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Égypte: enlisement politique et sécuritaire

En Égypte, les pharaons se succèdent depuis des millénaires.

02/12/2017 08:00 EST
Mohamed Abd El Ghany / Reuters
À moins d'un autre printemps arabe égyptien, il y a peu de chance de voir un changement au Caire.

Le terrible massacre de la Mosquée de Bir-Al Abed dans le nord du Sinaï, qui a fait des centaines de morts dernièrement est sans doute le fait de djihadistes rattachés au groupe État islamique, bien que n'ayant pas été officiellement revendiqué. Cette attaque fort bien planifiée n'est que la plus récente et mortelle d'une longue série d'actes terroristes sur le territoire égyptien visant surtout la police ou l'armée, mais aussi des cibles coptes au Caire et Alexandrie. Sans oublier l'attentat contre un avion russe en 2015, qui là aussi avait fait des centaines de victimes innocentes.

Le président égyptien Al Sissi semble tout à fait impuissant contre ce phénomène qui s'étend dans le pays, en dépit de ses envolées oratoires, des promesses faites et d'une implication accrue de l'armée et de la police. Il vient de décréter une date butoir de trois mois pour éradiquer le terrorisme dans le Sinaï, et a accordé carte blanche à ses troupes pour y arriver. Cela se traduira sans doute par des attaques indiscriminées contre les villages, bombardements aveugles et répressions à outrance.

Ces opérations auront probablement pour effet d'aliéner davantage la population locale traditionnellement laissée de côté par les autorités centrales et considérée comme des citoyens de deuxième classe. Depuis des décennies ses tribus nomades doivent se débrouiller pour survivre, expertes de trafics en tout genre avec la bande de Gaza, notamment. Le gouvernement égyptien a bien essayé de les sédentariser pour les contrôler, sous prétexte d'améliorer leurs conditions de vie, mais sans grand succès. Dans la foulée des derniers évènements, Al Sissi a annoncé la construction d'écoles et davantage de services. Il en appelle aussi à une union tribale contre les terroristes.

Le bilan en matière des droits de la personne est si mauvais que même l'administration Trump l'a critiqué, retenant de l'aide financière américaine.

Al Sissi qui a pris le pouvoir en 2013 après que l'armée a renversé dans un bain de sang le gouvernement élu du président Morsi se révèle une copie de ses prédécesseurs, issus des forces militaires. Face à son incapacité d'affronter efficacement les problèmes du pays, il s'en remet aux vieilles recettes dictatoriales: emprisonnement des "opposants", tortures et disparitions, ainsi que pressions ou interdictions faites aux ONG occidentales et égyptiennes. Le bilan en matière des droits de la personne est si mauvais que même l'administration Trump l'a critiqué, retenant de l'aide financière américaine.

Face aux difficultés économiques croissantes, Al Sissi doit quémander l'aide financière de l'Arabie saoudite. Il a même dû lui céder la souveraineté de deux iles en Mer rouge, Tiran et Sanafir. Pour faire tenir ses généraux tranquilles, il passe de nombreux contrats d'achat d'armement. On peut soupçonner que de généreuses commissions sont versées à de hauts gradés de l'armée et d'intermédiaires de toutes sortes. Une tradition locale. On rapporte aussi un rapprochement entre l'Égypte et la Russie. Une entente aurait été réalisée permettant à l'aviation militaire russe de profiter de bases sur place. Une première depuis plus de 40 ans. Un véritable réalignement stratégique ou un moyen de faire pression sur Washington et les bailleurs de fonds? Il faudra voir.

Dans ce contexte, on peut penser que l'opposition violente contre le régime continuera. Évidemment, le renversement du gouvernement par les djihadistes est impensable, car c'est l'armée qui contrôle le pays, depuis Gamal Abdel Nasser. Mais les perspectives d'avenir sont peu encourageantes. Le tourisme, source majeure de revenus, n'est pas à la veille de reprendre et les autres ressources du pays (canal de Suez, gaz/pétrole) servent à financer un complexe système de subventions dont dépend une population sans cesse grandissante et jeune.

À moins d'un autre printemps arabe égyptien, il y a peu de chance de voir un changement au Caire.

À moins d'un autre printemps arabe égyptien, il y a peu de chance de voir un changement au Caire. Des élections présidentielles sont prévues pour 2018, mais il y a fort à parier que tout sera fait pour que les éventuels candidats contre Al Sissi ne puissent se présenter ou que leur campagne soit contrecarrée.

En Égypte, les pharaons se succèdent depuis des millénaires.

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