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«Chercher ses racines, c'est au fond se chercher soi-même»

18/01/2015 08:45 EST | Actualisé 20/03/2015 05:12 EDT

Pour l'anthropologue et ethnologue français Claude Levi-Strauss, chercher ses racines, c'est au fond se chercher soi-même. Qui suis-je ? Quels sont les ancêtres qui m'ont fait tel que je suis ? Des noms d'abord, des dates, quelques photos jaunies ou, avec plus de chance, un testament, une lettre.

Tout le périple que nous avons dû faire pour atteindre Guardialifiera en valut la peine. Il est raconté dans mon précédent texte intitulé ''Folle épopée et zizanie pour trois clowns en Italie''.

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Photos: Alex Palazzo

Tout commença en Italie, dans le petit village de Guardialfiera, dans la province du Molise, d'où vient le célèbre écrivain Francesco Iovine. 1 167 habitants...on prend bien soin de tous les compter!Il y a le pont submergé Estruca, qui traversait à l'origine la rivière Biferno. La légende dit qu'Hannibal empruntait ce pont pour faire traverser ses troupes. Également, Padre Pio compte une statue devant la cathédrale Santa Maria Assunta.

Et puis, il y a aussi la famiglia Iuliani, qui est la mienne.

Au début du 20e siècle, mes arrière-grands-parents, Dominicantonio et Sabina Iuliani, ont quitté l'Italie pour venir vivre en Amérique, à Montréal plus précisément. Ils sont retournés en Italie, lorsque mon grand-papa, Adolpho PierinoRisiere Iuliani, avait deux ans, suite l'appel de la patrie. À l'âge de 17 ans, Adolfo revient à Montréal et fait la rencontre ma grand-mère, la merveilleuse Blanche. Elle s'appelait Blanche, car sa mère, mon arrière-grand-mère Pauline Fermiez, était une femme de race noire qui venait de la Guadeloupe. Elle fut engagée comme gouvernante, mais incarna également «Aunt Jemima », la fameuse dame des pâtes à crêpes en poudre au goût douteux, à laquelle on ajoute de l'eau. Adolfo et Blanche se sont mariés, et mon papa, Giovanni Antonio Iuliani, fut le troisième né de la famille qui compta cinq enfants. Tout jeune, le petit Giovanni fut impressionné par le monde merveilleux du cirque, des bandes dessinées, du cinéma et de tout ce qui était artistique.

Je voulais que cette dernière étape de la tournée soit en fait une grande réconciliation avec mon paternel. Nous avions eu d'énormes différents et un fossé idéologique immense nous séparait. Après tout, « on n'est pas responsable d'être le fils de son père », écrivait Marcel Aymé ; Le Vaurien (1931). Ce qui nous réunit depuis toujours, c'est le cirque et l'art clownesque. Je me suis toutefois bien gardé de lui dire qu'il est tout de même l'un de mes héros, avec Peter Garrett (l'ex-chanteur du groupe Midnight Oil), Howard Buten (le clown Buffo) et Federico Mayor Zaragoza (l'ex-directeur de l'UNESCO). Il n'est pas du tout versé dans l'humilité. Une grande sagesse l'habite et il est une véritable encyclopédie vivante... un étourdissant moulin à histoires.

Sa présence fut vraiment essentielle à mon équilibre et aussi à la découverte de mes origines. À Montresta, mon collègue Zani m'a interrompu lors d'une discussion avec les excellents mimes Pierre-Yves Massip et Sara Mangano, lesquels avaient eu comme maître et mentor, nul autre que le célèbre Marcel Marceau. Interrompre une conversation avec des mimes... quelle ironie ! Il attira mon attention sur mon père, qui était en train de faire rigoler une quinzaine d'artistes, en racontant une savoureuse anecdote, en italien ! Quoi ? Je ne l'avais jamais entendu parler italien !

Je suis devenu fébrile, confus, rempli de questions. Comment se pouvait-il que nous n'eussions pas eu la possibilité d'apprendre la langue de notre famille, du moins, du côté paternel ? Toutefois, j'ai saisi l'occasion, et je lui ai fait écrire une lettre dès le lendemain, afin d'inviter tous les résidents de Guardialfiera assister au spectacle que nous allions leur offrir et demander aux gens de notre famille inconnue de venir à notre rencontre. Elle fut distribuée à l'église lors de l'office du dimanche, tout le monde y est. Un peu gênant de ne pas s'y présenter, dans un si petit village.

Puisqu'il est passionné d'histoire et a fait maintes recherches généalogiques, nous avons pu reconstituer notre arbre et surtout faire de merveilleuses rencontres. C'était en fait le point culminant de ce voyage. J'avais toutefois une surprise pour lui. Mon papou net ne savait pas que j'avais apporté son costume de clown afin qu'il participe au spectacle de Fredolini & Zani. Plus qu'évident, je n'aurais pas osé jouer dans le village familial sans lui en scène. Il était nerveux, inquiet de ne pas savoir quoi faire, puisqu'il n'avait absolument aucun lien avec les numéros. Je lui ai dit de faire ce qu'il fait de mieux : rien! C'est-à-dire d'être lui-même, d'improviser et le tour serait assurément joué. Le grand-Patapouf était donc de retour, pour qui ce serait fort probablement son dernier tour de piste. Il accrocha son nez de clown au retour, à l'exception de sa collaboration dans les vidéos de mon nouveau spectacle.

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Sur la photo: Emilio Ricci, Frederico Boris Iuliani, et M. Bellini

Normalement, au retour d'un voyage, on sent une grande plénitude du doux foyer retrouvé. Lorsque je suis arrivé à Guardialfiera, ce fut la première fois de ma vie que je ne me sentais pas en visite lors d'un périple ou d'une tournée. Je suis revenu chez moi, sur la terre de mes ancêtres. J'ai également pu voir la maison construite par mon arrière-grand-père, et l'appartement du haut était disponible pour location. J'ai souri et, surtout, j'ai été tenté de m'y établir quelques mois. Ce n'était qu'une idée, malheureusement non réalisée. J'ai fait une promesse à mes hôtes, plus particulièrement à Émilio : je retournerai dans mon village afin d'y présenter mon nouveau spectacle i Fredolini, mais en italien. Je me suis depuis inscrit à des cours du soir pour apprendre cette langue et de vraiment retrouver mes origines. Arrivederci.

«Oublier ses ancêtres, c'est être un ruisseau sans source, un arbre sans racines.» - Proverbe chinois

Note de l'auteur Je me lance dans un projet particulier, lequel nécessite le plus grand investissement qui soit dans mon cas, celui de l'humilité. Chaque dimanche, je publierai sur mon blogue au Huffington Post Québec un texte autobiographique. Parfois, les récits et les anecdotes pourront paraître invraisemblables. Mes histoires choisies, elles, seront vraies. En fait, tout sera dans la manière que j'aurai de vous raconter ces petits bouts d'existences, d'observations et de perceptions. En les écrivant, c'est un peu comme si je les conservais dans une capsule temporelle, afin de ne rien oublier. Juste au cas. Traduites dans plus d'une vingtaine de langues grâce à des collaborateurs, elles seront également diffusées via mon site fredolini.com et sur ma page Facebook. Ensuite, ces textes seront regroupés et publiés sous forme de livre. C'est donc une fabuleuse aventure toute en écriture que j'entreprends. J'espère qu'elle saura toucher le cœur des gens, surtout le vôtre. C'est donc un rendez-vous!

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