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Francophonie économique: une lubie de diplomates

06/12/2014 08:45 EST | Actualisé 05/02/2015 05:12 EST

Je tiens d'abord à saluer la nomination de Michaële Jean au poste de Secrétaire générale de la Francophonie. Mais ce n'est pas le propos du présent billet.

Au cours des dernières années, on a passablement parlé dans les cercles diplomatiques de la « francophonie économique ». Je suppose que cela exprime une volonté de faire de l'espace occupé par les peuples parlant français des lieux d'échanges économiques qui prendraient appui sur la langue. On ferait pour ainsi dire circuler des capitaux dans ce courant francophone.

Maintenant que l'argent n'a pas d'odeur, il aurait une consonance linguistique. Les tenants de cette thèse d'une francophonie économique font des rapprochements entre deux facteurs en s'imaginant qu'il y a automatiquement des liens entre eux.

Premier facteur, la démographie. L'avenir de la francophonie repose désormais sur l'Afrique. Sur les 220 millions de francophones dans le monde, 96,2 millions sont Africains. De plus, compte tenu des dynamiques démographiques (natalité incontrôlée dans plusieurs pays d'Afrique et vieillissement de la population dans les pays du Nord), l'Afrique comptera plus de 90 % des jeunes francophones de 15-29 ans dans le monde en 2050, selon les projections de l'ONU.

Deuxième facteur, l'économie. Certains pays d'Afrique connaissent depuis peu une croissance économique intéressante. La mise en valeur des ressources naturelles, le développement de certains secteurs manufacturiers et l'expansion des services sont en train de changer l'économie de certains pays. Tant mieux. Cet essor attire d'ailleurs les capitaux étrangers. En 2013, selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, le flux d'investissement direct étranger vers les pays africains a atteint 57 milliards de dollars.

Alors, pourquoi ne pas conjuguer les deux phénomènes? C'est pourtant simple. Le développement qui se profile en Afrique devrait d'abord être l'affaire des francophones, selon la thèse de la « francophonie économique ». Nous sommes si peu nombreux dans le monde; nous devrions nous solidariser. Mais il y a belle lurette que l'on a dépassé cette « économie de clan ».

Qui investit dans cette Afrique, berceau de la francophonie? Ce sont : les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine, l'Inde, le Canada (surtout anglophone), le Brésil, les Pays-Bas, l'Allemagne... et un peu la France. La langue n'a rien à voir avec la destination des investissements. Ce qui compte, c'est la stabilité politique, un État de droit, des infrastructures et une main-d'œuvre qualifiée.

La langue n'est pas un facteur d'attraction ou de répulsion des investisseurs. La France, malgré les efforts « diplomatiques » du Québec, investit davantage en Ontario et dans les provinces de l'Ouest qu'au Québec. La France elle-même, compte tenu de ses déboires économiques récurrents, ne représente pas non plus une terre d'accueil pour les investisseurs du Québec. Les nouveaux investissements directs étrangers en France ont chuté de 77 % en 2013.

Nous saluons les efforts en faveur du développement économique des pays de la francophonie. À la marge, notre langue peut faciliter l'accès à certains marchés, notamment dans le secteur culturel et éducatif, mais elle ne saurait constituer un atout pour conquérir de nouveaux marchés.

Cette réalité devrait inspirer le Québec dans le déploiement des maigres ressources qu'il peut affecter aux délégations à l'étranger.

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