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Nancy ou les petits miracles

10/08/2014 11:26 EDT | Actualisé 10/10/2014 05:12 EDT

Beaucoup d'entre nous posent un regard admiratif auquel se mêle un peu de compassion sur ceux qui consacrent leur vie à venir en aide aux personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. Comme s'il s'agissait d'un sacrifice ultime, d'un don de soi à sens unique, d'une démarche d'abnégation totale digne d'un sacerdoce. Nancy Auger est l'incarnation vivante de l'étroitesse de cette idée reçue.

Cette belle jeune femme blonde, qui dirige au cœur de LaSalle trois immeubles résidentiels accueillant des patients du Douglas en voie de rétablissement, puise autant de richesse et de bonheur auprès de ses locataires, qu'elle ne leur en prodigue. Celle qui explique s'intéresser à la nature humaine depuis sa petite enfance s'élève contre les clichés qui entourent la santé mentale «On a tout intérêt à s'intéresser à eux, à écouter ce qu'ils ont à dire. C'est très enrichissant, très gratifiant». Et si gagner la confiance de personnes qui ont parfois traversé de très dures épreuves s'avère bien souvent un travail de longue haleine, petit pas par petit pas, le résultat est incroyablement gratifiant, explique Nancy, le regard lumineux.

Écouter, comprendre, décoder. Tendre la main. Ne pas juger. Tout cela, Nancy l'a longtemps fait dans sa première vie de coiffeuse dans un salon de Verdun. Parmi les clients de son salon, des intervenants du Douglas, qui venaient avec leurs patients. L'occasion d'échanger, de comprendre. Et puis il y avait l'exemple inspirant de sa belle-mère, qui déjà s'occupait de loger des personnes en transition entre l'hôpital et le retour dans la vie active. C'est tout naturellement que Nancy a pris le relais de celle-ci.

«Au début, je donnais un coup de main, un lift ici, un remplacement là. Ma belle-mère était une pionnière à sa manière, elle ne se contentait pas de superviser ses locataires et de gérer des logements. Elle organisait des activités, une sortie à la cabane à sucre, des repas au restau». Donner un milieu de vie englobant et préparer au retour à l'autonomie, telle était sa mission.

Aujourd'hui, c'est Nancy qui est la bonne fée des locataires de ses logements supervisés, un concept développé au Douglas. Évidemment, il ne s'agit pas d'un travail de neuf à 17h, les besoins pouvant se manifester à toute heure du jour ou de la nuit, sous des formes parfois étonnantes : «Mieux vaut être ami avec un plombier, plaisante-t-elle, car on a souvent des problèmes de toilettes». Elle explique, un sourire aux lèvres, que certains patients attachent une grande importance à la propreté et ont tendance à surutiliser le papier hygiénique. Anecdotes à part, le plus grand bonheur de Nancy, c'est de voir l'une de ses ouailles faire un pas vers l'émancipation et un retour à une vie «normale» :

«Parfois quand ils arrivent chez moi, ils n'ont pas la force d'aller au coin de la rue tout seuls. Ils sont encore trop souffrants, mais souvent c'est juste qu'ils ont tellement traversé de moments difficiles qu'ils n'ont plus du tout confiance en leurs moyens.»

Avec son conjoint, Nancy s'attache à insuffler cette confiance.

«Le jour où la personne réussit à prendre le bus seule, c'est autant une victoire pour moi que pour elle. Et quand quelqu'un qui a tout abandonné réussit à s'inscrire pour reprendre ses études, quand ils obtiennent leur diplôme, c'est un vrai petit miracle!»

Note : aidée par l'Institut Douglas, Nancy Auger dirige une maison de transition et deux immeubles de logements supervisés.

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