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Sommes-nous prêts, peuple du Québec, à une seconde Révolution tranquille?

L'indépendance ne réglera pas tout, mais permettra certainement de clarifier les droits et responsabilités rattachés à une citoyenneté québécoise.

10/10/2017 15:30 EDT | Actualisé 11/10/2017 05:43 EDT
Getty Images/iStockphoto
Il faut se remémorer d'où nous venons en tant que peuple, et pourquoi nous réagissons de telle ou telle façon.

Pour répondre au problème démographique, principalement dû au vieillissement de sa population active, le Québec ouvre de plus en plus ses portes à l'immigration. Pour plusieurs Québécois de racines, l'arrivée de ces nouveaux immigrants annonce retour du religieux dans les affairespubliques. De plus, ces Québécois peuvent sentir que leur identité est mise à mal, puisqu'ultimement, ce sont les politiques linguistiques, culturelles et migratoires du Canada qui déterminent les critères d'immigration. La question identitaire, qu'elle tangue entre sérénité ou populisme, est au cœur des débats de toutes les sociétés à travers le monde, où il semble y avoir autant d'identités que d'individus.

Dans son livreLa souveraineté du Québec. Hier, aujourd'hui et demain, paru en 2009, l'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau pose l'enjeu de la façon suivante: « Le problème identitaire change d'époque en époque, mais demeure sérieux. Les gens de la génération de mon père sont nés Canadiens, face aux Anglais. Au milieu du XXe siècle, ils étaient Canadiens français face aux Canadiens anglais et à la fin de leur vie, plusieurs d'entre eux sont devenus Québécois face aux Canadiens. » Je l'évoquais dans mon premier billet : le peuple québécois fait partie d'une minorité tant au Canada qu'en Amérique. Il va donc de soi que le Québec tente de redéfinir son rôle et son identité en tant que société francophone nord-américaine. C'est le cas lorsque Camille Laurin, ministre dans le gouvernement de René Lévesque, présente la loi 101 le 1er avril 1977. Dans le préambule de la loi, il est stipulé que « [...] la langue française permet au peuple québécois d'exprimer son identité. » Selon l'avis du psychiatre de formation, la Charte de la langue française s'avère une « thérapie collective nécessaire » et « il ne [fait] pas de doute [...] que le Québec majoritairement français, ne [peut] avoir qu'une seule langue officielle commune à tous ses habitants, langue de la communication et de la cohésion sociale, langue d'usage de l'administration et de toutes les institutions qui en dépendent, langue de la vie collective ». Si la Charte de la langue française est le traitement de choc permettant d'exprimer son identité, le but de l'indépendance est d'affirmer cette identité à la face du monde entier.

À défaut d'accéder à son indépendance, le Québec a tout de même subi des transformations majeures et profondes, que ce soit au niveau des attitudes, des mentalités ou des institutions.

Cette affirmation nationale n'a jamais eu lieu de façon officielle. À défaut d'accéder à son indépendance, le Québec a tout de même subi des transformations majeures et profondes, que ce soit au niveau des attitudes, des mentalités ou des institutions. En plus de la loi 101, on peut prendre en exemple la fin du pouvoir de l'église catholique dans les affaires de l'État. Tous ces changements sont rapides et globaux et c'est d'ailleurs pour cette raison que cette période de grands bouleversements est appelée la Révolutiontranquille. Effectivement, ailleurs dans le monde, les transformations qu'a subies le Québec auraient pris des décennies avant de s'effectuer ailleurs dans le monde. Mais les temps ont bien changé depuis la Révolutiontranquille. La mondialisation s'est imposée entraînant son lot de désagrément. Les inégalités économiques et sociales s'accentuent, de même que les tensions politiques. De plus, à la suite des attentats de septembre 2001, divers pays – dont le Canada - ont durci le ton face aux nouveaux arrivés, faisant en sorte que « les réfugiés et les immigrants sont progressivement passés du statut de personnes vulnérables à celui de menace pour la sécurité du pays, voire à celui de criminels potentiels. »

Le visage de l'immigration est cependant tout autre. C'est ce que rappelle la juriste Louise Arbour, ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme de 2004 à 2008, dans un entretien dans le magazine l'Actualité: « On oublie trop vite que ces travailleurs vont contribuer à l'économie de leur pays de destination en payant des loyers et des taxes. Ils envoient aussi une part monumentale de leur salaire dans leur pays d'origine : quatre fois plus d'argent que l'aide étatique aux pays en développement. C'est le visage positif de la migration, qui est complètement occulté par la perception négative alimentée par la peur. » Cette perception négative de l'immigration se traduit par un rejet marqué des coutumes, des croyances, des tenues vestimentaires, des ethnicités ou des religions différentes à celles du Québec par des gens du Québec. Ceux-ci oublient que les vrais Québécois de souche, ce sont les gens issus de l'immigration. En effet, ces néo-Québécois-es se déracinent à leur pays, laissant derrière eux famille, amis, souvenirs, dans l'espoir d'une vie meilleure et tranquille en Amérique. Les aspirations sont les mêmes, ils veulent s'enraciner ici afin de travailler, élever une famille, éduquer leurs enfants et leur donner de meilleures possibilités que dans leur pays d'origine. Mais l'intégration de ces personnes, malgré leur volonté, ne peut se faire en raison d'une réelle discrimination. Malgré de grandes qualifications, des médecins ou des ingénieurs nouvellement arrivés sont obligés d'occuper des postes de commis, de concierge, de chauffeur. Ces emplois sont souvent au salaire minimum, lorsqu'ils sont payés. L'emploi, l'éducation, les arts et l'engagement social sont des pistes de solutions intéressantes. Mais encore faut-il considérer ces gens, reconnaître leurs certifications et faciliter l'accès à l'emploi, souvent dans des domaines où les besoins sont criants. Que ce soit des latino-québécois-es, des afro-québécois-es, des anglo-québécois-es, des judéo-québécois-es... Le cas inverse aurait pour effet d'isoler ces gens alors qu'il faut que tous les gens vivant au Québec se sentent inclus dans les projets de société. Nous avons cette responsabilité envers les néo-Québécois-es en temps que nation.

Il faut se remémorer d'où nous venons en tant que peuple, et pourquoi nous réagissons de telle ou telle façon.

Un travail de mémoire est à faire. Il faut se remémorer d'où nous venons en tant que peuple, et pourquoi nous réagissons de telle ou telle façon. Puisqu'au fond, l'identité collective québécoise s'est la plupart du temps définie en opposition à « l'autre, » le Canadien. Il est donc compréhensible de voir chez certains un malaise face aux gens qui immigrent au Québec, pour diverses raisons. Compréhensible, mais non légitime. Le débat doit être abordé sereinement. Au soir du référendum de 1995, lorsque les résultats sont révélés, Bernard Landry s'adresse ainsi à la télévision de Radio-Canada. « J'ai fait allusion à la minorité de blocage. Je le fais en tout respect. C'est plus l'histoire, c'est plus l'attitude de propagande du gouvernement du Canada envers les immigrants et immigrantes qui ont fait croire à certains d'entre eux qu'ils n'avaient pas le droit d'être pour le OUI et que c'était de trahir leur serment. On peut blâmer un système, on peut blâmer l'histoire, mais pas des gens hommes et des femmes qui, en toute bonne foi, ont voté pour le NON. » Il en va de même pour aujourd'hui encore. On peut blâmer des gens qui votent des lois de façon électoraliste, des gens utilisant à mauvais escient des religions, « l'histoire » ou encore « un système. » L'indépendance ne réglera pas tout, mais permettra certainement de clarifier les droits et responsabilités rattachés à une citoyenneté québécoise. À présent, tous ensemble, bâtissons le présent et l'avenir en donnant simplement le meilleur de nous. Que cet avenir soit plus égalitaire, solidaire, écologique, technologique et prospère. Ensemble, peut-être sommes-nous prêts, peuple du Québec, à une seconde Révolution tranquille?

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