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Les enfants d'Haiti, 4 ans plus tard

11/01/2014 10:17 EST | Actualisé 13/03/2014 05:12 EDT

Qui n'a pas eu le cœur complètement chamboulé devant les images du séisme d'Haïti, il y a déjà quatre ans de cela? Qui n'a pas voulu prendre l'avion pour aller sauver ces enfants orphelins, sales, abandonnés, affamés? Avant le séisme, ils étaient plus de 300 000 dans les crèches, du moins selon les chiffres officiels qui ne tiennent pas compte des centaines de milliers de restaveks, ces enfants esclaves qui subissent les pires calvaires. Alors, imaginez un seul instant quel pourrait être le nombre réel d'enfants directement affectés par cette tragédie!

Quatre ans se sont écoulés, et à tous les anniversaires, on dresse un bilan de l'aide humanitaire: on parle de l'argent mal investi ou carrément non reçu, de fraudes financières, des matériaux de reconstruction manquants, de chaos et de tout ce qui est visiblement perceptible à l'œil nu. Est-ce parce qu'ils arrivent à sourire dans leur triste quotidien qu'on ne parle pas du sort de ces enfants? Il serait pourtant bon de savoir ce qu'on fait concrètement pour les sauver, de quoi est fait leur quotidien et dans quel état de santé se trouvent ces enfants qui s'entassent dans les orphelinats quand ils ne vivent pas dans des conditions encore pires. À combien s'élève le nombre d'enfants morts de maladies infectieuses pourtant «banales»? Combien d'enfants ont contracté le sida et d'autres maladies très graves? Combien de jeunes filles ont été violées et abusées? Combien d'enfants ont été mal soignés suite au séisme faute de ressources?

Pourtant, nous voilà quatre ans plus tard, et malgré ce triste bilan il n'est toujours pas question de faciliter l'adoption de ces enfants à qui on n'offre pas la deuxième chance de vivre en santé, en sécurité et dans le respect de leur enfance. C'est incompréhensible qu'on ne permette pas tous les pays du monde d'ouvrir leurs frontières et leur cœur pour les accueillir! C'est comme si on voulait rendre compliqué et lourd ce qui devrait être simplement humain.

Je suis troublée devant ce silence hypocrite des autorités. Tous les jours, je vois mes trois enfants adoptés d'Haïti grandir, s'épanouir et mordre dans la vie. Ils ont des objectifs, des ambitions et surtout ils ont des rêves. Tous les jours, en voyant mes beaux enfants et le bel avenir qu'ils ont devant eux, je ne peux que me révolter devant tant d'injustice et de non-sens pour les orphelins qui sont toujours là-bas.

Si vous avez la chance d'être parents, grands-parents, oncles ou tantes, imaginez l'enfant qui vous fait craquer d'amour entassé dans un orphelinat et privé de stimulations, d'éducation, de soins adéquats et surtout d'amour et de protection : inconcevable, n'est-ce pas? Vous ne pouvez pas imaginer votre enfant, votre bébé dans de telles conditions? Ce n'est pas pareil? Mais quelle est la différence? La couleur de la peau? L'origine ethnique?

Je suis obligée de constater que ces enfants sont les derniers des soucis des organismes humanitaires, des gouvernements et des décideurs. Ils n'ont aucun poids dans la balance des priorités. Un de plus ou un de moins, ça ne change pas grand-chose dans les statistiques...

Ces enfants sont hypothéqués dans leur corps et dans leur cœur, leur avenir s'annonce ardu et leur espoir de s'en sortir un jour est bien mince... Et tout ce que je peux faire, c'est dire le cœur gros que c'est désolant, frustrant et gênant.

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