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Folle épopée et zizanie pour trois clowns en Italie

11/01/2015 12:11 EST | Actualisé 14/03/2015 05:12 EDT

« Une quête commence toujours par la chance du débutant. Et s'achève toujours par l'épreuve du conquérant. »de Paulo Coelho, extrait de L'Alchimiste

Aurora Simeone, la directrice du festival Isola del Teatro a joué un rôle important dans ma carrière de clown et dans une des plus grandes aventures introspectives et cathartiques pour moi. Lorsque mon duo Fredolini & Zani fut invité en 2009 à diriger un atelier portant sur l'art clownesque et effectuer une tournée de spectacles dans la province d'Oristano en Sardaigne, j'ai saisi au bond une occasion unique de me rapprocher de mon père. J'avais décidé de l'emmener avec moi, puisqu'il m'était impensable d'aller en Italie sans mon paternel. Je voulais partager cette aventure avec lui, afin de nous réconcilier et d'aller à la rencontre de notre histoire, de nos racines. Aurora avait conclu une entente avec le village de Guardialifiere, afin qu'il nous accueille quelques jours. Nous leur offririons un spectacle en échange. Quelques jours avant la fin du festival, Aurora m'annonce une triste nouvelle : la propriétaire de l'auberge est subitement décédée, ils ferment pour cause de deuil et le maire doit annuler notre visite. Je refuse de baisser les bras et m'affaire à trouver une solution de rechange. Je tiens mordicus à me rendre dans mon village d'origine, et je suis entêté, pour les autres. Pour moi, cela prend tout son sens.

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Nous avions quitté le village de Montresta afin d'aller prendre un traversier situé à Olbia. C'était assez chaotique, puisque la circulation était dense et que notre technicien de tournée, Massimo, faisait tout en son pouvoir pour être certain que nous soyons à l'heure. Nous devions être à bord avec tous nos équipements, 14 bagages totalisant plus de 600 kilos. Le hic, bien que nous fussions quatre, seuls mon collègue et moi pouvions soulever et transporter tout cet attirail. Aucun chariot de disponible. Nous devions donc transporter à bout de bras en catimini tout l'équipement, en plaçant l'épouse de mon partenaire à un bout et mon père à l'autre, afin de ne pas nous faire voler. Une folle course s'amorçait, la planification étant très serrée, et il s'en fallut de peu à maintes reprises pour que tout soit compromis. À chaque arrêt, j'avais le bonheur d'entendre les commentaires négatifs que nous devrions abandonner, que cela ne fonctionnera pas. Chaque obstacle qui s'est présenté fut pour moi le signe que nous devions poursuivre cette quête des plus lassantes.

Toutefois, nous ne pouvions pas laisser notre matériel juste à côté des voitures, il fallut le monter dans un minuscule ascenseur jusqu'au 7e étage, afin de tout déposer dans notre cabine privée pour quatre personnes. Il fallut aussi intervenir, puisque le préposé fut agressif envers la femme de mon collègue, et que j'étais juste à côté de lui. J'ai donc réagi promptement. Le voyage se fera de nuit et on devra redescendre le tout à l'arrivée, dans le port de Civitavecchia. Il eut fallu que nous sachions que nous devions prendre la navette qui nous emmènerait jusqu'à la gare! Quelques euros ont suffi pour convaincre le conducteur de la navette de revenir nous prendre, puisque c'était bondé et impossible pour lui de transporter tout notre matériel.

Une fois rendus à la gare, nous avons constaté que nous n'avions que 15 minutes pour traverser tout le matériel de l'autre côté de la voie ferrée, pour être dans la bonne direction. Une chance que les clowns ont toujours une idée derrière la tête ou une ingénieuse astuce, conjuguée à une certaine témérité. Nous nous sommes dirigés vers Rome, afin de prendre ensuite un autre train qui nous mènerait vers la terre de mes ancêtres. Naturellement, nous avions encore une fois que très peu de temps, mais nous avons trouvé deux jeunes hommes à qui nous avons offert quelques euros pour transporter à la hâte tout notre bric-à-brac. Une fois dans le wagon privé réservé, nous pensions être à l'abri de nouveaux ennuis et que nous aurions enfin un temps de repos. Hélas! J'avais oublié LA consigne de composter les billets! Le chef de train est venu nous voir et s'est mis en colère puisque nous excédions le nombre de bagages autorisés. Nous étions sur le point de recevoir une amende, d'être obligés de repayer nos billets et un excédent pour l'équipement. C'est là que j'ai dit à mon père d'utiliser sa fameuse technique : parler à l'agent sans cesse, lui raconter ses histoires. Moi, j'appellerai mon contact qui parle français au village natal, le célèbre Émilio Ricci, le chef de police le plus sympathique au monde!

Pendant que mon père hypnotisait en saoulant de ses paroles le chef de train, comme lui seul peut le faire, je lui fis un geste de Jedi en disant ces paroles : vous n'avez pas de problème avec nous. Mon collègue Zani s'est mis à rire, sa femme paniquait. Au téléphone, j'explique la situation à Émilio, qui demande à parler à notre sévère contrôleur. Il a réussi à faire un lien entre lui et sa famille, bref, tout le monde se connaît. Emilio avait tout arrangé, et le chef de train m'a dit qu'il devrait nous donner une amende, mais comme ils ne nous avaient pas vus ni tous nos bagages, c'était impossible de mettre à l'amende ce qu'il n'avait pas vu! Nous avons tous ri, et surtout, compris que nous étions protégés.

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Ce fut le repos, jusqu'à Bojano, où le train a dû s'arrêter, puisque les rails étaient endommagés! Une navette en autobus nous attendait afin de nous diriger vers Campobasso. Encore un autre transfert d'équipement infernal à la sauvette. Ce n'est que rendu dans cette région de la Molise, dont elle est la capitale régionale, en Italie du Sud, que nous avions un minuscule autobus scolaire du village de Guardialfiere, avec le maire Bellini, le chef de police Émilio et le chauffeur. Nous savions dès lors que nous étions accueillis chaleureusement, bienvenus et surtout arrivés près du but. Nous avons été dirigés à l'Agriturismo Monte Peloso, lequel est situé sur une majestueuse colline qui offre une vue splendide sur le lac artificiel de Guardialfiere, à quelques minutes du village. J'ai dès lors eu le profond sentiment que mon entêtement allait porter fruit.

« La vie est pleine d'absurdités qui peuvent avoir l'effronterie de ne pas paraître vraisemblables. Et savez-vous pourquoi ? Parce que ces absurdités sont vraies. » Luigi Pirandello, extrait de Six personnages en quête d'auteur

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Note de l'auteur Je me lance dans un projet particulier, lequel nécessite le plus grand investissement qui soit dans mon cas, celui de l'humilité. Chaque dimanche, je publierai sur mon blogue au Huffington Post Québec un texte autobiographique. Parfois, les récits et les anecdotes pourront paraître invraisemblables. Mes histoires choisies, elles, seront vraies. En fait, tout sera dans la manière que j'aurai de vous raconter ces petits bouts d'existences, d'observations et de perceptions. En les écrivant, c'est un peu comme si je les conservais dans une capsule temporelle, afin de ne rien oublier. Juste au cas. Traduites dans plus d'une vingtaine de langues grâce à des collaborateurs, elles seront également diffusées via mon site fredolini.com et sur ma page Facebook. Ensuite, ces textes seront regroupés et publiés sous forme de livre. C'est donc une fabuleuse aventure toute en écriture que j'entreprends. J'espère qu'elle saura toucher le cœur des gens, surtout le vôtre. C'est donc un rendez-vous!

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