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L'Afrique et le fric

17/09/2013 12:18 EDT | Actualisé 17/11/2013 05:12 EST

Il existe une forte corrélation entre le succès démographique d'une société et la complexité de sa structure économique. Nomade, agraire, ou industrialisé, le mode de vie adopté par ses habitants détermine, en temps normal, la densité de population du territoire recensé. Or les dons en provenance de l'étranger entraînent des distorsions systémiques qui favorisent le peuplement d'une communauté au détriment de sa viabilité. Tandis que les échanges commerciaux soutiennent l'essor à l'échelle internationale de pays libres et prospères, le secours apporté à l'Afrique par les nantis de la planète ne réussit, au contraire, qu'à engendrer sur son sol la famine, la guerre et la dévastation.

Les maladies infantiles constituent un fléau redoutablement efficace pour réfréner la croissance débridée des effectifs qui résulte d'un taux de natalité galopant. Dans ces conditions, la mise en œuvre d'une campagne de vaccination gratuite rompt un équilibre précaire en doublant, par l'immunisation de ses rejetons, l'espérance de vie d'une populace qui ne dispose pas même du strict nécessaire afin d'assurer la postérité. Tragique conséquence de cet acte charitable: chaque survivant accentue en proportion des besoins que requiert sa subsistance la misère dans laquelle se trouve plongé le reste de la collectivité.

Sachant que le moyen le plus implacable de lutter contre la pauvreté consiste à empêcher qu'elle se reproduise, un nouveau code d'éthique humanitaire visera donc d'abord à limiter les interventions extérieures en zone économiquement sinistrée à la simple distribution de contraceptifs - n'acheminant dorénavant toute aide supplémentaire qu'en cas de catastrophe naturelle -, puis à abolir les privilèges fiscaux qui dopent le revenu des ONG fournissant des soins de santé en région sous-développée, et enfin, à rediriger les milliards aujourd'hui consacrés à l'assistance médicale au profit de l'éducation des enfants dont les parents se montrent en mesure de pourvoir à l'existence de façon autonome.

Nourrir à satiété un bambin du Tiers-monde ne coûte évidemment pas les yeux de la tête. Le prix d'une telle générosité ne se fait toutefois réellement sentir que lorsque le chérubin en question atteint l'âge adulte et que son visage buriné le rend désormais moins susceptible d'émouvoir les cœurs sensibles. À ce stade, les surplus d'une agriculture occidentale grassement subventionnée ne suffisent plus à combler les carences nutritives de tous les corps émaciés qui tendent la main aux organisations caritatives. Cette manne venue du ciel explique cependant les arpents fertiles laissés en friche par des paysans réduits à la mendicité en raison de la concurrence déloyale des exportateurs de denrées.

La morale, tout autant que la logique, exige d'un commerce équitable qu'il obéisse aux règles fondamentales du marché. L'humanité ne dormira jamais le ventre plein tant que la loi de l'offre et de la demande ne régira pas intégralement la gestion de l'industrie agro-alimentaire. Une relation d'affaires mutuellement bénéfique verrait les riches nations, d'une part, veiller à ce que les produits expédiés à destination du continent noir y aboutissent à un tarif qui reflète entièrement leur juste valeur marchande et, d'autre part, ouvrir leurs frontières aux biens africains malgré l'avantage non négligeable que procurent à un compétiteur affamé ses faibles coûts de production.

Comme un débiteur qui reprocherait à son créancier de lui accorder une ristourne ne couvrant qu'en partie les mensualités du prêt, certains observateurs de la scène diplomatique considèrent scandaleux que le montant des subsides octroyés aux pays du Sud totalise une somme inférieure à l'intérêt versé sur la dette contractée par ces derniers envers les institutions de l'hémisphère nord. Loin de mettre en lumière une nouvelle forme d'exploitation coloniale, la situation désespérée des comptes publics méridionaux illustre plutôt les répercussions budgétaires négatives d'un recours abusif aux instruments de crédit. Alors que l'amortissement sur une longue période de charges reliées à des travaux d'infrastructure permet, grâce à un effet de levier, de compenser une augmentation du passif par une hausse plus importante du PIB, l'acquittement par emprunts de dépenses courantes somptueuses enferme dans un cercle vicieux de paupérisation les entités politiques qui utilisent à mauvais escient l'argent d'autrui.

Du reste, le rôle de banquier bienfaisant sied mal à un fonctionnaire. Un bureaucrate ne saurait discerner avec régularité les occasions fructueuses de se comporter en bon samaritain auprès des peuples déshérités de la Terre; en témoigne la fortune colossale engloutie par les États donateurs dans le soi-disant développement durable partout à travers le globe. D'ordinaire, un bailleur de fonds du secteur privé s'avère le meilleur juge de la pertinence d'un placement, car le rendement de son actionnariat repose sur la compétence de ses gestionnaires. Un investissement qui ne soulève point l'enthousiasme d'un capitaliste ne mérite sans doute pas qu'on s'y attarde. En définitive, seul un projet excitant l'appétit d'un requin de la finance devrait, idéalement, recueillir les capitaux essentiels à sa réalisation. La radiation forfaitaire, par les membres du G8, des avances jusqu'à récemment consenties à des emprunteurs maintenant réputés insolvables ne vient que confirmer l'erreur naguère commise par ces gouvernements en les leur allongeant.

En l'absence d'une prise de conscience universelle, un nombre sans cesse grandissant d'individus se disputeront une quantité de ressources en constante régression: une conjugaison de facteurs qui exacerbe les tensions à l'origine des plus abominables conflits. Quand l'environnement périclite, la rudesse des affrontements s'intensifie. Le partage ne rassasie personne lorsque les vivres manquent à tous. Un homme tenaillé par la faim ne se satisfera guère d'une maigre ration s'il estime que l'emploi de la force parviendrait à lui remplir l'estomac. Puisque dès qu'il s'agit d'assouvir un instinct primaire la solidarité ethnique revêt un caractère bestial, mieux vaut, dans les circonstances, se ranger du côté des prédateurs qu'endurer le sort réservé aux victimes, de peur qu'une extrême indigence ne contraigne les vainqueurs à se repaître de leurs proies, démontrant ainsi de manière empirique que la route des enfers se révèle souvent pavée de bonnes intentions.

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