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Quand notre cerveau oublie

07/11/2014 08:54 EST | Actualisé 07/01/2015 05:12 EST

Où sont mes clés? Où ai-je vu ce visage avant? C'était quand déjà le souper chez nos amis? Ces petits oublis peuvent être frustrants, mais ils sont souvent moins inquiétants que ceux où on a l'impression que des moments complets de notre vie sont disparus: que s'est-il passé hier soir? Comment suis-je arrivé ici? Tu m'as déjà posé la même question trois fois depuis une heure.

Les évènements de notre vie sont des jalons qui structurent notre notion du temps, notre biographie et notre identité. Oublier fait partie de la vie normale, mais oublier plus rapidement qu'avant peut parfois donner l'impression de perdre une partie de soi.

Il faut d'abord se rassurer. La plupart des oublis ne sont pas des pertes d'information, mais des difficultés à retrouver le chemin pour y accéder ou un manque d'attention quand on l'a enregistrée. Ces problèmes touchent le moteur de recherche cérébral (Le google de notre cerveau). Quand on a égaré une chaussette dans un tiroir en désordre, on ne conclut pas à un vol de chaussette, on vérifie plutôt si elle est mieux cachée que d'habitude. Les problèmes d'attention et les problèmes d'accès aux souvenirs fluctuent souvent avec la fatigue, les émotions et le stress, des facteurs qui peuvent souvent être améliorés.

Même si les problèmes d'attention et les problèmes d'accès sont les plus fréquentes sources d'oublis, certaines personnes ont des oublis plus permanents. En particulier, répéter les mêmes questions en quelques heures est souvent un signe d'oublis plus permanents. Ces pertes de mémoire sont souvent dues à des défaillances d'une portion ancienne du cerveau appelée hippocampe qui, avec ses partenaires, rend les souvenirs plus permanents. Ce petit module miracle commence son travail de consolidation des souvenirs dès qu'on enregistre l'information et il travaille même pendant notre sommeil. Il travaille de façon inconsciente et sans effort en synthétisant les souvenirs, en les reliant entre eux et en les intégrant à nos connaissances. Certaines personnes se réveillent la nuit quelques secondes et n'en gardent aucun souvenir le lendemain matin, car l'hippocampe, lui, n'était pas réveillé quand la personne s'est éveillée. D'autres perdent quelques heures de leur vie par une panne temporaire de l'hippocampe déclenchée par une interruption de la circulation sanguine dans leur cerveau. Durant ces pannes, les gens vivent au présent, percevant à peu près tout, mais n'accumulant rien en mémoire. Certains ont même des absences prolongées pendant lesquelles ils peuvent conduire des centaines de kilomètres et se demander comment ils sont arrivés là.

Dans la maladie d'Alzheimer, l'hippocampe perd graduellement des neurones, ce qui empêche la personne de former de nouveaux souvenirs et d'acquérir de nouvelles connaissances. La personne pourra évoquer les informations anciennes beaucoup mieux que les informations récentes qui sont mal consolidées. Mais, la mémoire n'est pas un bloc homogène. Une personne amnésique peut retenir le savoir-faire appris dans ses leçons de ski de la dernière semaine même si elle a complètement oublié le moment, le lieu et les gens associés à ces leçons. Certains oublient les faits plus que les souvenirs personnels ou vice versa. Certains remplissent les trous de mémoire par de la fabulation d'autres pas. Parfois on se rappelle de l'information, mais pas d'où elle vient ou quand on l'a apprise et on peut l'annoncer comme une grande nouvelle à la personne qui nous l'a dite quelques jours plus tôt. Plusieurs personnes montrent en plus un déni de leurs troubles de mémoire, ce qui peut nuire aux efforts des proches qui veulent les aider et réduit l'utilisation de moyens de compensation des trous de mémoire (listes, agendas, rappels électroniques).

La mémoire est aussi influencée par les émotions et le stress. La plupart des gens qui ont vécu le 11 septembre 2001 se remémorent où ils étaient, mais pour le 11 septembre 2002 c'est beaucoup moins clair. Parfois notre cerveau veut plutôt oublier une partie de ses expériences comme les chocs émotionnels. Le stress sévère ou prolongé peut même rendre l'hippocampe dysfonctionnel. Heureusement, ces dérèglements sont parfois réversibles.

Si on oublie trop, il faut soigner son stress et ses émotions, mais aussi ses neurones. Notre cerveau a des besoins essentiels, dont une circulation sanguine et un métabolisme adéquats (donc attention au diabète, à l'obésité et à l'hypertension). Il a aussi besoin d'un bon système d'entretien des neurones et un système immunitaire adéquat. Et devinez quel traitement miracle a un effet positif sur le métabolisme du cerveau, le système immunitaire et le système d'entretien des neurones. L'exercice physique quotidien. Et l'entrainement mental dans tout ça? D'après certaines synthèses, il semble qu'on soit très loin des résultats spectaculaires. Alors on oublie pas de bouger pour ne pas oublier le reste!

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