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Le Google de notre cerveau

09/10/2014 09:58 EDT | Actualisé 09/12/2014 05:12 EST

«Je voulais le faire, mais je n'y ai pas pensé.» «Je l'ai sur le bout de la langue.» «Qu'est-ce que je venais faire ici déjà?» «De quoi on parlait déjà?»

La vie est remplie de réflexions sur les petits ratés de notre pensée, des trous de mémoire au lapsus. Ces ratés sont des petites défaillances des moteurs de recherche du cerveau. Comme les recherches sur l'internet, les recherches de contenu mental n'aboutissent pas toujours à un résultat optimal. Parfois, elles peuvent aboutir à un trou de mémoire comme oublier ce qu'on venait chercher dans la cuisine ou oublier ce qu'on voulait dire parce qu'on a été distrait un bref instant. Les recherches mentales peuvent aussi aboutir à des résultats qui ressemblent à ce qu'on cherche comme dans les lapsus verbaux, des erreurs d'inattention qui font souvent sourire.

«Aujourd'hui il me semble qu'on a une belle anonymité.» (unanimité)

«Le roi a subi une fracture du col de l'utérus.» (humérus)

«Demain, les vignerons vont commencer à cueillir le vin» (raisin)

«Y en a qui demandent des rendements à 20-25% avec une fellation quasi nulle.» (inflation)

«Les deux dossiers importants sont ceux des empreintes génitales et des empreintes génétiques.» (digitales)

Ou encore comme dans les erreurs d'inattention qu'on appelle des actes manqués : mettre le lait dans le placard, attraper le tube de crème solaire pour se brosser les dents, apporter son assiette sale dans la chambre, ou encore répondre « Bonne fête! » quand on se fait souhaiter bonne fête.

Ces petites gaffes sont fréquentes surtout chez les personnes de plus de 50 ans, les personnes préoccupées, et aussi chez les politiciens, les journalistes ou les gens qui essaient de faire plusieurs choses en même temps et toujours plus vite.

Notre moteur de recherche cérébral est guidé par des signaux comme des mots-clés (ex. : fruit rime avec homme), des indices (ex. : mes clés je les ai sorties de ma poche en arrivant) ou des buts (ex. : un lieu sur une carte mentale). Sans qu'on soit conscient de son travail, il s'affaire à faire sortir de notre mémoire les mots ou actions les plus pertinentes, juste au bon moment. Pas évident. Ce petit morceau de matière grise est pourtant plus intuitif, plus flexible, plus précis et souvent plus rapide que les moteurs de recherche que l'on consulte sur l'internet.

Le moteur de recherche du cerveau humain est une des plus belles créations de l'évolution. Il est responsable d'une bonne part de nos succès scolaires, professionnels ou interpersonnels. Il est responsable de notre capacité à nous exprimer, d'utiliser nos connaissances et d'être créatif. Ce bijou fait un travail admirable, dans des conditions presque impossibles. Il doit faire jaillir à la conscience les informations dont on a besoin, le mot qui nous manque, le souvenir qu'on veut évoquer et les idées qui pourraient faire débloquer le problème auquel on fait face. C'est aussi le répartiteur de notre attention, le filtreur et le classeur de tout ce que l'on perçoit et la porte d'entrée de ce que l'on retient. En plus, c'est un décideur qui réévalue constamment nos priorités et qui sélectionne les actions les plus adéquates pour les atteindre. C'est un gestionnaire de nos informations (probablement plusieurs gestionnaires en fait) qui fait éclore la réponse recherchée en freinant les informations non pertinentes et en amplifiant les plus pertinentes.

Notre moteur de recherche est la base de notre intelligence. C'est un acrobate de la simulation mentale de scénarios possibles. Il peut imaginer les relations entre les objets ou les évènements et les manipuler mentalement, ce qui nous donne le pouvoir d'anticiper, de comprendre, de raisonner et de prendre des décisions.

Mais malgré sa puissance, notre moteur de recherche est limité et fragile. Parce qu'il a une capacité et une vitesse limitées, notre moteur de recherche délègue souvent ses pouvoirs décisionnels aux habitudes apprises. La plupart du temps, tout se passe bien sauf quand la situation n'est pas comme d'habitude et là, si on n'est pas attentif au bon moment, on risque de faire des erreurs. C'est ce qui fait qu'on passe devant le magasin où on voulait arrêter et que notre cerveau nous amène à la maison comme d'habitude.

Notre moteur de recherche est aussi sensible à la fatigue, au stress, à l'anxiété et à la dépression. La personne qui s'inquiète de ses trous de mémoire ou de ses erreurs d'inattention devrait avant tout ralentir le tourbillon dans sa tête. Les émotions et la surstimulation causent des intrusions qui empêchent le moteur de recherche d'orchestrer l'apparition des informations et des idées. Faut-il le rappeler, réduire les sources de stress, simplifier sa vie, faire de l'exercice et bien dormir sont parmi les meilleurs gestes pour prendre soin de notre cerveau.

Alors, la prochaine fois que le nom de quelqu'un ne vous revient pas ou que vous oubliez votre liste d'épicerie à la maison, soyez indulgent avec votre moteur de recherche et dites-vous que c'est peut-être un signal de surchauffe qui mérite votre attention.

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