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Penser la bouche pleine avec Normand Baillargeon

«Celui qui prend le temps de savourer un beau livre saura bien en jouir.»

11/12/2017 13:08 EST | Actualisé 11/12/2017 13:08 EST

Rares sont les livres de philosophie dont la facture matérielle incarne proportionnellement la sensualité de leur sujet. Le dernier livre de Normand Baillargeon est l'une de ces exceptions.

À la table des philosophes est beau livre consacré aux enjeux philosophiques soulevés par la nourriture et l'alimentation. En matière de vin, un jugement de goût objectif est-il possible ? Les spécialistes du vin ont-ils le goût aussi développé qu'ils le prétendent ? La gourmandise est-elle vraiment un vice ? La pratique spirituelle du jeune n'est-elle pas proche du péché d'orgueil ? Peut-on faire preuve d'éthique tout en mangeant de la viande ? Les intérêts d'un poulet sont-ils aussi importants que les intérêts d'un enfant ? Comment choisir ce que l'on mange avec discernement dans un monde de publicités mensongères et d'informations trompeuses ?

Flammarion Québec

Ce ne sont là que quelques-unes des questions abordées par le prolifique philosophe.

Le chapitre « Manger local ou manger mondial » donne à réfléchir sur les vertus réelles du locavorisme. L'analyse des données sérieuses montre que « l'efficience du système industriel de production et de distribution de nourriture est telle que l'achat local représente sans doute, du point de vue économique et selon plusieurs variables, un bien mauvais choix et une forme de protectionnisme qui nuit à l'atteinte des objectifs poursuivis. » (p. 58.) Baillargeon note cependant que cette efficience repose souvent sur l'exploitation de travailleurs et génère d'énormes profits pour quelques trop puissantes compagnies. Mais cela doit-il nous faire oublier que le locavorisme cause globalement plus de mal que de bien ?

Un livre de cuisine ne pouvant se passer d'images alléchantes, l'ouvrage est magnifiquement illustré par des gravures et des reproductions d'œuvre d'art qui ouvrent l'appétit autant qu'elles donnent à penser. Les recettes saupoudrées parmi les pages seront appréciées de ceux qui succomberont à la tentation de passer de la théorie à la pratique.

Chacun des chapitres se termine par des sujets de conversations philosophiques de table dignes de l'entourage de Socrate. On aurait aimé que Normand Baillargeon ose davantage prendre position, mais sa réserve toute platonicienne force le lecteur à penser par lui-même. Celui qui prend le temps de savourer un beau livre saura bien en jouir.

À la table des philosophes, de Normand Baillargeon, Éditions Flammarion, 208 pages, 39,95 $