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Contrôler correctement les armes, une obligation de santé publique

10/04/2016 11:08 EDT | Actualisé 11/04/2017 05:12 EDT

Le but du contrôle des armes à feu n'est pas de faire porter le blâme à quiconque, mais plutôt de mettre en œuvre des mesures communautaires qui favorisent la prévention.

C'est la même approche qui s'est avérée efficace pour protéger les enfants des médicaments à l'aide de contenants à leur épreuve, ou pour protéger les conducteurs et passagers des accidents routiers à l'aide d'un code de sécurité routière rigoureux. Ces mesures de prévention s'avèrent généralement plus efficaces que de s'en remettre seulement à l'éducation de tous les enfants ou de tous les conducteurs.

L'analogie est la même pour réduire les dommages causés par les armes à feu : au lieu de se concentrer uniquement sur les circonstances propres à chaque personne qui possède des armes, il importe aussi de régir l'accès aux armes à feu, leurs technologies et les lois encadrant leur possession.

Or, ceux qui s'opposent au contrôle des armes continuent d'adhérer à une approche purement individuelle, en prétendant par exemple qu'un individu déterminé trouvera de toute façon un moyen pour tuer, ou bien qu'une personne qui veut se suicider le fera peu importe les moyens à sa portée - d'où, à leurs yeux, l'inefficacité des contrôles des armes à feu.

Or, au niveau des différents pays, le taux de décès par armes à feu dépend beaucoup plus de l'environnement social et législatif que du caractère ou des circonstances particulières de chaque citoyen.

Prenons les cas spécifiques de l'Australie et des États-Unis. Ces deux pays sont des démocraties d'origine anglo-saxonne et aujourd'hui multiculturelles. Ils possèdent tous deux de vastes territoires, des animaux nuisibles à abattre, et de nombreux amateurs d'armes à feu. De plus, les Australiens et les Américains consomment les mêmes types de films, de jeux vidéo, de musique populaire et de drogues récréatives.

Pourtant, ces deux pays diffèrent considérablement sur la question de la violence armée : la population des États-Unis est 13,7 fois plus grande que celle de l'Australie, mais les Américains souffrent de 134 fois plus de décès liés aux armes à feu et d'un taux 27 fois plus élevé d'homicides par armes à feu, et ce, année après année.

Cet immense écart ne peut s'expliquer autrement que par la différence entre les lois américaines et les australiennes régissant les armes à feu.

Comme au Canada suite à la tragédie à l'école Polytechnique, l'Australie a adopté une loi sévère et globale après le massacre de 35 personnes à l'aide d'un fusil semi-automatique en avril 1996 au site touristique de Port Arthur en Tasmanie.

Cette nouvelle loi australienne ressemble étroitement à celle que le Canada avait mise en œuvre, jusqu'à son démantèlement par le gouvernement conservateur en 2012. Ses éléments clés comprennent des permis de possession pour tous les propriétaires, l'enregistrement de toutes les armes, et l'interdiction non seulement des armes d'assaut, mais aussi de toute arme de poing et semi-automatique.

Et comme au Canada, une réduction substantielle des décès par balles a été enregistrée au cours des années qui ont suivi la mise en œuvre des nouvelles mesures.

L'enregistrement de toutes les armes est un élément clé d'un contrôle des armes efficace. Ses bénéfices découlent de son interaction avec les autres mesures de contrôle et avec les protocoles des policiers et des autres intervenants sur le terrain. Grâce au projet de loi 64, la société québécoise parviendra à mieux protéger ses concitoyens des dommages évitables causés par les armes à feu.

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