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Quand j'étais jeune, je voulais être ministre ou clown...

23/11/2014 08:24 EST | Actualisé 23/01/2015 05:12 EST

«Quand j'étais jeune, je voulais être ministre ou clown. J'ai choisi la deuxième option, car je suis un garçon sérieux.» - Sim

En fait, tout est simple. Surtout lorsqu'on est jeune et que nos responsabilités se limitent tout au plus à sortir les poubelles, on ne se soucie pas vraiment de tous les tracas de nos parents. Je me souviens très bien de la discussion durant la période de catéchèse, en deuxième année du primaire à l'école Lévis-Sauvé de Verdun. Madame Suzanne Reid, notre enseignante, nous avait demandé de dessiner et de répondre à une première question existentielle : « Que voulez-vous faire pour gagner votre vie quand vous serez plus grand? »

Ouf! Tout d'abord, je me suis dit, du haut de mes 8 ans, que la vie n'est pas une loterie, et qu'il faut travailler fort, plutôt que d'attendre que la chance nous sourie. Néanmoins, j'ai également répondu que je ne voulais pas perdre ma vie à la gagner. On s'entend que la réponse à donner fût sûrement : pompier, joueur de hockey, conducteur de camion ou policier. Admettons que j'avais fort probablement dû entendre mon père Giovanni déballer une autre de ses grandes phrases creuses, qui sont ses dictons et ses opinions et finissent par devenir les nôtres. Et moi, de les répéter... Parce que, on se l'avoue, c'est un peu trop de philosophie pour un tout jeune homme. Même plus vieux, vers la fin de l'école secondaire, on doit choisir un programme d'études afin de savoir ce que l'on fera. Et ce ne pas plus évident.

J'avais donc fait deux dessins; un de clown, l'autre de jongleur. Je précise que la jonglerie, ce n'est absolument pas mon fort, mais c'est un léger détail. En fait, à l'été 1978, j'ai commencé à parcourir le Québec sous le grand chapiteau du cirque Gatini. Enfant de la balle, je faisais partie du voyage, J'étais avec les artistes en tournée. Chaque été, accompagné de ma maman Suzanne et de ma sœur Giuliana, je rejoignais mon papa afin de participer aux spectacles de cirque. C'était comme si je rejoignais ma véritable maison, celle qui est sur la route et me permet de découvrir la vie et les gens. J'étais heureux. C'était l'époque des étés de mon enfance. Le retour en classe était parfois difficile, puisqu'il me fallait constamment cesser de rêvasser à mon univers bien particulier.

J'avais bien remarqué que le jongleur Réjean Robinson avait beaucoup de classe et de succès auprès des filles. Je me suis dit qu'il me fallait absolument savoir jongler, pour les séduire. Ce qui, dans les faits, n'est pas faux non plus. Il a bien tenté de me montrer, sans succès. Sans le savoir, il m'inspirait à bien d'autres degrés, parce que j'avais compris que les filles de mon âge étaient moins intéressantes que les plus âgées, les plus grandes. Ma carrière de grand romantique allait s'amorcer durant cette saison.

Après tout, nous allions voir des films au ciné-parc chaque journée de congé. John Travolta était dans Saturday Night Fever et Grease. J'ai pris des notes dans ma tête. J'ai donc tout fait pour apprendre l'anglais et parler à la très jolie Wendy Bisbini, question de découvrir si je pouvais être aussi charmant que Travolta. Je l'aimais, mais je pense qu'elle ne l'a jamais vraiment su. Je suis un grand amoureux, mais secrètement. Voilà pourquoi j'ai plusieurs rendez-vous manqués à mon actif, à ce jour.

Mon père n'est absolument pas un modèle dans les affaires du cœur. Je me souviens que ma mère adorait écouter des disques de Michel Louvain, et lui qui s'énervait en disant que le chanteur était « quétaine et téteux ». Elle lui disait qu'il n'était pas romantique du tout. Il lui répondait : « Ton chanteur à l'eau de rose est probablement... gai! » Chez moi, c'est toujours la comédie. Ma vie familiale est un peu comparable à un savant croisement d'un mauvais spectacle de vaudeville, d'un film de Woody Allen et d'un épisode de la série-télé américaine Seinfeld. J'ai plutôt choisi de suivre les précieux conseils de ma mère, laquelle voulait que je sois un jeune homme respectueux. Elle m'a donc enseigné la galanterie, les petites attentions, le respect, la courtoisie et, surtout, le romantisme.

C'était donc une évidence évidente pour moi, le métier que j'allais entreprendre. Parce que d'être capable de faire le clown, c'est avant tout de savoir toucher émotionnellement, donc forcément de faire rire. Et ça, c'est assez gagnant pour attirer l'attention des filles. Dans ma tête, j'avais tout compris, semble-t-il. La stratégie était bonne. Et aussi parce que le clown est la plupart du temps l'artiste mieux payé du cirque. Je serai donc riche, drôle et séducteur! Après tout, être clown, c'est aussi avoir le privilège d'exercer LE plus beau métier du monde. Pas mal comme programme de vie pour un jeune homme de 8 ans, non?

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