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Paul Buissonneau: un clown ne meurt jamais!

15/12/2014 12:12 EST | Actualisé 14/02/2015 05:12 EST

Le départ pour l'ultime voyage du comédien et metteur en scène Paul Buissonneau m'a ému. Il a marqué mon enfance par son personnage de Picolo. D'un point de vue totalement extérieur, tous se souviennent de ses épiques colères, qui étaient en fait des indications pour la mise en scène avec un brin d'humour français, et surtout sans malices aucunes. C'était simplement pour donner une orientation et faire réaliser pleinement et rejaillir le talent qui habite ses collègues.

Lorsque j'avais 23 ans, j'ai eu l'occasion de monter un plan d'affaires et de tenter d'acheter le cinéma Parc situé sur la rue de l'Église à Verdun. C'était un extraordinaire projet et, afin d'y parvenir, j'ai contacté des gens qui semblaient bien inaccessibles. Par exemple, Pierre Péladeau, le fondateur de l'empire Quebecor, suite à un article sur lui dans le magazine Les Affaires où il disait « qu'il fallait écouter les jeunes, les soutenir et les encourager».

J'ai donc rédigé une lettre à M. Péladeau, laquelle comprenait sa citation que j'avais prise au pied de la lettre, trouver l'adresse de sa résidence de Sainte-Adèle, et fait parvenir le tout par Federal Express. Moins de 48 heures plus tard, sa secrétaire personnelle me contactait avec beaucoup de respect pour me demander MES disponibilités! J'ai feuilleté les pages du bottin téléphonique - pour faire bonne figure - et j'ai indiqué les journées où je pouvais faire une petite place dans mon horaire. Sérieusement, j'y serai allé de nuit! J'ai donc eu le privilège de le rencontrer, de lui faire lire mon plan et de recevoir quelques précieux conseils. Mon objectif était atteint:bénéficier du savoir d'une personne qui a réussi, non sans embûches.

J'ai ensuite pris sur moi de contacté M. Buissonneau, afin d'obtenir son opinion, ses conseils et son aide pour me bâtir une vision. Après tout, il est l'un des quatre fondateurs du magnifique théâtre Quat'sous. Le joindre était tout autant impressionnant et intimidant que de contacter M. Péladeau, puisqu'ils sont tous les deux des personnages vivants plus grands que nature. Ils furent pourtant, parmi les personnes les plus accessibles, franches, directes et sincères que j'ai eu le privilège de croiser sur mon chemin, ne serait-ce qu'un bref instant.

Malheureusement, deux semaines avant d'acquérir le cinéma, un incendie l'a complètement ravagé. Ce n'était de toute évidence pas mon destin à cette époque.

Quelques années plus tard, avec ma troupe du Cirque national des clowns, nous avons effectué plus de 600 représentations de nos divers spectacles au théâtre Château sur la rue Saint-Denis, à Montréal. Le jour où M. Buissonneau a accepté de se déplacer et de venir voir la troupe de clowns en spectacle, nous étions tous fébriles et extrêmement nerveux. Ce n'était pas une bonne idée de dire à tout le monde, quelques minutes avant l'entrée en scène, que l'illustre Picolo et redoutable metteur en scène était dans la salle!

Après la représentation, nous sommes allés le saluer et j'ai eu le bonheur de recevoir ses commentaires, et de voir tout l'émerveillement dans ses yeux. Ensuite, ils nous parlé du numéro de la boxe en tissant un lien avec celui créé par Charlie Chaplin dans Les Lumières de la ville. C'est alors qu'il s'est mis à suggérer quelques modifications, puisqu'il trouvait notre numéro trop long et manquant de rythme... avec raison. La critique constructive est toujours positive. La personne qui l'a formulée ayant bien pris le temps de vous dire ainsi et aussi qu'elle vous estime. Il s'agit donc d'un privilège précieux et d'un conseil à recevoir avec humilité.

Chaque fois que j'ai eu l'occasion de croiser M. Buissonneau, il se souvenait de moi, de mon prénom, et un petit sourire se dessinait sur ses lèvres. Je ne le connaissais pas intimement; je n'ai pas eu l'occasion de travailler avec lui. Pourtant, sans le savoir, les mots choisis qu'il m'a dits ont des répercussions, probablement parce qu'il savait qu'il fallait bien dire les choses, sans filet et sans fausse diplomatie.

Parce que du haut du piédestal où nous voulons bien les installer, les grands authentiques prennent le temps de s'arrêter et d'apprécier leurs semblables. Bien loin d'eux l'idée de regarder de manière hautaine leurs congénères qui osent et qui tentent. Pour eux, ils savent se rendre disponibles. Les soi-disant murs qui existent sont simplement ceux que nous érigeons nous-mêmes.

Merci d'avoir croisé mon chemin, Picolo.

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