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La peur de l'islamophobie renforce l'islam radical

26/07/2016 09:58 EDT | Actualisé 26/07/2016 09:58 EDT

Le militantisme de Michel Seymour pour la défense des minorités culturelles est nécessaire et admirable. Le racisme et la xénophobie sont des horreurs qu'il faut combattre avec toutes nos forces, en cette époque où les forces de la droite la plus rétrograde semblent renaître de leurs cendres, nourries par le désespoir de ces masses de citoyens qui se sentent de plus en plus impuissants face au rouleau compresseur de la mondialisation et des excès du capitalisme.

Malheureusement, dans les faits l'argumentation de Seymour défend plus les versions les plus obscurantistes de la religion que l'idéal de liberté et de démocratie qui devrait animer un philosophe. C'est pourquoi je me permets de lui adresser les deux remarques suivantes.

1. La liberté d'afficher sa croyance religieuse a des limites

On doit défendre les minorités culturelles sans renforcer les privilèges qu'on accorde traditionnellement aux religieux. Seymour écrit que «le droit d'afficher sa croyance religieuse existe, mais le droit de ne pas être exposé aux croyances affichées par les autres n'existe pas.» Il faut affirmer vigoureusement le droit de ne pas être exposé aux croyances des autres en certaines circonstances.

Certes, l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme affirme que «manifester en public» sa religion est un droit. Mais comme le dit le philosophe Bernard la Rivière dans Enfin la laïcité (Éditions XYZ, 2014, p. 75): «"Manifester en public" signifie-t-il que "sa religion ou sa conviction" peut être manifestée dans les institutions d'État? Pourrait-on célébrer une messe, accueillir le prêche d'un imam, installer la statue de Bouddha ou organiser toute autre cérémonie religieuse dans les locaux du Parlement? Serait-ce brimer la liberté de religion que de l'interdire? Bien sûr que non.»

La liberté de religion, comme toute liberté, peut et doit être limitée lorsque le bien commun l'exige: nos codes civil et criminel regorgent d'exemples de ce genre de limitation. Plusieurs pays européens interdisent les signes religieux dans la fonction publique sans que l'ONU les déclare comme délinquants. La Cour européenne des droits de l'homme a maintes fois statué que l'interdiction du port de signes religieux dans le cadre d'un emploi dans une institution d'État fait partie des mesures nécessaires dans une société démocratique. Les «Inclusifs» sont-ils vraiment sérieux lorsqu'ils accusent les défenseurs de la laïcité de xénophobie, de racisme et d'islamophobie? Si oui, alors ils devraient logiquement lancer les mêmes accusations à l'ONU et à la Cour européenne de droits de l'Homme.

Le bien commun exige qu'on mette fin à l'influence politique des religions. L'interdiction des signes religieux dans la fonction publique et les institutions d'enseignement «est, comme le dit Bernard La Rivière dans une mesure préventive nécessaire afin d'empêcher les intégristes de gagner du terrain au sein de l'État et pour éviter que des privilèges indus soient accordés à certaines croyances.»

Les opposants à l'interdiction totale des signes religieux dans la fonction publique sont presque tous d'accord pour dire que l'interdiction devrait tout de même s'appliquer aux personnes en situation d'autorité comme les juges. Comme le remarque avec justesse Bernard La Rivière, «cet argument avoue implicitement qu'il y a un impact au port de signes religieux». Difficile alors de dire que la présence de signe religieux dans les écoles n'a pas du tout d'impact négatif et en même temps dire qu'un juge ne devrait pas porter de signes religieux ostentatoires.

«Ce n'est pas en maintenant les privilèges accordés aux religieux et en appliquant des doubles standards que nous allons bâtir une société réellement inclusive.»

Les signes ont des effets qui ne dépendent pas des intentions de leur porteur ou émetteur. C'est pour cela que la liberté d'expression doit s'exercer dans un cadre. Cela inclut qu'il est légitime de demander de ne pas afficher certaines choses dans certains contextes. Il ne faut jamais oublier que le sens des signes est toujours lié à son contexte, quelles que soient les intentions de son porteur ou émetteur.

Les personnes qui disent que le malaise des gens qui voient un signe religieux n'est pas important, car «le droit de ne pas être exposé aux croyances affichées par les autres n'existe pas» sont souvent les mêmes qui vont dire qu'il faut tenir compte du malaise des gens qui considèrent l'utilisation d'un signe comme de l'appropriation culturelle. En effet, pour la gauche régressive (cette gauche qui défend l'intégrisme religieux au nom de la tolérance), seuls semblent compter les malaises des opprimés pour lesquels ils ont de l'affection.

Afficher partout sa croyance religieuse, c'est l'usage abusif d'un droit. Seymour reconnaît lui-même que les droits fondamentaux peuvent être limités lorsqu'il dit que les critiques des religions «doivent être formulées avec respect». Pourquoi Seymour ne défend-il pas le droit à la liberté d'expression avec autant d'ardeur que le droit d'afficher sa croyance religieuse?

Ce n'est pas en maintenant les privilèges accordés aux religieux et en appliquant des doubles standards que nous allons bâtir une société réellement inclusive.

2. Les musulmans qui acceptent l'homosexualité sont minoritaires

On doit pouvoir combattre la xénophobie sans sombrer dans l'angélisme naïf. Seymour écrit «ne faut-il pas admettre que la vaste majorité des musulmans sont pragmatiques et ne veulent pas faire du texte sacré une conception qui doit être suivie à la lettre?» Ce n'est pas ce que démontrent les sondages.

Le récent sondage Environics indique plutôt que les musulmans du Canada sont divisés entre ceux qui croient que l'homosexualité devrait être généralement acceptée par la société (36 %) et un plus grand groupe qui est contre l'acceptation de l'homosexualité (43 %). Les autres sont équivoques ou disent ne pas avoir d'opinion claire.

«Ce n'est pas en refusant de critiquer l'homophobie religieuse qu'on aide les LGBT des communautés musulmanes à sortir de leur enfer communautariste.»

Les valeurs traditionnelles des musulmans se reflètent en outre dans leurs opinions à propos de la compatibilité des relations de même sexe et la foi musulmane. Seulement un musulman sur quatre (26 %) dit qu'il devrait être possible d'être à la fois un musulman pratiquant et vivre ouvertement dans une relation homosexuelle. Une nette majorité (57 %) rejette cette idée, tandis que le reste affirme que cela dépend (3 %) ou n'exprime pas d'opinion (15 %).

Ce n'est pas en refusant de critiquer l'homophobie religieuse qu'on aide les LGBT des communautés musulmanes à sortir de leur enfer communautariste.

Seymour écrit: «il faut admettre l'existence d'une problématique identitaire bien réelle et promouvoir l'obligation de tous de s'intégrer à la culture publique commune (c'est-à-dire à la structure de culture de la communauté d'accueil, composée d'une langue publique commune, des institutions publiques communes et d'une histoire publique commune) et aux valeurs fondamentales de la communauté d'accueil (démocratie, droits et libertés individuelles, droits et libertés des peuples et des minorités ethnoculturelles, interculturalisme, droits des animaux, laïcité, respect de l'environnement et développement durable).»

Seymour aime comparer fallacieusement l'islamophobie à l'homophobie, mais quand il s'agit des valeurs fondamentales de la communauté d'accueil que tous les nouveaux citoyens devraient intégrer, l'égalité en droits des personnes LGBT n'est pas mentionnée explicitement, alors qu'on nomme pourtant le droit des animaux. Évidemment, le Seymour cache sous le tapis ce que les religions ne peuvent accepter, l'homosexualité.

Tolérer le port de signes religieux à l'école et dans la fonction publique, minimiser l'homophobie de la culture musulmane par peur de passer pour islamophobe, c'est renforcer l'islam radical. J'aimerais que cette gauche qui s'autoproclame «inclusive» cesse de nous faire régresser vers l'obscurantisme religieux. J'aimerais qu'on cesse de confondre les individus avec des croyances dont ils sont les premières victimes. Défendre l'islam contre l'islamophobie, c'est oublier toutes les musulmanes dont la vie est menacée si elles osent retirer leur voile, c'est abandonner tous les musulmans homosexuels qui se font pendre ou jeter du haut d'un édifice pour avoir aimé une personne que le Coran refuse qu'elles aiment. J'aimerais que cette gauche surmonte son narcissisme moral et retrouve le courage de combattre les délires religieux qui empoisonnent la vie des opprimés qu'elle se vante de défendre.

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