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La lettre de Sam Harris aux chrétiens, un antidote au cours d'Éthique et culture religieuse

Selon Harris, un religieux ne peut pas être un bon scientifique.

14/09/2017 09:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
La Bible n'est pas le fondement premier de la morale parce que nous utilisons des critères moraux pour distinguer les bonnes recommandations de la Bible des mauvaises.

Sam Harris est un philosophe né le 9 avril 1967 à Los Angeles. Il a étudié la méditation avec des maîtres bouddhistes et hindous en Inde. Il a complété un baccalauréat en philosophie l'Université de Standford (Californie) en 2000 et il a obtenu un Ph. D. en neurosciences de l'Université de Californie à Los Angeles en 2009.

Harris considère les religions abrahamiques (judaïsme, christianisme, islam) comme étant parmi les pires créations de l'esprit humain. Ces religions ne sont pas plus crédibles que les mythes grecs. Quelle est la différence entre Zeus et Jésus? La popularité. On sait que la popularité n'est pas un critère valable, car sinon il faudrait admettre que Justin Bieber est un génie de la musique.

Harris considère le terme « athée » inutile. Si on n'a pas besoin d'un mot pour désigner quelqu'un qui ne croit pas à l'astrologie ou à Zeus on n'a pas besoin d'un mot pour désigner ceux qui ne croient pas à Yahvé ou Allah. Le terme « athée » n'est qu'une étiquette péjorative dans un monde dominé par le théonormatisme.

En 2006 Harris a publié Letter to a Christian Nation, traduit en français sous l'étrange titre de Bible de l'athéisme (Éditions Cardinal, 2015). C'est un petit essai fort bien écrit que je fais lire à mes étudiants du cours Philosophie et rationalité, car il permet le développement d'un point de vue critique sur la religion, ce qui permet de neutraliser les ravages intellectuels causés par le cours Éthique et culture religieuse (ECR).

Pourquoi critiquer la religion?

Selon Harris, la critique de la foi religieuse est une nécessité parce que la haine religieuse, les guerres de religion, les tabous religieux, les détournements de ressources limitées à des fins religieuses font souffrir inutilement les êtres humains.

Le fait que 44% des Américains croient que Jésus va revenir est une urgence morale et intellectuelle, parce que « si la ville de New York était soudainement remplacée par une boule de feu dont s'échapperait un nuage atomique, une grande partie de la population américaine verrait là un signe positif que le meilleur qui puisse lui arriver est sur le point de se réaliser : le retour du Christ. »

Harris insiste pour dire que même les croyants modérés sont dangereux, parce que le respect qu'ils réclament pour leurs propres croyances religieuses protège les extrémistes religieux.

Religion et morale

Les défenseurs de la religion disent que la religion est la source de la morale. C'est ce qu'affirme, par exemple, le philosophe québécois Charles Taylor (qui a reçu une forte somme d'argent de la très religieuse Templeton Fundation).

Harris répondrait à Taylor que la religion n'est pas nécessaire pour éprouver des émotions morales, car on peut les observer chez les singes. D'ailleurs, les faits montrent que la religion ne rend pas les gens plus moraux, car les États américains les plus criminalisés sont souvent les plus religieux.

La Bible n'est pas le fondement premier de la morale parce que nous utilisons des critères moraux pour distinguer les bonnes recommandations de la Bible des mauvaises.

La Bible n'est pas le fondement premier de la morale parce que nous utilisons des critères moraux pour distinguer les bonnes recommandations de la Bible des mauvaises. Les chrétiens modérés admettent que certaines normes bibliques, comme la lapidation des femmes adultères ou la vente de sa fille comme esclave sexuelle, se révèlent désuètes. Il existe donc un critère moral préexistant aux commandements divins transmis par les révélations supposément issues de l'au-delà. Une lecture non littérale de la Bible nécessite le recours à des normes extrabibliques. Le fondement ultime de la moralité n'est donc pas la révélation divine, mais le sujet humain qui l'interprète. Par conséquent, les prescriptions bibliques ne sont pas le fondement de la morale.

Science et religion

Les défenseurs des religions disent que la religion et la science sont deux domaines complètement séparés, que les croyances religieuses ne se mélangent pas avec la science.

C'est, d'après Harris, complètement faux.

La religion va jouer sur le terrain de la science, car elle se prononce souvent sur la nature. Harris donne l'exemple des opposants à l'avortement. Lorsque des chrétiens affirment que l'âme entre dans le zygote, pour justifier l'opposition à l'avortement, ils se prononcent sur la nature. Si l'âme se trouve dès la fécondation de l'ovule, est-ce que l'âme se dédouble lorsqu'un zygote se sépare en deux et forme des jumeaux? Les jumeaux partagent-ils la même âme?

Selon Harris, un religieux ne peut pas être un bon scientifique.

Selon Harris, un religieux ne peut pas être un bon scientifique. Car l'essence de la science est l'intégrité intellectuelle, c'est-à-dire l'évaluation honnête des preuves et des arguments logiques, alors que la foi est l'autorisation que s'accordent mutuellement les gens religieux pour continuer de croire sans avoir bonnes raisons de croire.

L'arrogance des croyants

Les défenseurs des religions accusent souvent les scientifiques non croyants d'être arrogants, car ils refusent de reconnaître la grandeur du mystère de l'existence. Selon Harris, c'est le chrétien ordinaire est plus arrogant que le plus arrogant des non-croyants, car il croit que le créateur de l'univers s'intéresse à lui, lui donne son approbation, l'aime et le récompensera après sa mort. Le chrétien ordinaire est aussi arrogant parce qu'il croît que ses croyances, tirées de la Bible, demeureront l'ultime expression de la vérité jusqu'à la fin des temps et que tous ceux qui ne sont pas d'accord avec lui passeront l'éternité en enfer.

Le danger de la tolérance religieuse

Ce que dit Harris sur la tolérance religieuse est particulièrement pertinent. Certes, la tolérance religieuse à l'avantage de pacifier nos rapports sociaux, mais, selon Harris, la tolérance religieuse est dangereuse, car elle nous a rendus réticents à critiquer les croyances absurdes. La tolérance religieuse nous pousse également à nous mentir sur la compatibilité entre la foi religieuse et la rationalité scientifique. Un créationniste qui croit que la terre n'a pas plus de 5000 ans peut-il être un bon candidat à un poste de technicien en datation de fossiles?

La Bible de l'athéisme est donc un excellent choix de lecture pour les étudiants du niveau collégial. Car la tâche du professeur de philosophie est de détruire les préjugés qui feraient de l'esprit des jeunes un temple d'idoles.