeth Grant, alors qu'ils n'ont pas de difficulté à cerner les distinctions entre Lady Gaga/Stefani Germanotta).

Le personnage du vidéo est perçu au travers d'un voile qui griche, comme si elle était vue par l'écran d'un ancien téléviseur. Il en découle une fonctionnalisation de Lana del Rey, fantôme, sorcière, chanteuse du passé. Le court aperçu est hanté par une bande sonore qui donne à Lana del Rey des allures d'un spectre venu d'une autre époque pour nous enseigner ses expériences. Ses qualités de pédagogue sont exprimées par le discours, par l'utilisation du pronom «tu» de la deuxième personne du singulier qui s'adresse à l'audience. Ce pronom, en plus de la dernière scène où elle écrit à la craie le titre de l'album sur un tableau d'école comme s'il s'agissait d'une leçon à apprendre, transforme sa posture de jeune adulte insouciante que l'on associe à Born to die en une posture de guide qui prépare les «jeunes (avec leur musique vintage)» (Love) à vivre.

En quelque sorte, on a l'impression que la Lana de Honeymoon et de ses autres albums a été prise dans un passé, dans un âge d'or américain que la chanteuse née dans les années 1985 n'a jamais vécu. Mais cette nostalgie d'une époque mythique lui aurait été transmis si profondément qu'elle est fondamentale à toute son œuvre et encore présente dans Lust for life et Love (le premier extrait de l'album dévoilé le 18 février), où elle semble être cette icône du passé ressuscité de ses cendres. Le 23 mars, alors qu'elle faisait allusion à la sortie imminente de son album, elle mettait des mots sur son sentiment de nostalgie: «From 1970 till now there's been about 50 years, seems more like 50 million. That was a wall of time that separates the old from the new and a lot can get lost in this kind of time [Depuis 1980 à aujourd'hui il y a eu environ 50 années, qui en paraissent comme 50 millions. C'est un mur de temps qui sépare le vieux du nouveau et beaucoup peut se perdre dans ce type de temps]».

Même si elle emprunte la posture du pédagogue, la mélancolique drama-queen a encore a apprendre. À propos de l'amour, elle apprend aux «kids» à qui elle s'adresse qu'il rend fou. Ces «enfants» - «qui font partie du passé, mais forment le futur» (Love) sont d'une certaine manière Lana elle-même. C'est ce que nous apprend la première chanson de l'album. La première occurrence du refrain, qui est chanté à la deuxième personne du singulier et qui s'adresse aux «kids», est déclinée à la première personne du singulier à la toute fin de la chanson. Ce qu'elle tente d'enseigner aux autres est au bout du compte ce qu'elle tente d'apprendre elle-même. Peut-être, un instant, elle rêve de ne plus vivre comme une condamnée dans un Hollywood qu'elle prétend être une «cité d'ange» et non pas un «Hollyweird».

Le nouvel album nous dévoilera ce monde inédit avec une nouvelle déclinaison du personnage qu'elle a construit pendant sa carrière. Ce pan inexploré du personnage - où Lana n'a plus a «get down every Friday night [sortir chaque vendredi soir]» (Body Electric), mais sort plutôt les «mardis» - elle semble être plus positive que jamais. Mais n'ayez crainte: dans le monde de Lana del Rey, l'Amour est un vortex aveuglant dans lequel la vie peut trouver une fonction, mais ce processus ne surviendra pas sans un peu de drame.

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