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Peut-on lire la Bible sans perdre la foi?

Les défenseurs des religions croient que c'est possible, mais à condition de trouver un sens métaphorique aux passages jugés choquants.

18/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 18/09/2017 11:07 EDT
Thomas-Soellner via Getty Images
L'absurdité d'un passage ou son caractère inacceptable est le signe que le passage possède un sens allégorique qu'il faut chercher.

La vérité, en matière de religion, est tout simplement l'opinion qui a survécu. – Oscar WILDE

Les prêtres catholiques ont pendant longtemps déconseillé à leurs brebis de lire la Bible par eux-mêmes. Ce n'était pas sans raison, car le texte biblique donne parfois l'impression que Dieu est un psychopathe, ce qui met la foi du lecteur non averti en grave danger.

Voici quelques exemples :

« Je leur ferai manger la chair de leurs fils et celle de leurs filles : ils s'entredévoreront dans l'angoisse et la détresse où les réduiront leurs ennemis et ceux qui en veulent à leur vie. » (Jérémie 19 : 9);

« À tes oppresseurs je ferais manger leur propre chair, comme de vin nouveau ils s'enivreront de leur sang. » (Isaïe 49 : 26);

« Mon ange marchera devant toi, et te conduira chez les Amoréens, les Héthiens, les Phéréziens, les Cananéens, les Héviens et les Jébusiens, et je les exterminerai. » (Exode 23 : 23);

« Ainsi parle Yahvé Sabaot : J'ai résolu de punir ce qu'Amaleq a fait à Israël, en lui coupant la route quand il montait d'Égypte. Maintenant, va, frappe Amaleq, voue-le à l'anathème avec tout ce qu'il possède, sois sans pitié pour lui, tue hommes et femmes, enfants et nourrisson, bœufs et brebis, chameaux et ânes. » (1 Samuel 15 : 1-3);

« J'enivrerai de sang mes flèches et mon épée se repaîtra de chair : sang des blessés et des captifs, têtes échevelées de l'ennemi. » (Deutéronome 32 : 42);

« L'homme aux testicules écrasés, ou à la verge coupée, ne sera pas admis à l'assemblée de Yahvé. » (Deutéronome 23 : 2);

« Même s'il est de taille à monter jusqu'au ciel, même s'il a la tête au niveau des nuages, il finira comme ses propres excréments. » (Job, 21, 6);

« Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. » (Luc 14.26-27).

Face à des passages bibliques à ce point choquants, absurdes et dégoûtants, l'honnête homme risque de perdre la foi et l'athée enragé se réjouit d'avoir trouvé du combustible pour nourrir les flammes de sa haine de la religion.

Les défenseurs des religions croient que c'est possible, mais à condition de trouver un sens métaphorique aux passages jugés choquants.

Peut-on lire la Bible sans perdre la foi ? Les défenseurs des religions croient que c'est possible, mais à condition de trouver un sens métaphorique aux passages jugés choquants.

La nécessité d'une réflexion sur l'interprétation est apparue lorsque certains éléments des traditions religieuses sont devenus incohérents avec l'évolution du concept de divinité.

En effet, le développement de la philosophie grecque a fait en sorte que la tradition mythique est devenue problématique, certains comportements des dieux rapportés par Homère et Hésiode (infanticides, adultère, viols, etc.) ont semblé indignes de la divinité pour des esprits formés à la philosophie de Platon.

Pour préserver la tradition mythique, il a fallu proposer une interprétation allégorique des récits choquants. On retrouve les premières traces de cette entreprise d'interprétation rationnelle chez les stoïciens, bien que Platon et Aristote avaient déjà offert quelques explications rationnelles de certains mythes.

L'absurdité d'un passage ou son caractère inacceptable est le signe que le passage possède un sens allégorique qu'il faut chercher.

La pratique consistait alors à donner un sens figuré, conforme à l'idée que l'on se fait du divin, aux passages jugés offensants. L'absurdité d'un passage ou son caractère inacceptable est le signe que le passage possède un sens allégorique qu'il faut chercher.

Selon le philosophe Jean Grondin, le but de l'interprétation allégorique est triple :

  1. Éliminer les éléments scandaleux du corpus mythique ;
  2. Accorder les mythes à une vision rationnelle du monde ;
  3. Préserver l'autorité de la tradition.

L'interprétation allégorique est une entreprise de sauvetage qui est toujours en cours : « Encore aujourd'hui, écrit Grondin, on fera appel ici et là à l'équivalent d'une lecture allégorisante afin de réinterpréter les moments qui peuvent apparaître choquant chez des auteurs que l'on estime, ou afin d'accorder la poésie aux impératifs de la raison ou pour maintenir intacte quelque autorité. » (Jean Grondin, L'universalité de l'herméneutique, Paris, PUF, 1993, p. 17.)

Sur la base de quel critère distinguer les passages qu'il faut prendre au sens littéral de ceux qu'il faut prendre au sens figuré ?

Sur la base de quel critère distinguer les passages qu'il faut prendre au sens littéral de ceux qu'il faut prendre au sens figuré ? Faut-il faire intervenir un critère extérieur au texte sacré ? Pas nécessairement. L'apôtre Paul écrit que le commandement d'amour résume tous les autres :

« N'ayez de dette envers personne, sauf celle de l'amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L'amour ne fait rien de mal au prochain. Donc le plein accomplissement de la Loi, c'est l'amour. »

Le commandement d'amour est le premier commandement : tous les préceptes bibliques qui au sens littéral contredisent le commandement d'amour doivent avoir un sens figuré qui est cohérent avec le commandement d'amour. Ce sens figuré est le sens authentique de ces passages.

La parole divine ne serait parfois contraire à la morale et à la vérité qu'en apparence.

Autrement dit, tout passage qui semble contredire le commandement d'amour doit avoir un sens caché. La parole divine ne serait parfois contraire à la morale et à la vérité qu'en apparence. Voltaire avait bien compris ce principe herméneutique :

« Édifions-nous de ce qui fait le scandale des autres ; tirons une nourriture salutaire de ce qui leur sert de poison. Quand le sens propre et littéral d'un passage paraît conforme à notre raison, tenons-nous-en à ce sens naturel. Quand il paraît contraire à la vérité, aux bonnes mœurs, cherchons un sens caché dans lequel la vérité et les bonnes mœurs se concilient avec la Sainte Écriture. C'est ainsi qu'en ont usé tous les Pères de l'Église ; c'est ainsi que nous agissons tous les jours dans le commerce de la vie : nous interprétons toujours favorablement les discours de nos amis et de nos partisans ; traiterons-nous avec plus de dureté les saints livres des Juifs, qui sont l'objet de notre foi ? Enfin, lisons les livres juifs pour être chrétiens ; et s'ils ne nous rendent pas plus savants, qu'ils servent au moins à nous rendre meilleurs. » (Voltaire, « Homélies », Mélanges, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1961, p. 1137.)

La vérité, en matière de religion, est tout simplement l'opinion qui a survécu au commandement d'amour.

Je veux bien ne pas tout prendre au pied de la lettre. Mais pourquoi tant de passages violents et de prescriptions violentes dans la Bible ?

J'ai besoin d'une réponse à cette question.

De quelles religions sont les Québécois?