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L'imposture de la religion et l'incompréhension de Louis Cornellier

27/09/2016 09:25 EDT | Actualisé 28/09/2016 08:31 EDT

Et voici à quels signes on pourra reconnaître ceux qui auront cru: ils chasseront des esprits mauvais en mon nom; ils parleront des langues nouvelles; s'ils prennent des serpents dans leurs mains ou boivent du poison, il ne leur arrivera aucun mal; ils poseront les mains sur les malades et ceux-ci seront guéris.

- Évangile de Marc, 16, 17-18

Le premier commandement de tout travail intellectuel est: «Abstiens-toi de parler et d'écrire sur ce que tu ne comprends pas». Louis Cornellier n'a pas respecté ce commandement lorsqu'il a décidé d'écrire sur La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Léméac, 2016), ouvrage dont je suis l'un des auteurs. Sa recension publiée dans Le Devoir est pleine d'erreurs factuelles, mais je me contenterai ici de rectifier les faits concernant cette phrase où Cornellier étale son incompréhension de mon propos:

«François Doyon, par exemple, parle de "l'imposture de la religion" comme d'une évidence issue de la culture scientifique, au mépris des principes de base de l'épistémologie (Dieu, en effet, n'est pas un objet de science).»

Je n'ai jamais dit que la science prouvait l'inexistence de Dieu. J'ai assez étudié la Critique de la raison pure de Kant (Kant est mon philosophe préféré, après Platon) pour savoir qu'on ne peut prouver l'existence ou l'inexistence d'une entité métaphysique. Dans mon texte, j'explique que la théorie de la sélection naturelle de Darwin peut faire sérieusement contrepoids à l'argument téléologique, ce qui rend l'hypothèse de Dieu inutile pour expliquer la vie. En tant qu'hypothèse inutile, l'existence de Dieu devient aussi improbable que n'importe quel personnage mythologique. Notez bien que je parle de probabilité, et non pas d'évidence.

Le compte-rendu de Cornellier est erroné, jugez-en par vous même, car j'ai écrit ceci:

«La théorie de l'évolution est une explication beaucoup plus puissante que l'hypothèse de Dieu, car elle explique les phénomènes naturels par des causes naturelles. Postuler une cause surnaturelle pour expliquer la nature n'est pas une véritable explication, c'est expliquer quelque chose que l'on ne comprend pas par quelque chose d'encore plus incompréhensible. Bref, le succès explicatif de la théorie de la sélection naturelle est la preuve qu'il est inutile de croire en Dieu, ce qui rend son existence aussi improbable que celle des licornes.» (p. 75)

On ne peut prouver l'inexistence de Dieu (ni celle de Zeus, de Thor ou des licornes), mais on peut prouver que les religions sont des impostures en réfutant à l'aide des sciences leurs affirmations sur la réalité observable. Cornellier fait comme si les religions avaient pour seul contenu l'affirmation de l'existence de Dieu, ce qui est complètement faux.

Les religions affirment des choses sur la nature. Sinon Galilée n'aurait jamais subi de procès pour hérésie. Toutes les prétentions des religions à propos de la nature peuvent être confrontées par les sciences de la nature. C'est en ce sens que je parle de «l'imposture de la religion».

Je suis absolument contre la méconnaissance des religions. La meilleure façon de devenir athée consiste à lire la Bible.

La religion se prétend toujours l'amie de la science quand il est question, par exemple, de mettre des électrodes sur la tête de religieuses (afin de montrer que le cerveau est fait pour communiquer avec Dieu) et les religieux s'attendent à ce que les scientifiques fassent comme si le discours religieux avait une légitimité pour parler de la réalité.

Cornellier sait-il que l'Église catholique se sert de la science pour authentifier des miracles?

Les religions font donc des affirmations qui concernent la réalité. Si des catholiques affirment que la statue de la sainte Vierge pleure, ça se vérifie. On peut facilement prouver que c'est une imposture.

C'est la même chose pour l'efficacité de la prière, l'efficacité de l'imposition des mains, la capacité de boire du poison sans mourir, la capacité de parler des langues sans jamais les avoir apprises, les miracles de Jésus, la création du monde en six jours, le géocentrisme, la résurrection d'un crucifié, la naissance virginale du crucifié qui se relèvera d'entre les morts. Ce sont toutes des affirmations qui portent sur la réalité empirique, des descriptions de faits observables et qui sont donc, en principe, testables scientifiquement. C'est d'ailleurs ce qu'a déjà tenté de faire la Fondation Templeton en ce qui concerne l'efficacité de la prière, fondation pour laquelle a travaillé l'auteure d'un manuel d'ECR (Éthique et culture religieuse), Solange Lefebvre.

Je suis absolument contre la méconnaissance des religions. La meilleure façon de devenir athée consiste à lire la Bible. Le cours ECR doit être donné avec une rigueur scientifique. Dans le cours ECR, il ne faut pas seulement parler des belles valeurs du christianisme, il faut aussi parler de la misogynie et de l'homophobie de saint Paul, il faut mentionner que pour lui, un esclave qui se révolte contre sa condition est un blasphémateur. Autrement dit, je veux que les religions soient enseignées dans une perspective critique, il faut une approche scientifique.

Pourquoi parle-t-on de la Bible comme une collection d'histoires, alors qu'on parle de «légendes» autochtones? Pourquoi est-ce qu'on tient pour acquis qu'il y a un dieu chrétien et musulman, mais que les croyances des Premières Nations ne sont que des légendes? Dans un manuel destiné aux élèves du primaire, on parle d'apparition d'un ange dans une notice biographique. Il faut cesser d'enseigner les fables religieuses comme si c'était des événements historiques, car cela nuit au développement de l'esprit critique.

Le cours ECR doit cesser de servir une fin idéologique (relativiste? multiculturaliste?) pour avoir comme seul but la connaissance la plus scientifique possible des principales religions du monde. C'est à cette condition seulement que les jeunes pourront être en mesure de juger par eux-mêmes si les religions sont des impostures ou non.

Dans sa réponse à la réplique à sa recension publiée dans Le Devoir du vendredi 23 septembre 2016, Cornellier écrit:

«Quand je lis, enfin, que "personne non plus ne manifeste d'opposition de principe à la religion'" dans ce collectif, je m'étonne. Comment comprendre, alors, la maladroite formule de François Doyon selon laquelle "si les jeunes avaient une meilleure culture scientifique, l'imposture de la religion serait largement reconnue et elle n'aurait pas l'importance anachronique dont elle jouit aujourd'hui". L'accusation d'imposture serait-elle devenue bienveillante?»

Mon opposition aux religions n'en est pas une de principe: elle n'est pas a priori. Au contraire, je fais précisément ressortir dans mon texte que c'est à la lumière des connaissances scientifiques actuelles qu'on doit conclure que les religions ne sont pas crédibles. Si mon opposition aux religions était a priori, je ne dirais pas que ce sont les sciences empiriques qui justifient mon opposition.

En ce qui concerne ma bienveillance, je dois rappeler que chercher à savoir si un système de croyances est crédible est une question de fait, pas de bons ou de mauvais sentiments. Expliquer pourquoi l'homéopathie ne fonctionne pas n'est pas de la malveillance envers l'homéopathie. Les concepts liés aux sentiments ne sont pas pertinents quand il est question de vérité factuelle. Prouver qu'une croyance est fausse n'est pas une manifestation d'hostilité ou de malveillance, c'est l'exercice de la pensée critique.

Cornellier reconnaît, fort justement d'ailleurs, que les «partisans de la laïcité soulèvent une bonne question en demandant s'il ne serait pas préférable d'adopter une approche plus strictement historique et factuelle des religions plutôt que de poursuivre dans la veine bienveillante actuelle qui fait non pas de la connaissance, mais de la reconnaissance de l'autre une de ses principales finalités». Mais il m'accuse en même temps de ne pas être bienveillant. Cornellier manque de cohérence.

En toute bonne foi, j'aimerais donner ce conseil amical à Louis Cornellier: qu'il s'abstienne dorénavant d'aborder des questions philosophiques, car il risque encore de se mettre dans l'embarras.

Daniel Daril et Normand Baillargeon (dir.), La face cachée du cours Éthique et culture religieuse, Montréal, Léméac, 2016.

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