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J’ai peur d’oublier, mais je me soigne

Toute perte de mémoire mineure n’est pas un signe que la démence nous guette, et l’hypervigilance est sans doute plus nuisible qu’utile.

09/01/2018 09:00 EST | Actualisé 09/01/2018 10:15 EST
Getty Images/iStockphoto

Je ne sais pas à quel stade vous en êtes dans votre existence, si vous êtes un jeune fringant encore insoucieux de votre mortalité (je blague, un peu), ou si comme moi, sans être déjà résolument dans le vieil âge, vous abordez cette période de la vie où vous commencez à vous poser des questions sur votre santé cognitive, à guetter le moindre petit blanc de mémoire sournois, ce nom de danseur étoile ou d'acteur qui vous échappe (Dieu que c'est énervant!), ce glissement dans le vocabulaire qui pourrait signifier que la chute est amorcée. Ah, là je vous parle, ou du moins, j'en vois qui se sentent concernés.

Bien sûr, comme vous le confirmeront les experts en cognition, toute perte de mémoire mineure n'est pas un signe que la démence nous guette, et l'hypervigilance est sans doute plus nuisible qu'utile. Pourtant, en ce mois de sensibilisation à la maladie d'Alzheimer, j'ai eu envie de me pencher brièvement sur les stratégies les plus porteuses en matière de prévention de cette maladie qui, avec le vieillissement de la population, connait une augmentation exponentielle de son incidence, mais pour laquelle aucun remède réellement efficace n'a encore été mis au point. Pour m'y aider, je me suis tournée vers un homme, chercheur, clinicien et médecin de longue date, qui travaille au quotidien avec les personnes souffrant de démence et avec leurs proches, quelqu'un dont la fibre humaine m'a été révélée au fil du temps et auquel je voue une profonde admiration.

Dr Alain Robillard, neurologue de la cognition à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont (CIUSSS-EMTL), s'est spécialisé au terme de ses études de médecine dans la connaissance de la maladie d'Alzheimer et des autres démences associées, à une époque où ces pathologies étaient les parents pauvres de la neurologie. Pour illustrer le manque de connaissance qui prévalait à l'époque face à la maladie, il relate l'anecdote de ce couple très âgé dont la dame lui avait été référée par son médecin pour des difficultés du langage et pour laquelle on soupçonnait un accident cérébro-vasculaire. Au cours du questionnaire de la patiente et de son conjoint, le neurologue apprend que le couple bat de l'aile, puisqu'aux dires du mari, son épouse ne l'aime plus, vu qu'elle néglige son hygiène complètement, qu'elle lui sert des repas immangeables, lui répète les mêmes histoires sans arrêt et l'accuse d'infidélité. À un point tel qu'à 91 ans, le mari envisage de divorcer de sa femme, âgée de 85 ans. Il a même pris rendez-vous avec un avocat en ce sens! Pour cet homme, l'annonce du diagnostic de maladie d'Alzheimer, aussi terrible soit-il, s'est ainsi révélée un soulagement. Au sortir du cabinet du neurologue, le vieux monsieur pleurait, certes, mais il avait retrouvé l'amour de sa femme. Dr Robillard n'a jamais oublié ce couple. Plus de trente ans plus tard, le neurologue constate que si des pas de géant ont été franchis dans la compréhension de la maladie, et si, aujourd'hui, le généraliste avait soupçonné d'emblée une démence, beaucoup de tabous, de peurs et de hontes subsistent face au diagnostic de MA.

Parmi les facteurs nuisibles, il pointe du doigt les coupables habituels, soit la sédentarité et le manque de stimuli intellectuels.

Côté prévention, pratico-pratique, Dr Robillard explique que les progrès dans la connaissance des démences et de la maladie d'Alzheimer en particulier permettent de déterminer certains facteurs importants et assez aisément contrôlables, qui contribuent à protéger ou du moins à retarder l'apparition des symptômes de la maladie. Parmi les facteurs nuisibles, il pointe du doigt les coupables habituels, soit la sédentarité et le manque de stimuli intellectuels. Tout autant que le diabète ou l'hypertension, l'isolement social peut nous nuire. Du côté des éléments protecteurs, une alimentation saine, de l'activité physique, et le contrôle de maladies chroniques s'avèrent efficaces. Bien sûr, les prédispositions génétiques jouent un rôle, mais nous ne sommes pas impuissants face à la maladie, bien au contraire.

Bon mois de janvier! Bonne santé cognitive!

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