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La Charte: rétrograde ou visionnaire?

03/03/2014 11:53 EST | Actualisé 03/05/2014 05:12 EDT

Lundi, La Presse publiait un sondage CROP qui montre que la Charte de la laïcité obtient l'appui de plus de la moitié de la population. La majorité des répondants disent que cette question aura un impact direct sur leur vote. Ce n'est pas rien. 51%, c'est plus que les appuis que le PQ peut espérer récolter. Ce qui veut dire que des caquistes et des libéraux appuient la Charte présentée par Bernard Drainville.

Le combat n'en est encore qu'au premier round, parce que si le PQ était élu de manière majoritaire, les partis d'opposition feraient tout pour retarder l'adoption du projet de loi. Il y aura des manifestations, qui risquent fort de mal tourner (des éléments extrémistes, il y en a dans toutes les couches de la société). Les adversaires de la Charte vont faire leurs gorges chaudes contre le PQ qui divise le Québec.

Mais qu'en est-il réellement? Est-ce que le projet de Charte est rétrograde ou visionnaire?

Rétrograde, raciste, diviseur et xénophobe selon ses détracteurs, ce projet n'aurait pour but que de réveiller les ''de souche'' et autres ceintures fléchées afin de leur soutirer un vote permettant dans un premier lieu une élection majoritaire pour le Parti Québécois, et ensuite, paver le chemin vers l'indépendance.

De l'autre côté, il y a ceux qui disent qu'il faut agir maintenant avant de se retrouver avec les problèmes connus en Europe, particulièrement en Angleterre et en France. L'Angleterre voit actuellement des milices religieuses arpenter les rues de Londres et agresser des citoyens portant par exemple une bière à la main. En France, les troubles sont connus et documentés. Nous n'avons qu'à parler des émeutes qui ont eu lieu il y a quelques années, ou encore récemment la fermeture/déménagement de la crèche Baby Loup.

Si le Parti québécois est porté au pouvoir de façon majoritaire, la Charte sera adoptée. Et dès qu'il y aura adoption, la Cour Suprême se verra saisie du dossier. Et c'est là que se déroulera une bataille qui risque fort d'attirer les regards du monde.

D'un côté, le multiculturalisme qui est visiblement en train de s'essouffler. La gouvernance de la Charte des Droits et Libertés permet à des citoyens d'obtenir des droits que d'autres n'ont pas. Elle permet également de créer des classes de citoyens. Au final, elle divise. De l'autre côté, le système républicain. Non, aucun lien avec le parti du même nom aux États-Unis. Le républicanisme, c'est le bien commun. En gros, que tu sois noir, jaune, blanc, rouge ou autre; que tu sois francophone, anglophone, allophone, que tu sois athée, catholique, musulman, sikh, bouddhiste ou jedi, tu fais partie des citoyens du pays si tu adhères aux principes de fondation du pays.

Les adeptes du républicanisme se foutent éperdument de ce que leurs voisins font dans leurs maisons, sur leurs terrains, en autant que ça ne dérange pas ce qu'ils peuvent faire chez eux, et que ça ne contrevient pas aux principes fondateurs du pays. Et dans ce système, si l'État souhaite faire son entrée dans la maison de qui que ce soit, les citoyens montent rapidement aux barricades pour défendre la liberté de tous.

Ce débat ne sera pas de tout repos, et risque fort de créer une division non seulement au Québec, mais également au Canada. Je discute parfois avec une amie qui demeure aux États-Unis, et elle me racontait son inquiétude en prenant connaissance de ce qui se passe au Québec, du choc culturel qu'elle a vécue lors d'une récente visite à Montréal. Et elle n'est pas à seule à m'avoir fait des observations semblables.

À force de vouloir être accueillants, les Québécois en sont venus à oublier qui ils sont. Nous sommes un peuple d'immigration, mais depuis toujours les nouveaux arrivants s'adaptaient à notre vie, notre langue, notre climat. Depuis 20 ans environ, c'est le contraire qui est peu à peu devenu la règle. Le nouvel arrivant, à qui nous promettons qu'il pourra être chez lui et sera respecté, peut obtenir un jugement qui lui permettra de vivre comme s'il était dans son pays d'origine. Parfois sans heurt, mais parfois avec beaucoup plus de problèmes.

Si comme société, nous donnons 1% d'accommodement à un nouvel arrivant, et que nous répétons cette opération à l'infini, le Québec ne sera plus le Québec.

Dans le domaine religieux, il est impossible de décider qui a tort et qui a raison; ce sont des croyances qui sont personnelles et qui nous sont propres. Aucun juge, aucune loi ne peuvent donner raison à une religion sur une autre. À partir de ce principe, pourquoi ne pouvons-nous pas évincer la religion de l'espace public pour nous baser sur ce qui nous rassemble? Le catholique ne sera pas moins catholique parce qu'il cache sa croix ou qu'il ne porte plus son chapelet de façon visible. Même chose pour les sikhs, les musulmans et autres religions.

Le débat qui se prépare n'est pas religieux, et encore moins sectaire. Le débat porte sur le système où nous souhaitons évoluer, la vraie liberté: le républicanisme où le peuple est souverain sur ses lois, ou l'illusion de liberté du multiculturalisme. Là où un texte décide de ce que le peuple doit faire, là où le parlement élu ne peut adopter les lois du peuple sans que le gouvernement des juges s'en mêle.

Et ce débat n'est pas nouveau; il trouve ses origines dans les 92 résolutions adoptées au Parlement du Bas-Canada il y a de cela 180 ans, entre février et mars 1834. Le Parti Patriote avait fait porter l'élection de novembre de la même année sur ces points, et il remporta 78 sièges sur 84.

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