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Mondial 2014 : le capitalisme festif

23/06/2014 11:32 EDT | Actualisé 23/08/2014 05:12 EDT

La 20e édition de la Coupe du Monde de la FIFA est maintenant bien entamée au Brésil. Pour marquer le lancement des festivités, Pitbull et Jennifer Lopez ont chanté l'hymne des réjouissances, une personne paraplégique a donné le coup d'envoi grâce à un exosquelette et les représentations colorées et romantiques du Brésil ont rempli le paysage médiatique.

Jusqu'au 13 juillet, plus de 500 000 visiteurs étrangers se disputeront des billets dont les coûts frôleront les 1000 dollars dans des stades d'envergure démesurée qui se transformeront rapidement en éléphants blancs. Au total, les coûts totaux du Mondial, plus grand événement sportif après les Jeux olympiques, flotteront autour des 18 milliards de dollars (comparé à 4 milliards pour celui de l'Afrique du Sud).

Les commanditaires font également partie des célébrations : la bière sera permise exceptionnellement par un Budweiser bill (elle fût interdite en 2003 dans les stades de foot pour des raisons de sécurité), Adidas délocalise la production des ballons officiels au Pakistan et VISA affirme, sur fond de controverse et de corruption à la FIFA, qu'« à l'heure actuelle, notre objectif reste que les fans (de foot) et nos clients continuent à fêter le football dans le monde entier ». Dans ce capharnaüm de sport et d'argent, il est estimé que la FIFA aura empoché près de 4 milliards de dollars en l'espace d'un mois. La Coupe du Monde de la FIFA 2014 A.K.A. le capitalisme en fête.

Rappelons que dans le cadre du même événement, 250 000 pauvres sont délocalisés, la prostitution vit son âge d'or et 78% sont financées par les fonds publics. La société du spectacle ne fait pas que battre son plein, elle est financée par les contribuables. Rien de neuf dans le phénomène: les pertes sont socialisées et les gains privatisés. Alors que le gouvernement prétend que les dépenses publiques consacrées au Mondial n'affecteront en rien les services sociaux, il demeure pertinent de se demander pourquoi la qualité des stades est si supérieure à celle des hôpitaux et des écoles publics. Ceux qui prédisent le Brésil comme gagnant de la coupe devraient remettre en question la qualité de leurs indicateurs.

Conséquemment à cet encastrement de la logique capitaliste dans le monde du sport de haut niveau, à savoir la maximisation du profit érigée en finalité, les obstacles au profit sont systémiquement écartés par des processus devenus trop familiers : corruption chronique, embourgeoisement armé, destruction de quartiers, expropriations cuirassées, rythmes de travail infernaux imposés aux travailleurs et juridictions d'exception s'arriment ainsi à l'atteinte de ce même objectif.

Soyons clairs : ces contrecoups sociaux n'agissent pas à titre de répercussions fortuites et malheureuses des activités de la FIFA, mais bien comme des symptômes inhérents à sa logique de fonctionnement. Sous couvert de divertissement populaire, la FIFA prend la forme d'un des valets assidus du capital et les favelas « pacifiés » ne constituent qu'une de ses faces d'ombre.

En implantant des infrastructures éphémères dans le pays hôte, en délocalisant des populations défavorisées, en prenant des dispositions légales permettant l'atteinte de leurs intérêts, la FIFA reproduit de la même manière un schéma d'extraction bien connu, particulièrement en Amérique du Sud. En effet, la FIFA s'implante temporairement, à l'aide de l'État, pour extraire des ressources au détriment de la population locale avant de reproduire le même modèle dans le prochain pays hôte.

La différence est que ce ne sont pas des mines ou des gisements de pétrole qui sont exploités pendant des années, mais des partisans étrangers pendant quelques semaines. Rappelons que seulement 11% des billets furent réservés pour la population brésilienne. La source de revenus est ainsi importée sous forme de fans dans une ambiance festive et selon une logique extractiviste. Bonne nouvelle : la ressource est renouvelable.

Contrairement au minerai, il serait par contre attendu, d'un point de vue qui semble aujourd'hui trop optimiste, que les partisans défendent les droits de leurs égaux. Pourtant, c'est tout le contraire qui se produit lorsqu'on écoute les discours nationalistes des hooligans qui défendent leur équipe corps et âme plutôt que les droits de la population locale. Le tonnerre de la foule étouffe la voix de la raison.

L'industrie du sport rajoute ainsi son nom à la triste liste où figurent les compagnies minières, pétrolières, textiles, alimentaires, technologiques... Il serait temps de ne plus pointer du doigt les symptômes singuliers de l'économie capitaliste, mais de remettre activement en question la logique générale qui supporte ses structures et qui oriente ses décisions politiques. La dislocation d'une réalité locale au profit du capital semble être un processus suffisamment répandu pour ne plus la traiter comme une conséquence isolée.

Les médias semblent projeter l'image que deux tournois se jouent en parallèle au Brésil, l'un dans les stades et l'autre dans la rue. Pourtant, voir ces deux événements comme déconnectés serait une erreur analytique qui écarterait la responsabilité de la FIFA dans la désarticulation des conditions de vie d'une partie de la population brésilienne. Si le Brésil gagne le Mondial cette année, ce ne sera pas en comptant plus de buts que son adversaire sur le terrain, mais en écoutant davantage les voix résonnantes des manifestants que les messages creux de la FIFA. L'économie domine le terrain et une tendance se dessine dans les prédictions du score final. Économie : 1, Social : 0.

À force de se contenter de pains et de jeux, le peuple a la bouche sèche et la conscience sociale déshydratée. Cette soif, le fiel du capitalisme festif ne semble guère être en mesure de l'étancher.

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