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Le secours providentiel de l'État

31/08/2014 09:00 EDT | Actualisé 31/10/2014 05:12 EDT

Un observateur perspicace ne s'étonnera point de constater que les pays qui, au cours du XXe siècle, adoptèrent le modèle social-démocrate se distinguent par l'abondance de leurs ressources naturelles. Après tout, celui qui hérite de sa fortune se montre, plus souvent qu'autrement, susceptible de la dilapider. Or, seule une prospérité acquise au mérite se révèle véritablement durable, car le partage arbitraire de la richesse nuit à sa création.

L'État qui intervient massivement afin d'aplanir les inégalités économiques n'en obtient jamais pour son argent ; un pourcentage trop élevé des sommes transférées se perdant en chemin à travers les méandres bureaucratiques de son administration. De façon prévisible, les retombées budgétaires de cette inefficacité se traduisent soit par de lourds impôts qui freinent la croissance, ou par d'importants déficits qui hypothèquent l'avenir de sa population. Loin de promouvoir une quelconque forme de justice sociale, les mesures prétendument progressistes misent en place par la gauche au fil des décennies ne parviennent, au contraire, qu'à engendrer une main-d'œuvre fainéante, à stimuler une consommation boulimique et à entraîner une inquiétante dénatalité.

Dans une économie de marché, le coût de la vie évolue proportionnellement à l'opulence des effectifs et celle-ci s'accroît en fonction de leur productivité. Sur cette courbe ascendante, deux échelons de revenu se démarquent particulièrement : le premier, appelé seuil de l'indigence, indique le plancher en deçà duquel une personne peine à se procurer les biens essentiels à sa subsistance; le second, dit niveau de confort, désigne le plateau au-delà duquel les déboursés ne servent qu'à amasser du superflu. Une assistance financière efficiente garantira donc à tous le minimum vital sans jamais cependant excéder le plafond précité.

Actuellement, les divers paliers de gouvernement offrent une gamme de prestations qui varient selon l'âge du récipiendaire et la durée de sa période d'oisiveté. Comment justifier pareille discrimination? Pourquoi un citoyen de 65 ans bénéficierait-il d'un privilège que l'on refuse à son frère cadet pourtant plus démuni? Les obligations monétaires d'un chômeur disparaissent-elles comme par enchantement au terme d'une année sabbatique? Un système équitable expédiera plutôt aux individus un chèque mensuel équivalant à 25 % du PIB per capita sur une base annuelle, de même que la moitié de ce montant pour tout enfant à charge; l'indemnité allouée à un mineur se divisant évidemment entre les parents qui en détiennent la garde.

De plus, chaque dollar de gain encaissé de source autonome n'occasionnera qu'une pénalité de cinquante cents, de sorte que le prestataire continuera à recevoir un paiement résiduel jusqu'à ce que ses entrées de fonds atteignent le cap maximal de 50 % du produit intérieur brut par tête de pipe. En contrepartie, un adulte considéré apte à l'emploi se verra contraint, afin de conserver son éligibilité, d'avoir déclaré au cours des douze mois précédents une rétribution indépendante totalisant une somme au moins égale au seuil minimal; quiconque éprouverait des difficultés à gagner suffisamment d'argent pouvant néanmoins effectuer des travaux communautaires et ainsi se faire créditer un salaire nominal en retour des heures non rémunérées.

L'emprise qu'exerce l'État sur des pans entiers de l'économie expose la population à un chantage de la part des syndicats qui profitent de la conjoncture pour négocier, en faveur de leurs membres, des conditions de travail ressemblant davantage à une sinécure qu'à une convention collective traditionnelle. Un monopole ne comporte aucun mécanisme incitant son personnel à satisfaire les exigences de la clientèle. Même un gestionnaire chevronné ne saurait présider avec succès à l'introduction de réformes lorsque confronté à l'immobilisme de fonctionnaires sclérosés. Seul un environnement où règne une saine compétition recèle les éléments nécessaires à l'émergence d'organisations prêtes à combler promptement les besoins des utilisateurs.

Le climat de morosité qui imprègne, depuis fort longtemps, l'atmosphère entourant les soins de santé semble désormais symptomatique d'un mécontentement généralisé. Les files d'attente illustrant aujourd'hui les ratés de la médecine socialiste rappellent étrangement les pénuries qui, autrefois, présagèrent l'effondrement du communisme. Il est parfois plus sage de mettre la clef dans la porte et reconstruire plutôt que de rénover un édifice qui tombe en décrépitude. Tandis que les règles du marché récompensent le concurrent qui propose le meilleur rapport qualité/prix, le secteur public québécois, quant à lui, fournit aux contribuables un produit bas de gamme à un coût prohibitif. Paradoxalement, la gratuité universelle des programmes sociaux augmente, en raison d'un recours abusif à leurs bienfaits, la facture refilée en bout de ligne aux usagés.

Du reste, pourquoi taxer un ouvrier dans le but d'instruire, sans bourse délier, le fils d'un millionnaire? Au secours Robin des bois! Cessons d'appuyer notre identité civique sur des principes philosophiques défiant toute logique. Sachant que plus un service paraît indispensable au bien-être de son acquéreur, plus il devient impératif d'en multiplier les canaux de distribution, un législateur éclairé procédera à une refonte du système rendant l'aide gouvernementale accessible aux citoyens par l'intermédiaire de réseaux d'approvisionnement privés. Il assurera ensuite le financement des opérations en établissant une grille tarifaire tenant compte de la capacité de payer des bénéficiaires. À cette fin, il classifiera les individus en fonction des revenus dont ceux-ci disposent, à savoir : faibles, moyens, ou élevés, et exemptera les deux premières catégories d'impôts tout en chargeant des frais aux deux dernières. Ainsi, le percepteur fera en sorte que les riches allongent, par le biais de la fiscalité, les sommes requises pour défrayer les gracieusetés offertes aux pauvres.

Faut-il vraiment se surprendre que les particuliers, confiants du soutien indéfectible des autorités, ne maintiennent pas toujours une discipline exemplaire en matière de budget familial, escomptant qu'une intervention étatique réussira, en maintes circonstances, à les sortir du pétrin? Qui diable se soucierait d'engranger des réserves pour parer à une possible mise à pied, régler la note de traitements médicaux, ou scolariser sa postérité quand tout cela - et beaucoup plus - s'obtient sans quémander sur le bras d'autrui? Une fois implantés, ces changements encourageront sûrement les consommateurs prodigues à se pourvoir de l'essentiel avant de se lancer dans une série de folles dépenses.

Les enfants représentaient jadis pour leurs parents une richesse considérable. L'investissement en temps et en argent consacré à élever une famille rapportait de précieux dividendes au moment de la retraite. Quoi de plus utile qu'une descendance pour se prémunir contre les ravages de la vieillesse? Conscients des risques de morbidité qui découlent de facteurs accidentels - ou encore d'une graduelle sénescence - les aînés entretenaient, par un support tant moral que matériel, un lien affectif avec leurs rejetons sur lequel ils pouvaient se fier en cas d'invalidité. La marmaille accomplissait bénévolement des tâches qu'une armée de préposés arrive désormais difficilement à remplir. Les aides-soignants naturels constituaient un atout d'une valeur inestimable pour la société.

En instaurant des programmes sociaux qui aspiraient présomptueusement à répondre aux besoins des individus du berceau jusqu'à la tombe, une succession de gouvernements gauchistes dissipèrent maladroitement un capital de sympathie accumulé avec patience par d'innombrables générations de devanciers. À notre époque, personne ne ressent la nécessité de procréer et ceux qui choisissent néanmoins de se reproduire exhibent fréquemment à l'égard de leur progéniture un désintéressement parental frôlant la négligence. Une enfance marquée par une éducation déficiente ne cause dorénavant aucun dommage permanent au confort ultérieur de tuteurs incompétents. La générosité légendaire des peuples nordiques se solde, fatalement, par une population active sollicitée avec toujours plus d'insistance par une cohorte de pensionnaires sans cesse grandissante. Les pressions qui résultent ainsi du renversement de la pyramide des âges augurent donc le déclin d'un système croulant sous le poids d'une monstrueuse dette actuarielle.

Au train où vont les choses, c'est à se demander si, dans le futur, un taux d'imposition de 100 % suffira à acquitter tous les engagements financiers de l'État. Allons-nous demeurer impassibles devant ce gigantesque détournement de fonds générationnel? Puisque le Code criminel interdit explicitement ce genre d'astuce, condamnons la fraude de Ponzi démographique perpétrée à nos dépens par le Régime des rentes du Québec. Parce qu'ils tablent sur une improbable pérennité des entreprises, abolissons également les pensions agréées à prestations déterminées. Libérons l'épargne immobilisée dans les polices d'assurance-vie en convertissant automatiquement ces dernières en allocations viagères après trente ans de souscription. Enjoignons les institutions financières à commercialiser des produits hypothécaires conçus pour verser des mensualités à un propriétaire calculées selon la valeur du logement qu'il occupe. Enfin, élaborons un type d'abri fiscal permettant à chaque contribuable d'économiser un pécule assez significatif pour se payer le luxe de planifier ses vieux jours l'esprit tranquille.

Présentement, la Belle Province compte environ 4 millions de travailleurs (3,2 millions à temps plein) parmi ses quelque 8,1 millions d'habitants. Ce déséquilibre structurel exacerbe les tensions à l'origine de la plupart des conflits qui enveniment le débat politique contemporain. Une société au sein de laquelle on dénombre davantage de bénéficiaires que de contribuables ne connaîtra jamais la quiétude qui caractérise, normalement, les démocraties érigées sur des bases solides. Un législateur habile aménagera donc le temps ouvré en ajustant la durée de la semaine standard, les quarts de travail et les heures d'ouverture commerciales en vue d'atteindre rapidement le plein-emploi. Une diminution du fardeau fiscal préservera, malgré l'amputation de leur salaire, la portion disponible de la paie des employés existants.

Afin de compenser son manque à gagner, l'État réduira son passif en privatisant tous les services qui génèrent un revenu et en se départant de l'ensemble des actifs qui laissent entrevoir à un acheteur éventuel le potentiel d'une plus-value. À terme, le percepteur accordera aux citoyens une exemption personnelle équivalant à 50 % du PIB per capita, de même qu'une déduction se chiffrant à 25 % de cette statistique pour chaque enfant à charge; il assujettira par la suite le reste des gains, peu importe leur provenance, à un taux d'imposition unique. En outre, toute contribution à un fonds de report d'impôt capitalisé (FRIC) donnera droit à un crédit correspondant au taux en vigueur, octroyant par ce moyen la possibilité aux épargnants de soustraire leurs placements des griffes du fisc.

Par ailleurs, le gouvernement tiendra méticuleusement à jour un registre des sommes engagées dans le cadre des programmes d'assistance publics, et appliquera une surtaxe aux personnes possédant un solde négatif jusqu'à ce que les montants avancés soient dûment remboursés. Reconnaissant que le filet de sécurité sociale devrait agir comme trampoline et non servir de hamac, l'État Providence transformera sa relation avec les individus en remplaçant sa magnanimité proverbiale par l'exhortation suivante : aide-toi et le ciel t'aidera!

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