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La mort des sœurs Bélanger n'est pas un fait divers

Publication: 21/12/2012 06:36

Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour expliquer le décès des sœurs Bélanger en juin 2012. On a parlé d'empoisonnement alimentaire, puis d'utilisation abusive de pesticides dans la chambre d'hôtel et même de la possible présence de DEET dans des cocktails servis aux touristes. Ce traitement médiatique, centré sur la cause des décès, a eu pour effet que la nouvelle a trop facilement été rangée dans la catégorie des faits divers. Pareil classement empêche d'aborder le fond du problème, soit le manque structurel de protection des touristes en Thaïlande.

Nous avons été victimes d'une mésaventure qui illustre bien la situation. En fin d'après-midi, le 25 décembre 2011, nous avons été attaqués et blessés par un groupe d'hommes armés sur la plage de l'Île de Ko Pha-Ngan. Nous n'avons alors eu droit à aucun secours de la police locale. Un ami thaïlandais bien au courant du système nous a alors fait comprendre qu'il vaudrait mieux rapidement quitter le pays pour nous faire soigner. Insister pour obtenir l'aide de la police ne nous aurait apporté que des problèmes supplémentaires.

Nous avons alors appris qu'il existe deux corps de police en Thaïlande. La police nationale thaïlandaise est extrêmement corrompue et prend de manière quasi-automatique le côté des Thaïlandais si une dispute survient avec un étranger. En conséquence, une police touristique a été crée. Le problème avec ce système est que cette police touristique n'est présente que dans quelques villes. Nous étions parmi les malchanceux. L'île voisine avait un poste de police touristique, pas la nôtre.

Alors que les ministères des Affaires étrangères des pays occidentaux font état des risques liés à un voyage dans certaines régions frontalières avec la Malaisie ou le Cambodge, l'absence de protection des touristes sur une partie importante du territoire thaïlandais n'est pas mise en évidence. Les voyageurs se pensent ainsi beaucoup plus en sécurité qu'ils ne le sont en réalité ou que les autorités thaïlandaises veulent bien le laisser entendre. Car il semble bel et bien que notre mésaventure est loin d'être exceptionnelle.

L'émission Enquête, diffusée le 11 octobre sur les ondes de Radio-Canada, a effectué la couverture la plus complète sur le décès des sœurs Audrey et Noémie. Les journalistes ont mis en évidence les erreurs commises par les autorités thaïlandaises dans la conduite des autopsies et la rédaction des rapports post-mortem. Nous espérons que les familles des victimes, qui méritent de connaître la vérité après ces longs mois, pourront bientôt apprendre la cause réelle des décès.

Il ne faut cependant pas s'y tromper. Ces morts ne sont pas des accidents isolés. Ils sont pour partie le résultat du laxisme des autorités qui ne prennent les moyens ni de prévenir les accidents, ni de punir les coupables. Contrairement au gouvernement tchèque qui agit en ce moment de manière drastique pour réglementer la vente d'alcool, mettre un frein au marché noir et arrêter les coupables suite à une série de décès liés à de l'alcool frelaté, le pouvoir politique thaïlandais semble inerte.

Se demander si la responsabilité des décès repose sur les épaules de l'employé d'hôtel qui aurait mis trop de pesticides sur les lits, ou sur celles du barman qui aurait mal mélangé des cocktails, empêche de voir le problème là où il réside véritablement. Sans tomber dans le reportage spectaculaire, il est important de donner l'heure juste à ceux qui comptent séjourner dans la région.

 
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