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Le racisme de la gauche régressive

21/08/2016 07:56 EDT | Actualisé 22/08/2016 10:07 EDT

Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère. - Évangile de Matthieu, 7, 5.

L'expression «gauche régressive» (regressive left) apparaît en 2012, sous la plume de Maajid Nawaz. Lorsque je parle de gauche régressive, je parle de cette gauche qui fait de l'islamisme un tabou. Je parle de cette gauche qui désigne le criminel par ses victimes, et qui désigne par conséquent les islamistes qui assassinent des homosexuels ouvertement au nom d'Allah comme seulement des homophobes, et pas des islamistes. Je parle de tous ceux et celles qui tiennent despropos de ce genre:

«Renvoyer la tuerie du Pulse vers l'islam et l'islamisme, c'est tomber dans le piège tendu par les partisans du "choc des civilisations". C'est aussi céder à une instrumentalisation xénophobe et raciste de la "démocratie sexuelle".»

Font partie de la gauche régressive tous ceux qui tolèrent les aspects rétrogrades des religions, que ce soit au nom d'un idéal de tolérance ou pour éviter l'apparence de colonialisme ou d'impérialisme. Je parle donc ici de la majorité de ceux qui se disent «inclusifs», Social Justice Warriors (SJW), ou féministes de la troisième vague.

La gauche régressive impose une rectitude politique de façon de plus en plus autoritaire et inquisitrice, ce qui entre en contradiction directe avec le véritable progressisme qu'elle devrait promouvoir.

Personne n'est à l'abri des biais racistes. La gauche régressive prétend lutter contre le racisme, mais si on analyse la logique de son discours prétendument antiraciste, on découvre des présupposés racistes.

Le stéréotype du musulman aliéné et violent

Le 13 janvier 2015, le philosophe Michel Seymour écrit sur Facebook que puisque les musulmans forment un groupe minoritaire et qu'ils peuvent vivre un sentiment d'aliénation, «[l]'auto-censure est de mise, malgré le droit [de critiquer l'islam]. Ce n'est pas le temps de s'en donner à cœur joie contre l'islam.»

Dire que la religion musulmane n'est pas une religion qu'il faut critiquer comme les autres parce que c'est la religion des opprimés, c'est comme dire que le judaïsme est la religion des voleurs et des banquiers. C'est mettre sur tous les musulmans l'étiquette «pauvre victime», comme les antisémites ont mis l'étiquette «calculateur» sur tous les juifs.

En réalité, bien nombreux sont les musulmans qui refusent d'être vue comme des victimes et qui désirent une critique de l'islam. Demander qu'on épargne à l'islam la critique et la moquerie que méritent toutes les religions parce que c'est la «religion des opprimés» laisse entendre que les musulmans sont tellement aliénés intellectuellement qu'ils ne peuvent pas s'émanciper de la religion.

Si les musulmans sont opprimés, c'est avant tout par leur propre religion, et la gauche régressive milite pour que ça continue. Pire encore, la gauche répressive désigne comme victimes ceux et celles qui agressent par des insultes et des poursuites judiciaires les personnes qui exercent leur liberté de critiquer la religion.

On peut aussi penser au commentaire de Gabriel Nadeau-Dubois après l'attentat contre Charlie Hebdo : «Plus on tend à stigmatiser, plus on tend à attaquer une communauté, plus en retour, cette communauté-là se crispe, se referme et tend à développer des mécanismes (qui sont criminels dans le cas présent) de défense, des mécanismes de repoussoir [...].»

Dire que la réaction des musulmans contre les caricatures de Mahomet est le symptôme de leur frustration légitime, et que se moquer de la religion d'un groupe minoritaire peut provoquer leur «crispation» et le développement de «mécanismes de défense» parfois criminels comme le massacre de Charlie Hebdo, c'est laisser entendre que les musulmans sont des victimes qui ne peuvent pas se contrôler. C'est déresponsabiliser ces êtres humains.

Mais lorsqu'on parle des Québécois qui déposent des têtes de porc devant les mosquées, on ne dit jamais que ces actes sont des «mécanismes de défense» causés par la stigmatisation de ceux qui critiquent l'islam, ou l'effet d'une crispation provoquée par le chantage à l'islamophobie. Lorsqu'il s'agit de Québécois d'origine française, la gauche régressive emploie le langage de la responsabilisation et condamne ceux qui commettent des actes répréhensibles. Lorsque des musulmans commettent des actes criminels, la gauche régressive plaide la folie ou les mécanismes de défense découlant d'une frustration légitime.

Avec cette attitude, la gauche régressive renforce les stéréotypes stigmatisant les minorités culturelles. Les musulmans ne sont pas des êtres moins responsables que les Occidentaux!

L'abaissement des standards moraux

La gauche régressive est allée jusqu'à dire que l'égalité entre les hommes et les femmes et le respect des orientations sexuelles sont des principes occidentaux que les musulmans ne sont pas tenus de respecter. La gauche régressive invite aussi les LGBT qui critiquent l'homophobie de certains musulmans à faire preuve de retenue car, selon eux, appartenir à une minorité devrait amener à faire preuve d'empathie et de sensibilité envers nos concitoyens membres d'autres groupes minoritaires qui voient leurs droits fondamentaux menacés. Cette même gauche régressive n'hésite pas par contre à se plaindre, par exemple, de l'empathie des médias envers un pasteur protestant homophobe.

La gauche régressive demande pour les musulmans ce qu'elle refuse pour les chrétiens : la tolérance de l'homophobie religieuse. C'est un parfait exemple de ce que Maajid Nawaz appelle le racisme de faible standard (the racism of low expectations) :

«C'est ce que j'appelle un racisme de faible standard : ne pas s'indigner qu'une personne à peau brune exprime de la misogynie, du chauvinisme, de la bigoterie ou de l'antisémitisme, mais exiger qu'une personne à la peau blanche soit à la hauteur des valeurs démocratiques libérales. Les véritables victimes de ce double standard sont les minorités culturelles elles-mêmes, car cela limite leur horizon. Nous rabaissons leur potentiel et les attentes qu'elles pourraient avoir envers elles-mêmes. Nous les jugeons comme des personnes dont la culture est intrinsèquement moins civilisée et, bien sûr, nous tolérons la bigoterie à l'intérieur de ces communautés. Les premières victimes de cette bigoterie sont les plus démunis de ces communautés.»

Un racisme à géométrie variable

Accusée par le blogueur Ludvic Moquin-Beaudry d'avoir des biais racistes, la chroniqueuse et enseignante en francisation Tania Longpré écrit qu'elle n'est pas raciste parce que sont conjoint est Syrien (profil Facebook, 25 juillet 2016). Moquin-Beaudry lui répond que sa réplique est raciste : «[L]'argument de l'"ami noir", peu importe sa forme ("conjoint syrien" en est une variante) n'est pas une défense quand on se fait accuser d'avoir une attitude raciste. C'est une façon de s'enfoncer plus bas, en objectifiant l'origine ethnique d'une personne tierce pour se défendre soi-même.» (sur son profil Facebook, 26 juillet 2016.)

Quand Manon Massé a dit à Richard Martineau qu'elle connaissait plusieurs bons musulmans, est-ce que c'était raciste? C'est un autre exemple d'objectification de l'origine ethnique d'une personne pour en faire un argument. Si Moquin-Baudry a raison, Manon Massé aurait elle aussi un biais raciste. Pourtant, à gauche, personne n'a accusé Manon Massé de racisme.

Enfin, il faut voir la ferveur quasi religieuse avec laquelle la gauche régressive défend la Charte des droits de cette monarchie constitutionnelle de droit divin qu'est le Canada. La fierté identitaire québécoise est perçue par la gauche régressive comme du racisme, de la xénophobie et de l'intolérance, alors que la fierté identitaire autochtone est perçue positivement. Pourtant, elles participent de la même logique. Pourquoi ne pas reconnaître la légitimité de la fierté identitaire québécoise? Parce que la gauche régressive considère que les personnes à la peau blanche, couleur associée par les stéréotypes à la colonisation, à l'impérialisme et à l'esclavagisme, ne peuvent pas être victimes de racisme.

Haroun Bouazzi écrit : «Dans un système où la personne blanche est privilégiée de par sa couleur, les actes discriminatoires et haineux envers elle sont inacceptables et condamnables, mais ne constituent pas du racisme.» Comme si les Québécois d'origine française n'étaient pas victimes de racisme depuis 1760! La québécophobie des Canadiens anglais est systémique.

Les juifs sont trois fois plus victimes de crimes haineux que les musulmans, mais la gauche régressive parle seulement d'islamophobie. Sont-ils trop blancs?

Les gens que j'associe à la gauche régressive ne sont pas forcément racistes, mais leur discours est imprégné de biais racistes qui nuisent à ceux qu'ils prétendent défendre.

Ils se prétendent à gauche, mais ils ne sont que la gauche d'une droite rétrograde. Ils devraient s'examiner eux-mêmes avant de stigmatiser les militants pour la laïcité.

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