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Aux fédéralistes de justifier leur position

24/05/2015 09:10 EDT | Actualisé 24/05/2016 05:12 EDT

Beaucoup a été dit sur l'élection de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois. Mon but n'est pas d'en rajouter, ni d'argumenter en faveur ou en défaveur. Par contre, j'utiliserai l'élection de PKP pour illustrer un changement important qui s'est instauré dans les débats politiques au Québec, celui du poids de la justification. Je m'explique.

Dans tout débat, il y a opposition entre des tenants de la norme générale et entre ceux qui sont en divergence envers elle. Par exemple, dans notre société omnivore, combien de fois ai-je entendu des amis végétariens se justifier pour leur choix alimentaire. Pourquoi ne manges-tu pas de viande? Qu'y a-t-il de si bon dans le tofu? Les végétariens doivent expliquer pourquoi ils ne sont pas comme tout le monde. Il faut toujours expliquer la différence. Ceux qui dérogent à la norme doivent démontrer le bien-fondé de leur position, rassurer sur la légitimité et la rationalité d'une telle décision, sans quoi ils sont éjectés du débat. Un végétarien doit amener des faits vérifiables, des statistiques ou des considérations sanitaires pour expliquer sa non-consommation de viande. S'il le fait en disant: «ce n'est pas naturel pour l'Humain de manger de la viande», il sera méprisé et honni par les autres débatteurs.

Au contraire, un omnivore n'a jamais à expliquer aux autres son régime alimentaire. Même si la consommation de viande constitue un élément important du réchauffement climatique mondial, véritable menace pour l'humanité à court ou moyen terme, celui qui en consomme n'a jamais à justifier pourquoi il favorise le bœuf au soja. Ceux qui mangent de la viande à tous les repas n'ont comme seul argument pour justifier leur empreinte écologique le poids de la multitude et de la tradition.

C'est la même logique qui animait jusqu'à tout récemment les débats entre fédéralistes et souverainistes. La norme était le fédéralisme, souvent étiqueté comme projet «normal», rationnel et légitime. Les souverainistes devaient toujours justifier leur prise de position, expliquer pourquoi ils «rêvaient» toujours d'un pays au XXIe siècle, toujours assurer aux autres que leur projet politique n'était pas que du «pelletage de nuage». Bref, la légitimité était du bord des fédéralistes, et les souverainistes, sortant de la norme malgré l'insistance du projet politique depuis plus de 50 ans, devait toujours justifier, toujours amener de nouvelles statistiques, de nouvelles preuves que le fédéralisme nuisait au Québec.

Les fédéralistes, eux, bénéficiaient d'une «présomption de rationalité» qui leur permettait de mettre aux bancs les souverainistes en les accusant d'être utopistes et loin de la réalité. Les fédéralistes n'ont jamais eu à prouver leur point, à démontrer les bienfaits du fédéralisme pour le Québec. Ils n'avaient qu'à dire «séparation», «instabilité» ou «perte de fonds de pension» pour gagner le débat.

Avec l'élection de PKP, il y a renversement. L'arrivée à la tête du PQ d'un chef qui est perçu comme crédible économiquement, puissant et capable de «faire la guerre» aux libéraux, transforme radicalement l'étiquette du projet souverainiste. Ce qui était perçu comme un projet politique d'une autre génération, impossible et non-réalisable, se retrouve tout d'un coup avec les caractéristiques du projet fédéraliste: normal, rationnel et légitime.

Le seul parti fédéraliste au Québec, morne et austère, en plus de ne proposer aucun projet rassembleur, doit maintenant justifier sa position constitutionnelle. Les tenants du fédéralisme également. Au lieu de vous expliquer pour la millième fois comment Ottawa privilégie les intérêts du Canada avant ceux du Québec, au lieu d'expliquer comment la péréquation n'est qu'un argument fallacieux vu la somme astronomique que les Québécois et Québécoises envoient en impôts à Ottawa, c'est maintenant aux fédéralistes de m'expliquer leur position.

Pourquoi défendre un fédéralisme de plus en plus centralisateur qui empiète sur les champs de compétence des provinces? Pourquoi défendre l'adhésion à une monarchie constitutionnelle archaïque, qui est aux antipodes de nos désirs démocratiques? Comment s'identifier à un pays qui a élu premier ministre pendant près de 10 ans un homme qui fait de la lutte anti-terroriste une de ses priorités, brimant les libertés individuelles fondamentales de ses citoyens avec la loi C-51.

À vous de m'expliquer.

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