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Exporter l'Occident

15/01/2015 11:26 EST | Actualisé 17/03/2015 05:12 EDT

Depuis des siècles, l'Occident a exporté, voire imposé, sa culture, son savoir et ses institutions, bref sa manière de concevoir le monde.

Sa représentation du monde touche l'ensemble des sphères et des domaines de la société : l'économie, la politique, les rapports sociaux, la religion, l'éducation, la technologie, la philosophie, les arts, etc.

Plusieurs termes ont été utilisés pour décrire les pratiques des puissances occidentales de la Renaissance jusqu'à aujourd'hui. On parlera parfois d'impérialisme, parfois de colonialisme d'autres fois d'hégémonisme. Ce contrôle et cette imposition peuvent être de différents ordres. Il sera alors question de l'impérialisme culturel pour désigner l'exportation massive de la culture occidentale, de colonialisme économique pour désigner le contrôle exercé sur l'économie et les entreprises d'une région ou d'un pays ou d'hégémonisme politique pour désigner le contrôle de l'Occident sur les institutions politiques internationales.

Tous ces phénomènes ont été, tour à tour, dénoncés

Les critiques à l'endroit de l'impérialisme culturel occidental ne datent pas d'hier et sont nombreuses. Il serait responsable de l'acculturation de plusieurs peuples et ethnies. On peut mentionner le cas des Autochtones qui, depuis le 16e siècle, ont perdu la presque totalité de leurs pratiques ancestrales, de leurs rites et de leurs modes de vie. La ferveur religieuse y a joué pour beaucoup. Mais il y a des exemples encore plus d'actualité, comme celui souvent évoqué concernant l'alimentation ou les produits culturels. En Amérique du Sud, en Afrique, en Orient et partout sur la planète, les gens écoutent de la musique et des films occidentaux, principalement américains. Ils mangent aussi dans les chaînes de restauration rapide. Il n'est pas rare de voir des peuples autochtones d'Océanie revêtir des chandails d'équipes de football américaines. Cet impérialisme est dénoncé, car l'exportation massive de la culture occidentale causerait, directement ou indirectement, la perte des pratiques locales, la perte des repères identitaires et imposerait les symboles occidentaux.

Les critiques à l'endroit du colonialisme ou de l'impérialisme économique occidental sont également nombreuses. En s'établissant dans certains pays, les compagnies occidentales auraient le gros bout du bâton pour négocier. Elles s'y installent à leurs propres conditions, ou bien elles ne s'y installent pas. Les pays en question sont en quelque sorte confrontés à un dilemme : celui d'accepter de se départir de leurs ressources qui seront exportées en Occident et transformées par des Occidentaux ou refuser l'opportunité alléchante de pouvoir se développer économiquement. Bien souvent, c'est le premier choix qui est fait. Les entreprises occidentales leur vendraient des produits manufacturés en Occident. Ces pays seraient alors une fois de plus prisonniers économiquement, puisqu'en plus de se départir de leurs ressources, ils ne pourraient développer leurs industries, car les produits à transformer sortent et ceux transformés entrent.

De nos jours, certains utilisent le terme « néocolonialisme » pour désigner un changement dans la dynamique de cette pratique. Il réfère notamment à la pratique voulant que les compagnies occidentales ne volent plus nécessairement les richesses naturelles, mais exploitent les travailleurs. Elles paient des travailleurs à des salaires extrêmement bas, comme en Chine, pour fabriquer des produits qui seront vendus et consommés en Occident et où les profits retourneront.

Intimement lié à l'économie, l'hégémonisme politique est aussi la cible de plusieurs critiques. Les institutions politiques mondiales seraient contrôlées par l'Occident et imposeraient leurs règles. La Banque Mondiale, le Fonds monétaire international et l'Organisation des Nations-Unies sont probablement les instances les plus connues. Par le biais de ces institutions, l'Occident forcerait le reste de la planète à entrer dans son système. Il établirait des règles et des lois à son avantage, par exemple la déréglementation économique, ou exigerait des modifications politiques précises, comme la mise sur pied d'un système politique démocratique, et ce, dans l'optique de demeurer maître du jeu.

Bref, l'impérialisme, le colonialisme ou l'hégémonisme occidental, qu'il soit culturel, économique ou politique, est critiqué de toute part. Il serait synonyme d'acculturation, d'imposition et de contrôle. Pour certains, l'Occident devrait donc laisser la planète tranquille.

Un constat important s'impose toutefois

L'Occident n'exporte pas que des films et des chaînes de restauration rapide. Il ne se rend pas en Afrique seulement pour exploiter les mines de diamants. Les institutions qu'il a créées ne sont pas uniquement destinées à imposer des règles politiques.

L'Occident exporte ses valeurs, ses idéaux et ses droits. Le droit des femmes et des enfants, la liberté d'expression, la liberté de presse, le droit à l'avortement, le système parlementaire ou la laïcité de l'État sont des créations occidentales. Et celles-là, est-ce acceptable de les exporter, voire de les imposer aux autres pays?

Lorsque l'Occident exporte sur le plan culturel, économique et politique, est-ce qu'il donne dans l'impérialisme, l'hégémonisme et le colonialisme, alors qu'il donne dans l'humanitaire lorsqu'il exporte des droits?

Un Chinois qui mange chez McDonald's en plein cœur de Pékin est un signe d'acculturation. Construire un tel restaurant est un signe d'impérialisme culturel. Mais une iranienne qui milite pour les droits des femmes et la laïcité de l'État, alors là, elle fait de l'humanitaire. Si nous suivons l'argumentaire, pourquoi ne dirait-on pas que c'est un signe d'acculturation politique causée par l'Occident?

Quelle est la différence entre ces deux énoncés?

• « Nous Occidentaux, avons statué que le libéralisme économique était une loi économique. La planète doit adopter le libéralisme économique ».

• « Nous, Occidentaux, avons statué que les femmes avaient les mêmes droits que les hommes. La planète doit adopter l'égalité entre les hommes et les femmes ».

L'Occident impose aussi ses idéaux, ses valeurs et ses institutions au reste de la planète. Ils sont perçus comme des vérités et des droits innés, alors qu'ils sont des constructions occidentales pures et dures.

Un activiste canadien qui pourfend l'Occident et son impérialisme et qui se rend en Amérique du Sud pour donner des formations aux agriculteurs sur la liberté d'expression, sur le droit à l'avortement, sur la laïcité du gouvernement fait en réalité la promotion de l'Occident. Il répand sa bonne nouvelle. Une partie considérable de l'aide humanitaire est un impérialisme idéologique occidental.

L'objectif ici n'est pas de se prononcer sur ce qui est bien d'exporter ou d'imposer ou non, mais plutôt de faire réfléchir sur le discours actuel. L'Occident peut-il imposer ses règles? Si oui, lesquelles? Celles qui font l'affaire des entreprises ou celles qui font l'affaire des activistes, des intellectuels?

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