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Le niqab: le voile de la honte

27/09/2015 09:28 EDT | Actualisé 27/09/2016 05:12 EDT

Que Thomas Mulcair et Justin Trudeau acceptent qu'une personne puisse devenir citoyenne canadienne le visage voilé est une honte. Le niqab désigne un voile placé sur le visage de la femme pour le soustraire à la vue. Voiler le visage des femmes est une tradition d'origine proche-orientale. Déjà mentionnée dans la tablette A 40 des lois assyriennes du roi Teglat-Phalazart 1er (vers 1000 avant Jésus-Christ), c'est «une obligation pour les filles pubères d'hommes libres et interdit pour les prostituées».

Dans le Code d'Hammourabi au XVIIIe siècle avant Jésus-Christ, la femme libre, contrairement à l'esclave, porte un voile sous peine de sanctions. Un texte assyrien en fait un signe distinctif entre femme honorable et prostituée.

Dans la tradition iconographique chrétienne, la Vierge Marie est toujours représentée avec un voile de couleur bleue alors que Madeleine, la prostituée, est pour sa part toujours représentée tête nue. Au cours de l'Antiquité grecque et romaine, le voile remplit la même fonction de distinction sociale: soustraire la femme honorable de regards concupiscents des hommes. Cela lui permet de rester pure, donc de préserver la valeur qu'elle revêt pour son époux ou son futur époux.

Derrière tout cela, il y a bien évidemment l'idée que la femme est la propriété de l'homme, une chair à mari. Laisser un visage féminin exposé aux regards des hommes est une honte. C'est ce préjugé barbare que nos intellectuels multiculturalistes, toujours prêts à monter aux barricades pour défendre les traditions les plus rétrogrades du Moyen-Orient, nourrissent en répétant ad nauseam que, dans un Québec inclusif, on ne dit pas aux femmes comment s'habiller.

C'est d'une clarté solaire: le niqab est un signe d'assujettissement. C'est presque l'ultime symbole de la ségrégation sexuelle. Dans un pays qui se vante de défendre l'égalité entre les hommes et les femmes comme le Canada, le niqab devrait être interdit en public et en toute circonstance.

Pour s'opposer à l'interdiction du niqab, on m'a déjà dit qu'un signe religieux peut revêtir plusieurs significations. Un État laïc et neutre n'a pas pour fonction d'interpréter les signes religieux. Donc le sens que peut avoir un signe religieux ne donne pas à l'État le droit d'interdire les signes religieux.

Il est certes possible que le niqab puisse revêtir plusieurs sens. On peut toujours accorder un sens subjectif et personnel à un symbole. Pour certaines, il n'est peut-être que le symbole d'une appartenance à une communauté. Mais si le sens des symboles religieux est polysémique, il faut admettre en même temps que parmi tous les sens qui peuvent émaner du niqab, il y a le sens misogyne traditionnel, un sens qui est incontestablement attesté par de nombreux documents historiques. Cette signification existe et nul ne peut le nier.

Il est objectivement vrai de dire que c'est un symbole de ségrégation sexuelle, même si ce n'est pas le sens qu'y voit celle qui porte le niqab. Le sens originel du niqab est là, malgré la croyance subjective de celle qui le porte. La polysémie d'un symbole est indépendante de celui qui porte le symbole.

Les différents sens du niqab peuvent coexister. Pourrais-je porter un svastika indien en public sans problème en clamant que c'est pour moi un symbole de spiritualité hindoue? Bien sûr que non. On voit bien avec l'exemple de la croix gammée qu'il est impossible de couper complètement le symbole de son l'histoire. Le sens d'un signe ne vient pas nécessairement de celui qui utilise le signe, la sémantique n'est pas quelque chose de purement subjectif. Le relativisme du sens des symboles est aussi absurde que la demande d'un étudiant qui se mettrait à revendiquer son droit de dire qu'un mot, selon lui, désigne uniquement le sens qu'il lui attribue de façon arbitraire.

Le niqab nuit à l'égalité homme-femme, tout comme un crucifix dans une école endoctrine.

Tolérer que des femmes le portent en public cause un tort social à la cause des femmes. Une femme qui le porte même «librement» fait la promotion d'un instrument de ségrégation sexuelle.

Si l'on refuse à l'État la légitimité d'interpréter le sens de symboles potentiellement misogynes ou haineux, alors qu'il les interdise tous, par simple principe de précaution.

Il faudrait avoir le courage de remettre en question le droit de porter des signes religieux en public. Dans une société démocratique, la religion devrait être une affaire d'adultes, vécue de façon strictement privée.

La non-interdiction privilégie les religions qui s'affichent en leur permettant d'avoir de la visibilité. L'interdiction supprime ce privilège. Être neutre et équitable implique de traiter tous les citoyens de la même manière. Les manifestations publiques de la foi religieuse devraient être interdites, et la Charte des droits de la personne modifiée en conséquence. Cela a cependant peu de chance de se produire si le Québec reste une province du Canada, car les règles constitutionnelles canadiennes rendent extrêmement difficile la modification de la constitution.

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