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Mais qui a peur du maire Coderre?

Les reproches les plus courants adressés au premier magistrat de Montréal se résument à des attaques personnelles aux fondements douteux, mais surtout, polarisants à l'excès.

08/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 08/08/2017 09:00 EDT
Olivier Robichaud
La lutte pour l'avenir et l'essor de Montréal se déroule sur un terrain beaucoup plus vaste et complexe que les qualités ou les défauts d'un seul homme.

Montréal n'a pas d'ami. Quel que soit l'horizon politique ou économique vers lequel nos regards se tournent, on ne rencontre que méfiance et hostilité.

Prenons le ROC et supposons que Montréal soit engagé dans un rattrapage de Toronto, vous croyez que le gouvernement fédéral applaudirait ? Non, évidemment. Pas plus que Toronto, Bay Street, Calgary ou Thunder Bay. En réalité, s'il fallait que Montréal redevienne la première ville du Canada, le ROC serait terrorisé.

Et Québec ? Ce n'est pas un secret que le gouvernement provincial craint le poids démographique, économique et surtout politique de sa métropole. Et autant les fonctionnaires de Québec ignorent tout de la réalité montréalaise, autant les élus ne souhaitent le réveil du géant endormi, désarticulé à coups de politiques néfastes tel le triste épisode des défusions du gouvernement Charest.

Par ailleurs, dans la foulée de cette déstabilisation de la gouvernance montréalaise opérée par Charest et la pieuvre mafieuse, il y eut ce phénomène particulier à Montréal : le passage d'un parti écolo marginal, Projet Montréal au statut d'opposition officielle. Un dommage collatéral normalement sans conséquence.

Le problème ici, c'est que ce parti encore peu établi se voit menacé de disparition aux élections de l'automne, alors que ses dirigeants semblent croire que leur seule chance de sauver les meubles réside dans la division des citoyens. Aussi, les attachés politiques et autres scribes de PM déversent quotidiennement des dizaines de messages de dénigrement à l'égard de l'hôtel de ville, saturant les réseaux sociaux d'une charge négative improductive. À en contaminer les médias traditionnels.

À preuve, certains journalistes semblent désormais incapables d'écrire sur l'hôtel de ville sans se commettre dans l'accusation fielleuse et le persiflage. Bonjour à la polarisation et bye-bye l'objectivité !

Mais que reprochent exactement ces détracteurs au premier magistrat de la cité ? L'accusation la plus courante : son égocentrisme ! Pourtant l'histoire enseigne que les grands meneurs politiques sont généralement dotés de solides égos, qu'il s'agit sans doute d'un prérequis pour le poste !

En fait, cette accusation peu fondée cache les appréhensions suscitées par le leadership que Denis Coderre a démontré dans nombre de dossiers : réforme du financement des arrondissements, réforme des régimes de pension (cols bleus, pompiers et policiers), obtention du statut de métropole, refus catégorique du projet Énergie Est, appui au Rem, sauvetage de Bixi, présidence de la Communauté urbaine de Montréal qui annonce des investissements de 320 millions dans le développement du transport actif, etc.

Montréal n'a pas connu un tel leadership depuis le regretté Drapeau.

Montréal n'a pas connu un tel leadership depuis le regretté Drapeau. Ainsi, que la personnalité du maire soit au goût du jour ou non, les bilans de quatre années de gouvernance sont éloquents : contrôle des dépenses, développement économique, croissance de l'emploi, achalandage touristique en forte hausse, investissements de grandes sociétés technologiques (Microsoft, Google, etc.), bref Montréal revit après des décennies de morosité.

Autre reproche ? Le maire Coderre dirigerait Montréal dans l'improvisation, seul dans son bureau de l'hôtel de ville. Pour avancer une telle affirmation, il faut ignorer que le conseil exécutif est formé d'élus de toutes les allégeances politiques, de même qu'il faut taire les dizaines de comités de consultation auxquels participent les membres de tous les partis.

Plus encore, la preuve de l'inanité de l'accusation d'un hôtel de ville transformé en one-man-show se vérifie par la remarquable fidélité des membres du caucus de Denis Coderre : aucun désistement, aucune défection en 4 ans de mandat alors que celui-ci n'a cessé de recruter des élus parmi les plus aguerris et les plus compétents dans chacune des formations politiques adverses (Bergeron, Côté, Duchesne, Copeman, Pagé, Gadoury)

Un dernier reproche enfin : le maire Coderre serait un politicien populiste. De toutes les fadaises mentionnées ci-haut, celle-ci est la plus ridicule. À quoi attribuer ce populisme ? À son amour du Baseball ? À sa façon de parler qui n'est pas certes celle d'un intellectuel de salon ? À ses centaines de participations à des événements culturels, sportifs ou populaires ?

Une anecdote qui en dit long sur ce politicien. Par un dimanche après-midi gris et frisquet de l'été 2016, Denis Coderre se pointe à un petit ralliement partisan tenu dans une cour d'école du Plateau. Aux abords de la cour, une douzaine d'activistes pro-pitbulls manifestent, leurs molosses en bout de laisse. Rapidement, le maire se dirige vers eux pour discuter, une discussion qui ne dure pas 5-10 minutes, mais une bonne demi-heure, d'égal à égal avec les manifestants.

Je mets quiconque au défi de nommer un dirigeant politique capable de discuter ainsi avec les gens, sans cadre prédéterminé, sans aucun filtre.

N'en déplaise aux persifleurs, ce n'est pas du populisme, ça s'appelle être près des gens et les respecter malgré l'expression – parfois rude – de leurs désaccords. Je mets quiconque au défi de nommer un dirigeant politique capable de discuter ainsi avec les gens, sans cadre prédéterminé, sans aucun filtre.

Aussi, les reproches les plus courants adressés au premier magistrat de Montréal se résument à des attaques personnelles aux fondements douteux, mais surtout, polarisants à l'excès. Non des critiques factuelles.

Ces dernières semaines, nul n'a échappé à l'enterrement en grande pompe médiatique de la course Fe, un enterrement décrété dans une flopée de nouvelles approximatives sous les lamentations des pleureuses chroniques, avant même que l'événement de calibre international n'ait lieu.

Les élections approchent et les mêmes médias, les mêmes scribes répéteront dans les mois à venir ces parodies d'informations et d'analyses, confondant le détail au portrait global, privilégiant le potinage au difficile arbitrage des enjeux de gouvernance.

Ce n'était qu'une répétition générale. Les élections approchent et les mêmes médias, les mêmes scribes répéteront dans les mois à venir ces parodies d'informations et d'analyses, confondant le détail au portrait global, privilégiant le potinage au difficile arbitrage des enjeux de gouvernance.

Les Montréalais doivent garder l'œil ouvert et critique. La lutte pour l'avenir et l'essor de Montréal se déroule sur un terrain beaucoup plus vaste et complexe que les qualités ou les défauts d'un seul homme.

Le leadership de Montréal des dernières années ne fait pas l'affaire de tous. Loin de là !

Sa défense nécessite l'appui des Montréalais.

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