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Le Québec a besoin d’un ordre professionnel des enseignants

Il est temps de faire de la formation des citoyens de demain une véritable profession.

11/08/2017 08:00 EDT | Actualisé 11/08/2017 08:40 EDT
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Dans un dialogue intitulé Protagoras, le philosophe grec Platon met en scène Socrate discutant avec un jeune homme nommé Hippocrate. L'adolescent se propose d'aller s'instruire auprès de l'un de ces maîtres de rhétorique qui pullulaient dans l'Athènes de l'époque, le sophiste Protagoras. Socrate lui explique que comme il ne faut pas mettre la santé de son corps entre les mains du premier venu sans s'être auparavant assuré de sa compétence, il ne faut pas non plus confier son âme à n'importe qui. Il faut d'abord s'assurer qu'il n'est pas un imposteur qui pourrait venir corrompre notre esprit avec de faux enseignements. Si l'on prend soin de la santé de son corps, argumente Socrate, ne serait-il pas cohérent de prendre également soin de ce que nous avons de plus précieux, notre esprit?

Presque deux millénaires et demi plus tard, nous convenons tous aisément qu'il est juste de radier un médecin incompétent, puisqu'il met en péril la santé du corps de ses patients. Mais pourquoi n'apparaît-il pas évident qu'il faille aussi démettre de leurs fonctions les mauvais enseignants?

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La sécurité d'emploi quasi absolue dont jouissent les enseignants ayant obtenu leur permanence est une totale aberration. Les syndicats d'enseignants sont légalement tenus de protéger les intérêts de leurs membres avant de se préoccuper des intérêts des étudiants, ce qui les incitent à défendre des enseignants incompétents. Résultat : il faut habituellement une infraction criminelle, comme l'inconduite sexuelle ou la possession de stupéfiants pour mettre un terme à la carrière d'un enseignant permanent. Et il peut s'écouler plusieurs années avant que les directions d'école réagissent.

Comment peut-on aussi peu se préoccuper de la qualité de l'éducation que reçoivent les jeunes du Québec?

Je crois qu'il est impératif de s'assurer de la qualité de la formation que reçoivent les jeunes dans nos écoles au moyen d'un processus d'évaluation de l'enseignement. Mais comment faire? Il faut évidemment proscrire l'évaluation par les pairs afin d'éviter les risques de copinage et de conflits d'intérêts. D'où la nécessité de créer un ordre professionnel des enseignants, comme il en existe pour toutes les professions qui se respectent.

En tant qu'enseignant, je souhaite ardemment la création d'un ordre professionnel. Il doit être plus facile de congédier les enseignants incompétents.

Je me réjouis donc de la volonté des jeunes libéraux de débattre de la question d'un ordre professionnel pour valoriser le rôle de l'enseignement au Québec.

Cet ordre professionnel devrait se doter d'instruments d'évaluation qui évaluent réellement la compétence de l'enseignant et non pas sa popularité ou sa capacité de séduction auprès des élèves. Ce n'est pas la performance des élèves qu'il faut évaluer, mais la qualité de l'enseignement qui leur est dispensé. Pour ce faire, un inspecteur de l'ordre pourrait assister à des prestations de l'enseignant en classe, le matériel pédagogique de l'enseignant pourrait être soumis à une évaluation de sa qualité et de sa pertinence, et les instruments d'évaluation des apprentissages élaborés par l'enseignant pourraient être évalués par des représentants de l'ordre.

En tant qu'enseignant, je souhaite ardemment la création d'un ordre professionnel. Il doit être plus facile de congédier les enseignants incompétents. Il est temps de faire de la formation des citoyens de demain une véritable profession.

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