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Les femmes et le mouvement syndical québécois

08/03/2016 04:57 EST | Actualisé 09/03/2017 05:12 EST

En tant que femme et féministe (maintenant) assumée, diplômée de relations industrielles, j'en suis venue à me questionner sur le rôle de la femme au sein du mouvement syndical au Québec.

Quelle fut la place des Laure Gaudreault dans ce milieu aux allures et tenants foncièrement masculins? Mes lectures en la matière ne furent pas prolifiques. Et pourtant, pourtant, de nombreuses politiques publiques résultant des combats négociés par les syndicats touchèrent le noyau familial et, par le fait même, la femme comme acteur principal de celui-ci. Cela n'est pas une remarque féministe revendicatrice, mais un constat historique catholique de la femme mère au foyer. Parmi les gains qu'ont permis les politiques publiques, on n'a qu'à penser aux congés parentaux, au régime de l'assurance-emploi, à «l'équité salariale», etc.

Il faut remonter à l'époque de la révolution tranquille et au post-duplessisme pour constater un éveil quant au rôle de la femme en milieu de travail et dans la société en général. Bien que les ouvrières avaient trouvé, durant la Deuxième Guerre mondiale, une place en usine, elles furent vite renvoyées aux fourneaux une fois celle-ci terminée. Pour illustrer ce propos, nous n'avons qu'à se souvenir de la CTCC, qui s'opposa carrément à l'emploi d'une main-d'œuvre féminine, en allant jusqu'à dénoncer les garderies mises sur pied par l'État!

Ainsi les mentalités commencèrent à changer vers les années 60. Cela se traduisit notamment par l'arrivée de femmes sur la scène politique, avec celle qui deviendra la première députée à l'Assemblée nationale, Marie-Claire Kirkland-Casgrain, en 1961, ou bien avec Lise Payette, élue pour le Parti québécois en 1976, qui avait d'ailleurs occupé le poste de relationniste au syndicat des Métallurgistes unis d'Amérique. Cela se traduisit également par la tenue de la Commission Bird, commission sur la situation de la femme canadienne, et par des efforts au sein des centrales syndicales pour faire entendre la voix des syndiquées.

Par exemple, on connut le comité féminin de la CSN, novateur par son existence, mais dissous en 1966 sous des allégations que les femmes pouvaient, au même titre que les hommes, faire part de leurs revendications via les structures mixtes déjà en place... Cela se traduisit, finalement, à la FTQ, par la création d'un comité à composante exclusivement féminine, sur la condition féminine dans la fédération. Les points saillants d'un rapport présenté par ce comité dénotent la dénonciation d'une division traditionnelle des rôles selon le genre, de la sexualisation des métiers et de l'oppression des femmes, de même que l'adhésion à une vision égalitariste du syndicalisme.

Le problème fondamental de la sous-représentation des femmes syndiquées demeure cependant, selon moi, l'absence de ces dernières sur les exécutifs syndicaux et dans les différentes instances décisionnelles. Mais pourquoi les militantes n'y sont-elles pas et où sont-elles? Plusieurs pistes peuvent être explorées pour répondre à ces questions, mais il me reste l'impression amère que cela revient à identifier le sexisme en guise de coupable. Et à moins que ma lecture du Code du travail et de la L.n.t. ne me fasse défaut, la définition d'un «salarié» n'exclut pas, dans ses exceptions, les travailleuses.

Or, les travailleuses restent tout de même définies, de prime abord, par le fait d'être une femme et ensuite par leur capacité à fournir une force de travail. De quoi faire se retourner dans leur tombe Léa Roback et Madeleine Parent!

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