Francine Pelletier

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Le mystère Harper

Publication: 15/06/2012 00:00

Pas un jour qui passe sans que le bilan des politiques harperiennes ne s'alourdisse. Le projet de loi omnibus (C-38) est la dernière salve d'une offensive tous azimuts pour remodeler le Canada en pays beaucoup, beaucoup plus conservateur. C'est énorme ce qui se passe, à l'instar du bill fourre-tout lui-même.

Et pourtant, mises à part quelques voix dans le désert (Hélène Buzetti et Manon Cornellier du Devoir) et, bien sûr, l'opposition officielle à Ottawa, c'est comme si de rien n'était. On ne sent pas tellement la grogne, encore moins des couvercles de marmite sur le point de sauter, comme c'est le cas, ici, au pays du printemps perpétuel.

Quand même incroyable que la hausse des frais de scolarité - un sujet pour qui peu de gens étaient prêts à déchirer leur chemise, encore récemment - ait mis le feu aux poudres au Québec alors qu'à Ottawa, des propositions beaucoup plus radicales passent comme sur le dos d'un canard. Quand même surprenant qu'on se lève la nuit pour haïr Charest alors que le vrai diable, la pire menace, est bien davantage du côté de Harper (surnommé 'Hair in the fridge' au Canada anglais.) Faisons le calcul, juste pour voir...

Dans la colonne de droite, c'est-à-dire le gouvernement conservateur: complicité en matière de torture, détention d'enfants soldats, fraude électorale, transgression des règles parlementaires, rejet d'ententes internationales sur l'environnement, abolition de mesures de protection environnementale, abolition de contrôles de sécurité en matière alimentaire, abolition de mesures de protection des pêcheries, abolition de prises de données scientifiques (à Statistiques Canada et ailleurs), abolition du registre des armes à feu, augmentation de la répression policière (lors du G20 à Toronto), coupures radicales à trois institutions culturelles parmi les plus importantes au pays (Téléfilm, ONF, Radio-Canada), coupures massives également dans l'aide internationale, aux groupes des femmes, environnementaux, culturels... Et j'en passe.

Même en ajoutant les abominations de la loi 78 - restriction du droit d'association, d'assemblée et d'expression, augmentation de la répression policière - et, bien sûr, la collusion avec les Tony Accurso de ce monde ainsi que la vente à rabais de nos richesses naturelles, le gouvernement Charest n'arrive pas vraiment à la cheville. C'est pas beau ce qui se passe à Québec, le néolibéralisme (et son mantra utilisateur-payeur) nous emmerde, pour ne rien dire des femmes ministres, dont Charest était pourtant si fier de s'entourer, qui disent des énormités l'une après l'autre.

Le discours politique est au ras les pâquerettes, c'est sûr, et certaines pratiques laissent pantois. Mais comparés aux violations du droit international, des règles parlementaires et du processus démocratique, violations à répétition depuis six ans, Charest, mesuré à son homologue fédéral, fait figure de dictateur en culottes courtes.

La question à 60 000$: qu'est-ce que ça va prendre pour allumer le brasier anti-Harper?

Il est toujours plus difficile de se mobiliser contre Ottawa, qui paraît plus distant et qui, selon les sondages, est de plus en plus vu comme un autre pays, du moins par les plus jeunes. Et puis, les grandes causes qui jusqu'ici ont poussé les gens dans la rue, l'éducation, la langue, les conflits de travail... sont des questions essentiellement québécoises. Il n'y a que l'avortement qui fait exception. On se surprend donc à espérer que Stephen Harper devienne aussi obtus que Jean Charest. C'est ça, au fond, l'ingrédient #1 au soulèvement populaire: le fait que le PM québécois soit totalement bouché à l'humeur populaire.

Il y a d'autres raisons, bien sûr, en commençant par la notion d'éducation accessible à tous, la pierre de touche du Québec moderne, la résistance et intelligence du mouvement étudiant actuel, l'insatisfaction profonde de bon nombre de gens "ordinaires" vis-à-vis du gouvernement Charest mais aussi l'humeur du temps. On oublie de dire trop souvent combien nos vies ont ratatiné depuis 20 ans. Pas seulement nos salaires (mais, dieu sait, ça aussi), également l'impression de faire partie d'un destin collectif qui nous emballe.

Revenons à Jean Charest. S'il s'était assis avec les étudiants d'entrée de jeu, reconnu leur détermination, admis qu'ils avaient quand même quelques bons arguments, on n'en serait pas venu aux concerts de casseroles et 300 000 dans les rues. Rencontrés cette semaine, des étudiants de l'UQAM impliqués dans l'école de la Montagne Rouge, l'extraordinaire mouvement de graphistes au coeur de la grève, avouaient qu'au moment de déclencher la grève en février, ils ne pensaient jamais se rendre jusqu'à la fin avril. Il est clair aussi que leur conscience comme leur détermination se sont élargies et approfondies au fur et à mesure que le conflit pourrissait.

La crise sociale que nous connaissons est un édifice qui s'est construit brique par brique. Difficile de voir comment tout ça pourrait se transférer à Ottawa, d'autant plus que l'homme aux cheveux de carton, lui, est assez doué pour tâter le pouls de l'électorat. En même temps, il est, comme Charest, très très têtu.

On peut toujours rêver.

Le blogue de Francine Pelletier

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  • BUDGET 2012: LES FAITS SAILLANTS

    À la fin de la présente année financière, le déficit s'élèvera à 24,9 milliards $, pour diminuer graduellement afin d'atteindre 1,3 milliard $ en 2014-2015. L'année suivante, le gouvernement prévoit engranger un excédent de 3,4 milliards $. (PC/Sean Kilpatrick)

  • COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES

    Le gouvernement réduit de 5,2 milliards $ les dépenses ministérielles, soit 6,9 pour cent de leur budget, avec des départs de 19 200 fonctionnaires à terme, ce qui représente 4,8 pour cent de la fonction publique fédérale.

  • RADIO-CANADA

    Le gouvernement Harper réduit le financement de CBC/Radio-Canada de 115 millions de dollars sur trois ans, soit des compressions de 10 % du budget.

  • LA CENT DISPARAÎT

    La Monnaie royale canadienne cessera de distribuer la pièce d'un cent à compter de l'automne prochain, ce qui permettra des économies annuelles de 11 millions $. (CP photo)

  • LA LOI ET L'ORDRE

    Le ministère fédéral de la Sécurité publique subira une ponction de 179,4 millions $ en 2012-2013. De cette somme, près de la moitié, soit 85,5 millions $, devra être puisée dans le budget des services correctionnels du Canada. En 2014-2015, les économies devront avoir atteint 295,4 millions $ aux services correctionnels du Canada.

  • ENVIRONNEMENT

    Ottawa entend accélérer les processus d'examen environnemental des grands projets. La Table ronde nationale sur l'environnement et l'écologie, une organisation dont le mandat était de trouver des façons de concilier les considérations environnementales et économiques, est abolie.

  • LIBERTÉ 67

    L'âge d'admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse passe de 65 à 67 ans. Il en est de même pour les prestations du Supplément de revenu garanti, dont bénéficient les personnes âgées démunies. La hausse graduelle de l'âge d'admissibilité à ces prestations débutera en avril 2023 et s'étendra jusqu'en janvier 2029.

  • SANTÉ

    Des compressions de 310 millions de dollars d'ici 2014-2015. Santé Canada et l'Agence de santé publique Canada vont fusionner leurs services administratifs. (Alamy photo)

  • RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

    Le gouvernement annonce une réforme importante de ses programmes d'aide à l'innovation qui se traduira notamment par l'abolition du soutien à la recherche fondamentale et une baisse du crédit d'impôt pour la recherche et le développement.

  • IMMIGRATION

    Le gouvernement compte inciter les entreprises à embaucher des Canadiens avant de recourir aux travailleurs étrangers temporaires. Il veut aussi axer davantage le système d'immigration sur les besoins du marché du travail. (pwenzel on Flickr)

  • AFFAIRES ÉTRANGÈRES

    Le ministère des Affaires étrangères devra vendre certaines résidences, réduire son parc automobile, revoir les allocations de ses employés. Le Canada se retirera de certaines organisations internationales non identifiées jugées non «pertinentes à ses intérêts et priorités». (Amos Ben Gershom/GPO via Getty Images)

  • DÉFENSE

    Le portefeuille de la Défense nationale sera réduit de 326,8 millions $ en 2012-2013 et ultimement de 1,12 milliard $ en 2014-2015. Après la fin de la mission de combat en Afghanistan, la Défense et les Forces armées canadiennes devraient améliorer les processus d'attribution de contrats, rationaliser l'acquisition de matériel de soutien et centraliser la gestion des biens immobiliers, entre autres. Une somme de 5,2 milliards $ en 11 ans sera consacrée au renouvellement de la flotte de la Garde côtière canadienne. (ROMEO GACAD/AFP/Getty Images)

  • KATIMAVIK

    Le programme créé sous Pierre Elliot Trudeau est aboli, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/03/30/abolition-katimavik-coup-eclat_n_1392454.html" target="_hplink">comme le rapportait le Huffington Post Canada</a>. (CP photo)

  • PÊCHES ET OCÉANS

    Le budget de Pêches et Océans Canada sera réduit de 79,3 million de dollars d'ici 2014-2015, au prix d'une importante restructuration. (AFP/Getty Images)

  • ÉDUCATION AUTOCHTONE

    Une somme de 275 millions $ en trois ans sera consacrée à l'éducation pour les Premières Nations, en plus de 330,8 millions $ en deux ans pour l'amélioration de la qualité de l'eau sur les territoires autochtones. (CP)

  • FONDS DE RETRAITE

    Les fonds de pension des fonctionnaires fédéraux seront modifiés. Le gouvernement propose de rajuster les cotisations des employés de la fonction publique de façon à ce qu'elles en viennent à être égales à celles de l'employeur, soit une proportion de 50-50. Elles ne sont actuellement que de 37 %. Les députés devront aussi faire un effort. Comme les fonctionnaires, ils devront aussi éventuellement débourser 50 % des cotisations à leur fonds de pension, mais le budget ne souffle mot sur de possibles réductions de leurs généreuses prestations, une fois la retraite arrivée. (Alamy photo)

 
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