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Québec solidaire et l'islamisme

05/06/2017 09:55 EDT

Dans un texte publié dans Le Devoir, André Lamoureux , politologue et chargé de cours à l'Université du Québec à Montréal, écrit que Québec solidaire est un allié de l'islamisme. « Politiquement, ce choix stratégique est imputable au fait que la mouvance islamiste s'attaque au socle de la société libérale et démocratique qui est aussi par ailleurs capitaliste. Or, c'est précisément ce socle que conspuent toutes les tendances gauchistes réunies. Car voulant mettre fin à la société néolibérale et capitaliste, le gauchisme retrouve en l'islamisme un discours hostile à la société occidentale dont il veut se débarrasser. »

La thèse de Lamoureux n'est pas nouvelle et son analyse de la stratégie de Québec solidaire est juste. L'affinité entre une certaine gauche et l'islamisme est en effet reconnue par de nombreux auteurs, tant à gauche qu'à droite.

Selon le professeur Frédéric Castel, l'islam est devenu un moyen pour certains militants de lutter contre les injustices. C'est une idéologie de rechange (comme le communisme) contre le capitalisme. Pour reprendre une expression de Raymond Aron, l'islam semble être devenu le nouvel opium des intellectuels. L'islam est devenu la réaction à un sentiment d'infériorité, de jalousie et d'envie de la part d'un peuple d'une région défavorisée de la planète. Une réaction comme l'a été l'idéologie communiste il n'y a pas si longtemps.

Ce n'est pas pour rien que la gauche multiculturaliste de Québec solidaire et l'islam s'entendent si bien : les deux détestent des valeurs fondamentales de l'Occident capitaliste.

« L'islamogauchisme a été pensé notamment par les trotskistes anglais du Socialist Worker' s Party : constatant que la religion du prophète, quoique réactionnaire, est un facteur de bouleversement et non de passivité au cœur de nos sociétés, ils prônent un entrisme raisonnable, des alliances tactiques et provisoires avec elle sur certains sujets. L'espoir pour une frange révolutionnaire de voir l'islam devenir le fer-de-lance d'une nouvelle insurrection au nom des opprimés ne va pas sans arrière-pensées réciproques : trotskistes, altermondialiste, tiers-mondistes se servent des islamistes comme d'un bélier contre le capitalisme libéral . » (Pascal Bruckner, La tyrannie de la pénitence, Paris, Grasset, 2006, p. 39.)

Le point de convergence qui scelle l'union de la gauche multiculturaliste et de l'islamisme est la haine de l'Occident. Le tiers-monde, particulièrement sa partie arabomusulmane, est devenu le nouveau prolétariat. Le djihad a remplacé la lutte des classes. Les gauchistes perçoivent dans cette fusion entre le gauchisme et certaines formes d'islam une occasion de réengager la lutte contre les puissances occidentales, qui sont bien sûr responsables des misères du monde entier.

Le rapprochement entre la gauche multiculturaliste et l'islam politique ne date pas d'hier. Contrairement à ce qu'éructe sauvagement le « philosophe » Michel Seymour, n'est pas non plus l'invention d'une droite arriérée friande de raccourcis intellectuels. En effet, dès 1920, le militant de gauche Bertrand Russell, qui est aussi l'un des plus grands philosophes du XXe siècle, considérait que l'extrême gauche bolchevique « allie aux aspects de la Révolution française ceux de l'avènement de l'islam . »

Pour Russell, le bolchevisme désigne le courant politique révolutionnaire marxiste défendu par Lénine. Les bolcheviques considèrent qu'en raison du manque de conscience révolutionnaire de la classe ouvrière, un parti très structuré et constitué comme une sorte d'avant-garde doit propager les germes de la révolution. Les bolcheviques se donnent pour mot d'ordre « la dictature du prolétariat ». Le bolchevisme est une idéologie d'extrême gauche qui partage plusieurs caractéristiques avec la religion.

Premièrement, les textes de certains auteurs communistes font autorité comme le font les Saintes Écritures. Cette idéologie est une prison intellectuelle moyenâgeuse : « Le bolchevisme n'est pas une simple doctrine politique; c'est aussi une religion aux dogmes savants et aux Écritures inspirée. Quand Lénine veut convaincre, il cite, si possible, des textes de Marx et Engels. »

Deuxièmement, le bolchevisme promet un salut terrestre :

Le bolchevisme a fourni la religion nouvelle. Il promet des choses glorieuses : la fin de l'injustice entre riches et pauvres, la fin de l'esclave économique, la fin de la guerre. Il promet la fin de la lutte des classes qui empoisonne la vie politique et menace notre système industriel de destruction. Il promet la fin du commercialisme, subtile corruption des valeurs qui fait qu'on finit par considérer les choses d'après leur prix, prix dépendant parfois du seul caprice d'oisifs ploutocrates. Il promet un monde où tous, hommes et femmes, garderont leur santé mentale par le travail, où tout travail sera rentable pour la communauté et non pour seuls quelques vampires fortunés . (Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, Paris, Mercure de France, 1969, p. 25-26.)

Troisièmement, la volonté d'étendre le communisme au monde entier des bolcheviques ressemble à la volonté de conquête de l'islam :

Parmi les religions, le bolchevisme est plus proche de l'islamisme que du christianisme ou du bouddhisme. Le christianisme et le bouddhisme sont avant tout des religions personnelles, avec des doctrines mystiques et l'amour de la contemplation. L'islamisme et le bolchevisme sont des religions pratiques, sociales, non spiritualistes, désireuses conquérir l'Empire d'ici bas. Leurs fondateurs n'auraient jamais résisté à la troisième tentation du désert. (Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, Paris, Mercure de France, 1969, p. 109.)

Russell peut donc conclure qu'«en tant que phénomène social, il faut voir dans le bolchevisme une religion et non un mouvement politique ordinaire. » Et parmi les religions, c'est à l'islam que ce mouvement d'extrême gauche ressemble le plus, en raison de sa volonté de conquérir la terre entière pour y établir par la force un royaume de justice terrestre.

Russell n'aurait donc pas été surpris de voir Gabriel Nadeau-Dubois dans une soirée où l'on rêve de créer une DPJ islamique. Québec solidaire se porte à la défense de musulmans conservateurs et milite pour le maintien, voire l'accroissement des privilèges accordés aux religieux dans la société. Les gauchistes sacerdotaux de Québec solidaire se font les instruments du retour du religieux dans la politique.

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