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Le gagnant du débat: Claude Morin

21/03/2014 02:03 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

«L'idée du référendum me fut involontairement suggérée en 1969 par trois personnalités renommées de l'establishment politico-technocratique anglophone fédéral.» - Claude Morin, Les Choses comme elles étaient,1994

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Plus de 40 ans après avoir réussi à imposer la stratégie étapiste au cœur du programme du Parti québécois, Claude Morin continue à hanter le mouvement souverainiste. Dans le débat des chefs d'hier, c'était criant. Pauline Marois s'est retrouvée coincée entre les fédéralistes MM. Legault et Couillard qui voulaient lui faire dire qu'elle ferait un référendum lors des quatre prochaines années et la souverainiste d'occasion Mme David qui elle affirmait qu'elle en tiendrait un dans un premier mandat. Je la plains, Mme Marois. Au fond, elle est prise avec cette patate chaude héritée des anciens chefs du Parti québécois. Aucun de ses prédécesseurs n'a eu le courage de revoir le cadre stratégique du parti malgré le fait que les deux premiers référendums ont conduit le Québec à d'importants reculs. Il est évident que Mme Marois comprend très bien que ce n'est pas le référendum qui est déterminant dans la réalisation de l'indépendance d'un État, mais malheureusement cette idée est tellement bien ancrée dans la tête de trop de souverainistes qu'elle ne peut pas s'engager à ne pas en tenir un sans risquer de perdre l'appui de ceux-ci.

Qu'est-ce que l'étapisme?

L'étapisme ce n'est pas 56 choses différentes, c'est une stratégie bien précise qui consiste à séparer, en deux étapes distinctes, la prise du pouvoir par un gouvernement indépendantiste de l'enclenchement du processus de réalisation de l'indépendance de l'État. Ainsi, un gouvernement élu ne pourra entreprendre le processus de réalisation de l'indépendance sans remporter une seconde victoire lors d'un référendum. Pierre Bourgault l'avait bien compris comme on peut le constater dans cette vidéo où il explique l'inefficacité d'un référendum pour réaliser l'indépendance du Québec.

Il apparaît pratiquement impossible de se sortir du cadre mental érigé par 40 années d'étapisme, surtout que cette stratégie a maintenant été exportée ailleurs dans le monde pour empêcher d'autres indépendances, comme ce sera bientôt le cas pour l'Écosse. Il faudra du temps, du courage et de la pédagogie pour espérer un jour s'en sortir. Ce n'est pas une mince tâche, certains y travaillent depuis 1981 (pensons au Renérendum), d'autres ont entrepris cette bataille suite au vol référendaire de 1995.

Demandons-nous si le Canada a fait un référendum pour devenir indépendant de la Grande-Bretagne, la réponse est non. Pourtant le Canada est un pays devenu indépendant sans aucun conflit. On peut aussi penser à la République tchèque et à la Slovaquie qui se sont séparées dans un divorce de velours, sans référendum pour enclencher le processus.

Laissons le dernier mot à Jean Chrétien qui avait tout compris il y a très longtemps...

« Avec le recul, le référendum apparaît comme la plus grande erreur du Parti québécois. Jusque-là, sa stratégie avait été extrêmement efficace pour le Québec et extrêmement dangereuse pour le Canada. Claude Morin me l'avait décrite il y a longtemps : "Nous nous séparerons du Canada de la même manière que le Canada s'est séparé de l'Angleterre. Nous couperons les liens un par un, nous obtiendrons une petite concession ici, une petite concession là et, finalement, il ne restera plus rien." Dans un premier temps, c'est exactement ce que fit le gouvernement du Parti québécois. Il exigea de nouveaux pouvoirs, imposa sa présence internationale et, comme chaque demande paraissait raisonnable en elle-même et dans l'intérêt de la province, la population suivit. Avec le temps, le Québec serait devenu indépendant dans les faits et son indépendance juridique serait allée de soi. Mais le référendum cristallisa le débat et, en dépit de l'ambiguïté extrême de la question posée (le mot "indépendance" en avait été exclu), la population fut forcée de faire un choix. Elle dit Non à l'indépendance. » - Jean Chrétien, Dans la fosse aux lions, 1985

N.B.: Il faut tout de même voter massivement pour le Parti québécois et y militer activement afin de le libérer de la stratégie étapiste.

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