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Montréal et sa diplomatie urbaine

Montréal a bien sûr beaucoup d'atouts. Mais elle n'est pas la seule ville a en avoir.

15/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 15/08/2017 10:00 EDT
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La stratégie propose aussi des exemples de résultats concrets et ceux escomptés notamment économiques.

Tout récemment, la Ville de Montréal rendait publique sa nouvelle politique internationale dans un document intitulé: La diplomatie urbaine au service de la collectivité montréalaise et du monde.

Dans une vingtaine de pages (incluant les annexes), l'administration Coderre se dote d'un cadre stratégique qui devrait guider les actions internationales de la ville dans les prochaines années. La diplomatie urbaine, un thème cher au maire Coderre, s'ajoute aux autres niveaux de diplomatie sous-étatique qui a cours depuis plusieurs années, c'est le cas des provinces au Canada ou certaines régions en Europe.

Les grandes villes se retrouvent aussi souvent sur la ligne de front en ce qui concerne l'environnement, l'intégration des immigrants ou la lutte contre la radicalisation, par exemple.

Dans un monde de plus en plus éclaté et compétitif, il s'agit de promouvoir des intérêts ou des enjeux plus ciblés que ceux des diplomaties nationales. Les grandes villes se retrouvent aussi souvent sur la ligne de front en ce qui concerne l'environnement, l'intégration des immigrants ou la lutte contre la radicalisation, par exemple. Elles veulent donc avoir leur mot à dire à l'international. Leur développement économique dépend aussi de leur attractivité auprès des investisseurs étrangers, mais aussi pour recruter (et garder) de la main-d'oeuvre qualifiée.

L'objectif que se fixe la ville est ambitieux. Elle veut «accroître le rayonnement international de Montréal et contribuer à la prospérité de la métropole, à la qualité de vie de ses concitoyens et citoyens ainsi qu'à la résolution d'enjeux locaux et mondiaux». Le document dresse un portrait exhaustif de la situation actuelle du Montréal international, de ses acquis et ses forces ( ville onusienne, francophone, multiculturelle, bien dotée au plan éducatif, etc.).

La mise en valeur de la métropole sur la scène internationale se fera, prévoit la stratégie, par un programme «énergique» de promotion, pour accroître son attractivité et attirer la communauté internationale et assurer un leadership au moyen d'un agenda thématique d'avant-garde sur des enjeux locaux et mondiaux.

Pour y arriver, des actions et initiatives à court ou à long terme sont décrites. Certaines d'entre elles sont déjà en place comme les missions à l'étranger, la promotion et le marketing. Elle compte lancer aussi un «chantier» sur la rétention des talents à Montréal, en particulier des étudiants étrangers.

On aurait aimé cependant y voir une attention plus spéciale à l'égard de la société civile qui joue un rôle très important au niveau international, notamment dans le domaine environnemental et de l'aide au développement.

La stratégie propose aussi des exemples de résultats concrets et ceux escomptés notamment économiques. C'est une bonne idée.

En annexe du plan, on trouve une liste fort utile et impressionnante des divers liens que Montréal a établis au plan bilatéral et multilatéral de même que des organisations internationales qui sont présentes ici. L'administration compte s'y appuyer et les faire fructifier.

Comme toute stratégie c'est sa mise-en-oeuvre qui dira s'il ne s'agissait que d'une série de voeux pieux ou non.

On n'a qu'à visiter certaines grandes villes à l'étranger pour constater qu'elles sont tout autant, sinon plus multiculturelles et accueillantes que Montréal et sont dotées d'infrastructures souvent meilleures qu'ici, notamment en termes de mobilité.

Montréal a bien sûr beaucoup d'atouts. Mais elle n'est pas la seule ville a en avoir. Que ce soit en Amérique ou en Europe. On n'a qu'à visiter certaines grandes villes à l'étranger pour constater qu'elles sont tout autant, sinon plus multiculturelles et accueillantes que Montréal et sont dotées d'infrastructures souvent meilleures qu'ici, notamment en termes de mobilité.

Mais ne soyons pas rabat-joie. L'administration Coderre propose une approche bien ficelée en matière de diplomatie urbaine. Elle mérite d'être encouragée. Mais elle devra avoir l'appui de la population et des autres paliers de gouvernement.

La ville profite présentement d'une bonne situation économique et cela joue en sa faveur. Mais comme on le sait, nos économies sont cycliques.

Il est sans doute plus difficile de convaincre les citoyens du bien-fondé d'une politique internationale urbaine que du besoin de combler les nids-de- poule.

Les idées pour mettre «Montréal sur la carte» comme celle du prix automobile de formule E par exemple ne font pas toujours l'unanimité. On peut se demander si l'attractivité d'une ville, en ces temps de changements climatiques, ne tient pas davantage en sa qualité de vie que de la société spectacle.

L'instrument dont vient de se donner la ville de Montréal était nécessaire pour ses propres besoins et pour mobiliser ses partenaires de divers milieux.

Il faut s'assurer de garder les organismes internationaux qui s'installent à Montréal.

Le cas de la menace par le Qatar de déménager le siège de l'OACI, il y a quelques années, a démontré le rôle important des gouvernements fédéral et provincial qui ont dû venir à la rescousse. Il faut jouer en équipe. Il est d'ailleurs essentiel de rester vigilant. Il faut s'assurer de garder les organismes internationaux qui s'installent à Montréal.

Enfin, en ce qui a trait aux villes et régions du monde avec lesquelles l'administration entend resserrer sa collaboration, on mentionne spécifiquement, pour le Moyen-Orient, Israël et le Liban. Le Maghreb ne devrait pas être oublié. Une large population montréalaise en provient. Quand les circonstances le permettront, l'Iran devrait s'y ajouter.

En conclusion, on ne peut que saluer ce pas en avant pour encadrer et mettre en place cette diplomatie urbaine montréalaise.

Elle servira à mettre en valeur le savoir-faire et le talent des gens d'ici, aux plans local et mondial.

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